“Oui, tu viens jusqu’à Béthanie. Ensuite André, avec Jacques de Zébédée et Thomas iront à Get Semni faire les préparatifs et nous attendre tous, et toi, tu iras avec eux.”

Jésus articule tellement les paroles que celui-ci ne réagit pas.

“Et nous?” demande Pierre.

“Toi, avec mes cousins et Matthieu, vous irez où je vous enverrai pour revenir le soir. Jean, Barthélemy, Simon et Philippe resteront avec Moi, c’est à dire qu’ils iront à Béthanie annoncer que le Rabbi est venu et leur parlera à la neuvième heure.”

112.3 – Ils vont avec empressement par les campagnes dépouillées. Il y a de l’orage, pas dans le ciel qui est serein, mais dans les cœurs. Tous s’en rendent compte et avancent silencieux.

En allant de Jéricho à Béthanie par cette route, la maison de Lazare, où ils arrivent, est dans les premières du pays. Jésus congédie le groupe qui doit aller à Jérusalem, puis l’autre qu’il envoie vers Bethléem en disant:

“Allez-y sans inquiétude. Vous trouverez à mi-chemin Isaac, Élie et les autres. Dites-leur que je serai à Jérusalem pour plusieurs jours et que je les attends pour les bénir.”

En attendant, Simon a sonné à la grille et s’est fait ouvrir. Les serviteurs préviennent et Lazare accourt. Judas Iscariote, qui s’était déjà éloigné de quelques mètres, revient en arrière sous le prétexte de dire à Jésus: “Je t’ai déplu, Maître. Je l’ai compris Pardonne-moi” et en disant cela, il jette un coup d’œil furtif par la porte ouverte, du côté du jardin et de la maison.

“Oui. Ça va bien. Va. Va. Ne fais pas attendre tes compagnons.” Judas n’a plus qu’à s’en aller.

Pierre murmure: “Il espérait qu’il y aurait un changement d’ordre.”

“Cela, jamais, Pierre. Je sais ce que je fais. Mais toi, sois gentil pour cet homme-là…”

“J’essaierai. Mais je ne promets pas… Adieu, Maître. Viens, Matthieu, et vous deux. Allons vite.”

“Ma paix avec vous, toujours.”

112.4 – Jésus, rentre avec les quatre qui sont restés et, après le baiser à Lazare, il lui présente Jean, Philippe et Barthélemy, et puis il les congédie, restant seul avec Lazare.

Ils vont vers la maison. Cette fois, sous le beau portique, il y a une femme. C’est Marthe. Elle n’est pas grande comme sa sœur, mais grande pourtant. Elle est brune alors que l’autre est blonde et rose; c’est pourtant une belle jeune fille, aux formes harmonieuses. Une chevelure, couleur de jais et dessous un front légèrement brun et uni. Les yeux, qui respirent la douceur, sont noirs, grands, veloutés, encadrés par des cils foncés. Son nez est légèrement aquilin et la bouche vermeille tranche sur la couleur brune des joues. Elle sourit en montrant de belles dents très blanches.

Son habit de laine est bleu foncé avec des galons rouges et vert foncé au cou et au bout des manches larges qui s’arrêtent au coude et d’où sortent d’autres manches d’un lin très fin et blanc, serrées au poignet par un petit cordon qui les plisse. En haut de la poitrine aussi, à la base du cou, ressort cette chemisette très fine et blanche que serre un cordon. Sa ceinture est une écharpe azur, rouge et vert, d’étoffe très fine qui serre le haut des hanches et retombe, avec un nœud de franges, du côté gauche. C’est un vêtement riche et chaste.

“J’ai une sœur, Maître. La voilà. C’est Marthe. Elle est bonne et pieuse. C’est le réconfort et l’honneur de la famille et la joie du pauvre Lazare. Auparavant, elle était ma première et unique joie. Maintenant, elle est la seconde, car la première c’est Toi.”

Marthe se prosterne jusqu’à terre et baise le bord du vêtement de Jésus.

“Paix à l’excellente sœur et à la femme chaste. Lève-toi.” Marthe se lève et entre dans la maison avec Jésus et Lazare. Puis elle s’excuse de s’absenter pour les besoins de la maison.

“C’est ma paix.” murmure Lazare et il regarde Jésus. Un regard scrutateur. Mais Jésus ne montre pas de s’en apercevoir.

112.5 – Lazare demande:

“Et Jonas?”

“Il est mort.”

“Mort? Alors…”

“Je l’ai eu à la fin de sa vie. Mais il est mort libre et heureux, dans ma maison de Nazareth, entre Moi et ma Mère.”