“Personne ne le voudrait, car la justice du Parfait, que sera-t-elle donc?” disent les disciples.
“Pour les bons, ce sera l’extase, pour les satans, ce sera la foudre, amis. En vérité je vous le dis: être toute la vie esclave, lépreux, mendiant, c’est une félicité royale en comparaison d’une heure, d’une seule heure de punition divine.”
110.4 – “Il pleut, Maître. Qu’allons-nous faire? Où aller?”
En effet, sur le lac qui s’est assombri en reflétant le ciel, maintenant tout couvert de nuages couleur de plomb, tombent et rebondissent les premières gouttes d’une pluie qui menace de devenir plus violente.
“Dans quelque maison, nous demanderons abri au nom de Dieu.”
“Espérons de trouver quelqu’un qui soit aussi bon que ce Romain. Je ne les croyais pas comme ça… Je les avais toujours évités comme impurs, et je vois que… oui, tout compte fait, ils valent mieux que beaucoup d’entre nous.” dit Pierre.
“Les Romains te plaisent?” demande Jésus.
“Eh!… je ne les trouve pas pires que nous. Ce sont des samaritains, voilà…”
Jésus sourit sans rien dire. Ils sont rejoints par une petite femme qui pousse devant elle huit brebis.
“Femme, sais-tu nous dire où nous pourrons trouver un toit?…” demande Pierre.
“Je suis la servante d’un homme pauvre et seul. Mais, si vous voulez venir… je crois que le maître vous recevra avec bonté.”
“Allons.”
Ils s’en vont sous l’averse rapidement au milieu des brebis qui trottent avec leurs corps obèses pour fuir la pluie. Ils laissent la grande route pour prendre un chemin qui conduit à une maisonnette basse. Je reconnais la maison du paysan Jacob, ce Jacob de Matthias et Marie, les deux orphelins de la vision du mois d’août me semble-t-il Vision du 24 août 1944 qui est intégrée au chapitre 298. .
“Voilà: c’est ici! Courez devant, pendant que je conduis les brebis au bercail. Au delà du muret il y a une cour et, par celle-là, on arrive à la maison. Il sera à la cuisine. Ne faites pas attention s’il dit peu de paroles… Il a beaucoup d’ennuis.”
La femme va vers un cagibi à droite.
110.5 – Jésus, avec les siens, tourne à gauche.
Voilà l’aire avec le puits et le four au fond et le pommier sur le côté, et voici la porte grande ouverte de la cuisine où brûle un feu de branches, et où un homme est en train de réparer un outil de culture endommagé.
“Paix à cette maison. Je te demande un abri pour la nuit pour Moi et mes compagnons” dit Jésus sur le seuil de la porte.
L’homme lève la tête.
“Entre” dit-il, “et que Dieu te rende la paix que tu offres. Mais… la paix ici! Elle est ennemie de Jacob depuis quelque temps. Entre, entre!… Entrez tous. Le feu est l’unique chose que je peux vous donner abondamment… parce que… Oh! mais… Mais Toi, maintenant que tu as, enlevé le capuchon (Jésus s’était couvert la tête avec un pan de son manteau, en le tenant serré sous la gorge avec la main) et je te vois bien… Tu es, oui, tu es le Rabbi galiléen, celui qu’on nomme Messie et qui fait des miracles… Est-ce Toi? Dis-le, au nom de Dieu.”
“Je suis Jésus de Nazareth, le Messie. Tu me connais?”
“Je t’ai entendu, à la dernière lune, tu parlais à la maison de Jude et Anne… j’étais parmi les vendangeurs car… je suis pauvre. Une série de malheurs: la grêle, les chenilles, des arbres et des brebis malades… Pour moi, qui suis seul avec une servante, mon avoir me suffisait. Mais maintenant j’ai fait des dettes parce que le malheur s’acharne sur moi… Pour ne pas vendre toutes mes brebis, j’ai travaillé dans la maison des autres… Et puis, mes champs!… On aurait dit que la guerre y était passée tant ils étaient brûlés, et tant étaient stériles les vignes et les oliviers. Depuis la mort de ma femme, cela fait six ans, on dirait que Mammon s’amuse à mes dépens. Tu vois? Je suis en train de travailler après cette charrue. Mais elle a le bois tout abîmé. Comment faire? Je ne suis pas du métier, et je rattache, je rattache. Mais cela ne sert à rien. Je dois encore regarder aussi à ma bourse, maintenant… Je vais vendre une autre brebis pour réparer les outils. Le toit fait eau… mais les champs m’inquiètent plus que la maison. C’est dommage! Les brebis sont toutes pleines… j’espérais reconstituer le troupeau… Mais!”
“Je vois que je viens apporter des ennuis, là où il y en a déjà tant.”
“Des ennuis, Toi? Non. Je t’ai entendu parler et… au fond du cœur m’est resté ce que tu disais. C’est vrai que j’ai travaillé honnêtement, et pourtant… Mais je pense que peut-être je n’étais pas assez bon. Je pense que peut-être celle qui était bonne, c’était ma femme qui avait pitié de tout le monde.
Pauvre Lia, morte trop vite, trop vite pour son homme… Je pense que la prospérité de ces temps là venait du Ciel par elle. Et je veux devenir meilleur pour pratiquer ce que tu dis et imiter mon épouse. Et je ne demande pas grand-chose… de rester seulement dans cette maison où elle est morte, où moi je suis né… et d’avoir du pain pour moi et la servante qui remplace ma femme, elle fait la bergère et m’aide comme elle peut. Je n’ai plus de serviteur. J’en avais deux et ils me suffisaient, en travaillant moi aussi aux champs et à l’oliveraie… Mais je n’ai plus de pain que pour moi et encore bien peu…”