“Ne te prive pas de pain pour nous…”

“Non, Maître, si je n’en avais qu’une bouchée, je te la donnerais. C’est un honneur pour moi de t’avoir… Je ne l’aurais jamais espéré. Mais je dis mes misères parce que tu es bon et que tu comprends.”

110.6 – “Oui, je comprends. Donne-moi ce marteau. Ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. Tu abîmes le bois. Donne-moi aussi ce poinçon, mais après l’avoir rougi au feu. Il percera mieux le bois et nous y passerons sans difficulté une cheville de fer. Laisse-moi faire. Je travaillais le bois…”

“Toi, travailler pour moi? Non!”

“Laisse-moi faire. Tu m’abrites. Moi je t’aide. Il faut s’aimer entre hommes, en donnant chacun ce qu’il peut.”

“Tu donnes la paix. Tu donnes la sagesse. Tu donnes le miracle. Tu donnes déjà beaucoup, beaucoup!”

“Je donne aussi le travail. Allons! Obéis…”

Et Jésus, qui n’a gardé que son habit, travaille rapidement et avec dextérité au timon abîmé. Il perce, il attache, il cheville, l’essaie jusqu’à ce qu’il le voit solide.

“Il pourra encore travailler longtemps, jusqu’à l’année prochaine. Et alors tu pourras le changer.”

“Je le crois bien. Cette charrue est passée par tes mains et me bénira la terre.”

“Ce n’est pas pour cela Jacob, qu’elle sera bénie.”

“Pourquoi, alors, mon Seigneur?”

“Parce que tu uses de miséricorde. Tu ne te renfermes pas dans la rancœur de l’égoïsme et de l’envie, mais tu reçois mon enseignement et le mets en pratique. Bienheureux les miséricordieux. Ils obtiendront miséricorde.”

“En quoi j’en use pour Toi, mon Seigneur? C’est à peine si j’ai une place et la nourriture dont tu as besoin. Je n’ai que la bonne volonté, et jamais je n’ai tant souffert d’être pauvre pour n’avoir pas de quoi faire honneur, à Toi et à tes amis.”

“C’est assez de ton désir. En vérité, je te dis que même un seul verre d’eau donné en mon nom est une grande chose aux yeux de Dieu. J’étais un voyageur fatigué sous la bourrasque: tu m’as abrité. L’heure du repas arrive et tu me dis: “Je t’offre ce que j’ai”. La nuit descend: et tu m’offres un toit ami. Que veux-tu faire de plus? Fais confiance, Jacob. Le Fils de l’homme ne regarde pas au luxe de la réception et de la nourriture. Il regarde aux sentiments du cœur. Le Fils de Dieu dit au Père: “Père, bénis mes bienfaiteurs et tous ceux qui, en mon nom, sont miséricordieux pour leurs frères”. Cela, je le dis pour toi.”

110.7 – Pendant que Jésus travaillait à la herse, la servante a parlé avec le maître, et elle revient avec du pain, du lait qu’elle vient de traire quelques pommes ratatinées et un plateau d’olives.

“Je n’ai rien de plus” dit l’homme en s’excusant.

“Oh! Moi, je vois parmi ta nourriture une nourriture que tu ne vois pas! Et je m’en nourris, car elle a une saveur céleste.”

“Tu te nourris, peut-être, Toi, Fils de Dieu, d’une nourriture que t’apportent les anges? Peut-être tu vis d’un pain spirituel.”

“Oui, l’esprit vaut plus que le corps et pas seulement en Moi. Mais je ne me nourris pas de pain angélique. Bien plutôt de l’amour du Père et des hommes. Je le trouve aussi sur ta table, et j’en bénis le Père qui par amour m’a conduit à toi, et je te bénis de m’accueillir avec amour et de me donner l’amour. Voilà ma nourriture, avec l’exécution de la volonté de mon Père.”

“Bénis, alors, et fais l’offrande de la nourriture à Dieu, à ma place. Aujourd’hui, tu es pour moi le Chef de famille et toujours tu seras mon Maître et mon Ami.”

Jésus prend le pain et l’offre en le tenant haut levé entre ses mains. Il prie, avec un psaume, je crois. Puis il s’assied, rompt le pain et le distribue…

Tout se termine ainsi.