“Doras l’a démoli, avant de te le donner!”
“Il est mort de fatigue, oui, et aussi des coups qu’il a reçus…”
“C’est un démon, et il te hait. Elle hait le monde entier cette hyène… À Toi, il ne t’a pas dit qu’il te hait?…”
“Il me l’a dit.”
“Méfie-toi de lui, Jésus. Il est capable de tout. Seigneur… que t’a dit Doras? Ne t’a-t-il pas dit de me fuir? Ne t’a-t-il pas fait voir le pauvre Lazare sous un jour ignominieux?”
“Je crois que tu me connais suffisamment pour comprendre que c’est de Moi-même que je juge, et avec justice. Quand j’aime, j’aime sans me demander si cet amour peut me servir ou me desservir aux yeux du monde.”
“Mais cet homme est féroce et atroce quand il blesse et tâche de nuire… Il m’a tourmenté encore ces jours passés. Il est venu ici et m’a dit… Oh! alors que j’ai déjà tant de tourment! Pourquoi vouloir t’enlever à moi Toi aussi?”
“Je suis le réconfort des tourmentés et le compagnon des abandonnés. C’est pour cela aussi que je suis venu vers toi.”
“Oh! alors tu sais?…Oh! ma honte!”
“Non. Pourquoi la tienne? Je sais. Et quoi? Aurai-je un anathème pour toi qui souffres? Je suis Miséricorde, Paix, Pardon, Amour pour tous, et que sera-ce pour les innocents? Tu n’es pas responsable du péché qui te fait souffrir. Devrais-je m’acharner sur toi, alors que j’ai pitiéd’elle aussi?...”
“Tu l’as vue?”
“Je l’ai vue. Ne pleure pas.”
Mais Lazare a laissé retomber sa tête sur ses bras croisés sur la table. Il pleure et sanglote douloureusement. Marthe s’avance et regarde. Jésus lui fait signe de ne rien dire. Et Marthe s’en va avec des larmes qui coulent silencieusement. Lazare se calme peu à peu et s’humilie de sa faiblesse. Jésus le réconforte, et comme son ami désire rester seul un moment, il sort dans le jardin passe à travers les parterres où résistent encore quelques roses pourpres.
112.6 – Marthe le rejoint peu après.
“Maître… Lazare t’a parlé?”
“Oui, Marthe.”
“Lazare n’a plus de paix depuis qu’il sait que tu sais et que tu l’as vue…”
“Comment le sait-il?”
“D’abord cet homme qui était avec Toi et qui se dit ton disciple: cet homme jeune, grand, brun et sans barbe… puis Doras. Celui-ci nous a fouettés de son mépris, et l’autre a seulement dit que vous l’aviez vue sur le lac… avec ses amants…”
“Mais, ne pleurez pas pour cela! Croyez-vous que j’ignorais votre blessure? Je le savais déjà quand j’étais près du Père… Ne te laisse pas abattre, Marthe. Relève ton cœur et ton front.”
“Prie pour elle, Maître. Moi je prie… mais je ne sais pas pardonner tout à fait, et peut-être l’Éternel repousse ma prière.”
“Tu as bien dit. Il faut pardonner pour être pardonné et écouté. Je prie déjà pour elle. Mais donne-moi ton pardon et celui de Lazare. Toi, avec ta fraternelle bonté, tu peux parler et obtenir encore plus que Moi. Sa blessure est trop ouverte et enflammée pour que même ma main l’effleure. Toi, tu peux le faire. Donnez-moi votre pardon plénier, saint, et Moi j’agirai…”
“Pardonner… Nous ne le pourrons pas. Notre mère est morte de douleur à cause de sa mauvaise conduite… et ce n’était encore que peu de chose au regard de sa conduite actuelle. Je vois les tortures de notre mère… elles sont toujours présentes à mon esprit. Et je vois ce que souffre Lazare.”
“C’est une malade, Marthe, une folle. Pardonnez.”
“Elle est possédée du démon, Maître.”
“Et qu’est-ce que la possession diabolique, sinon une maladie de l’esprit infecté par Satan au point de le dénaturer en un être spirituel diabolique? Comment expliquer autrement certaines perversions chez les humains? Perversions qui rendent l’homme bien pire que les fauves pour la férocité, plus libidineux que les singes pour la luxure, etc. et font de lui un être hybride dans lequel l’homme, l’animal et le démon sont fusionnés?
Voilà qui explique ce qui étonne comme une monstruosité qui passe pour inexplicable en tant de créatures. Ne pleure pas. Pardonne. Moi, je vois. C’est que j’ai une vue qui dépasse celle de l’œil et du Cœur. J’ai la vue de Dieu. Je vois. Je te dis: pardonne parce qu’elle est malade.”
“Et guéris-la, alors!”
“Je la guérirai. Aie foi. Je te donnerai cette joie. Mais toi pardonne et dis à Lazare qu’il pardonne aussi. Pardonne. Aime-la encore. Tiens-lui compagnie. Parle-lui comme si elle était comme toi. Parle-lui de Moi…”
“Comment veux-tu qu’elle te comprenne, Toi qui est Saint?”
“Elle semblera ne pas comprendre, mais déjà mon seul Nom est salut. Fais qu’elle pense à Moi et dise mon Nom. Oh! Satan s’enfuit quand la pensée de mon Nom arrive dans un cœur. Souris, Marthe, à cette espérance. Regarde cette rose. La pluie de jours derniers l’avait abîmée, mais le soleil d’aujourd’hui, regarde: il l’a épanouie et elle est encore plus belle car les gouttes de pluie qui restent entre les pétales lui donnent une parure de diamants. Il en sera ainsi de votre maison… Larmes et douleur maintenant et puis… joie et gloire. Va. Parles-en à Lazare pendant que Moi, dans la paix de ton jardin, je prie le Père pour Marie et pour vous…”
Tout se termine ainsi.