Jésus arrête brusquement et se lève, allant entre Jacques et Jude. Il les serre étroitement dans ses bras et termine en répétant par cœur les paroles:

“Alphée est retourné dans le sein d’Abraham En effet, les Limbes n'ayant pas été encore ouvertes par la Rédemption, Alphée y est en attente. à la dernière pleine lune, et grand a été le deuil de la cité…”. ” Les deux fils pleurent sur la poitrine de Jésus. Il termine: ”…À sa dernière heure, il t’aurait voulu, mais tu étais loin. C’est pourtant un réconfort pour Marie qui voit en cela l’assurance du pardon de Dieu, et qui doit donner la paix même à ses neveux”. Vous entendez? C’est Elle qui le dit et elle sait ce qu’elle dit.”

“Donne-moi la lettre.” supplie Jacques.

“Non, elle te ferait du mal.”

“Pourquoi? Que peut-elle dire de plus pénible que la mort d’un père?”

“Qu’il nous a maudits.” soupire Jude.

“Non, non pas cela.” dit Jésus.

“Tu le dis… pour ne pas nous affliger. Mais il en est bien ainsi.”

“Lis, alors.”

Et Jude lit:

“Jésus, je t’en prie et Marie t’en prie aussi de ne pas venir à Nazareth avant la fin du deuil. L’amour des Nazaréens pour Alphée les rend injustes envers Toi, et ta Mère en pleure. Notre bon ami Alphée me console et calme le pays. Il y a eu beaucoup de bruit au sujet du récit d’Aser et d’Ismaël pour la femme de Kouza. Mais Nazareth est maintenant une mer agitée par des vents contraires. Je te bénis, mon Fils, et je te demande pour mon âme paix et bénédiction. Paix aux neveux. La Maman”

Les apôtres font des commentaires et réconfortent les deux frères en pleurs.

104.7 – Mais Pierre dit:

“Et celles-là, tu ne les lis pas?”

Jésus fait signe que oui et ouvre celle de Lazare, Il appelle Simon le Zélote et ils lisent ensemble dans un coin. Puis ils ouvrent l’autre rouleau et le lisent aussi. Ils discutent entre eux. Je vois que le Zélote cherche à persuader Jésus de quelque chose, mais il n’y arrive pas.

Jésus, les rouleaux en mains, vient au milieu de la pièce et dit:

“Écoutez, amis. Nous formons tous une même famille et entre nous il n’y a pas de secrets. Pour le mal, c’est de la pitié de le tenir caché, mais pour le bien, c’est justice de le faire connaître. Écoutez ce qu’écrit Lazare de Béthanie:

“Au Seigneur Jésus, paix et bénédiction. Paix et salut à mon ami Simon. J’ai reçu ta lettre et, en qualité de serviteur, j’ai mis à ton service mon cœur, ma parole et tous mes moyens pour te faire plaisir et avoir l’honneur d’être pour Toi un serviteur qui ne soit pas inutile. Je suis allé chez Doras, dans son château de Judée, pour le prier de me vendre le serviteur Jonas, comme tu le désires. J’avoue que sans la prière de Simon, ton ami fidèle, je n’aurais pas affronté ce chacal railleur, cruel et néfaste. Mais pour Toi, mon Maître et Ami, je me sens capable d’affronter Mammon en personne. Je pense que, à qui travaille pour Toi, tu es tout proche et, par conséquent, tu le défends. J’ai été certainement aidé car, contre toute prévision j’ai vaincu. Dure a été la discussion et humiliants les premiers refus. Trois fois j’ai dû m’incliner devant cet argousin tout puissant. Ensuite il m’imposa un délai d’attente. Enfin voilà la lettre Digne d’un aspic. Et moi j’ai à peine le courage de te dire: ‘Cède pour arriver au but’ car lui n’est pas digne de t’avoir. Mais autrement il n’y a rien à faire. J’ai accepté en ton nom et j’ai signé. Si j’ai mal fait, réprimande-moi. Mais crois-le bien: j’ai essayé de mon mieux de te rendre service. Hier est venu un de tes disciples, juif, disant qu’il venait en ton nom pour savoir s’il y avait des nouvelles à t’apporter. Il s’est nommé Judas de Kériot. Mais j’ai préféré attendre Isaac pour te remettre la lettre. J’ai été étonné que tu aies envoyé quelqu’un d’autre, sachant qu’à chaque sabbat Isaac vient chez moi se reposer. Je n’ai rien d’autre à te dire Je baise seulement tes pieds saints. Je te prie de les diriger chez ton serviteur et ami Lazare, comme tu l’as promis. Salut à Simon. À Toi, Maître et Ami, baiser de paix et prière de bénédiction. Lazare”.

Et maintenant voici l’autre:

“À Lazare, salut. J’ai décidé. Pour une somme double tu auras Jonas. Cependant j’y mets ces conditions et je ne les changerais pour aucun motif. Je veux d’abord que Jonas termine les récoltes de l’année, c’est à dire qu’il sera retenu jusqu’à la lune de Tisri Soit jusqu'à la mi-septembre. C'est alors le début de la lune de Tisri et la fin de celle d'Elloul. , à la fin de la lune. Je veux que Jésus de Nazareth vienne Lui-même pour le prendre, et je Lui demande d’entrer sous mon toit pour faire sa connaissance. Je veux un paiement immédiat après la signature du contrat. Adieu. Doras”

104.8 – “Quelle peste! s’écrie Pierre. Mais qui paie? Qui sait combien il demande et nous… nous sommes sans le moindre denier! ”

“C’est Simon qui paie, pour faire plaisir à Moi et au pauvre Jonas. Il n’acquiert qu’une ombre d’homme qui ne lui servira à rien. Mais il acquiert un grand mérite pour le Ciel.”

“Toi? Oh!”

Tout le monde est stupéfait. Même aux fils d’Alphée la surprise fait oublier leur peine.

“C’est lui. Il est juste que cela soit connu.”

“Il serait juste aussi que l’on sache pourquoi Judas de Kériot est allé chez Lazare. Qui l’y avait envoyé? Toi?”

Mais Jésus ne répond pas à Pierre. Il est très soucieux et pensif. Il ne sort de sa méditation que pour dire:

“Donnez à dîner à Joseph, puis allons nous reposer. Je vais préparer la réponse pour Lazare… Isaac est encore à Nazareth?”

“Il m’attend.”

“Nous y irons tous.”

“Oh non! Ta Mère dit…” Tous sont bouleversés.

“Taisez-vous. C’est ma volonté. La Mère fait parler son cœur aimant. Moi je juge avec ma raison. J’aime mieux faire cette dé- marche pendant que Judas n’est pas là, et tendre une main amie aux cousins Simon et Joseph, pleurer avec eux avant la fin du deuil. Puis nous reviendrons à Capharnaüm, à Génésareth, sur le lac en somme, en attendant la fin de la lune de Tisri. Nous prendrons les Marie avec nous. Votre mère a besoin d’amour. Nous le lui donnerons. Et la mienne a besoin de paix. Je suis sa paix.”

“Tu crois qu’à Nazareth…” demande Pierre.

“Je ne crois rien.”

“Ah! Bien! Parce que, s’ils devaient lui faire du mal ou la faire souffrir!… Ils auraient à faire avec moi!” dit Pierre tout ébouriffé.

Jésus le caresse, mais il est absorbé: je dirais qu’il est triste. Puis il va s’asseoir entre Jude et Jacques et les tient embrassés pour les consoler.

Les autres parlent doucement pour ne pas troubler leur douleur.