Une femme le voit et l’interroge:
“Tu es parent de Aava? Et ces deux aussi? Vous êtes venus la reprendre?”
“Tais-toi, poule bavarde! Il ne faut pas qu’on me voie.”
Faire taire une femme! C’est chose difficile. Pierre a beau la foudroyer du regard, elle va parler à d’autres commères. En un moment le pauvre Pierre est entouré d’un cercle de femmes, d’enfants et même d’hommes qui, pour imposer à leur tour le silence, font un vacarme qui dénonce leur présence. Pierre se ronge de dépit… mais ne réussit pas.
104.3 – De l’intérieur arrive la voix pleine, agréable, paisible de Jésus en même temps que la voix brisée d’une femme et celle dure, rauque, d’un homme.
“Si elle a toujours été bonne épouse, pourquoi la répudier? T’a-t-elle jamais manqué?”
“Non, Maître, je te le jure! Je l’ai aimé comme la prunelle de mon œil.” gémit la femme.
L’homme, bref et dur:
“Non. Elle ne m’a jamais manqué autrement que par sa stérilité. Et moi, je veux des enfants. Je ne veux pas la malédiction de Dieu sur mon nom.”
“Ce n’est pas sa faute, à ta femme si elle est ainsi.”
“Il m’en accuse comme d’une faute à moi et de ma famille, il y voit une trahison.”
“Femme, sois sincère. Savais-tu d’être ainsi?”
“Non. J’étais et je suis en tout comme toutes les autres. Le médecin lui-même l’a dit. Mais je n’arrive pas à avoir d’enfant.”
“Tu vois qu’elle ne t’a pas trahi. Même elle en souffre. Réponds-moi sincèrement: si elle était mère, la répudierais-tu?”
“Non. Je le jure. Je n’ai pas de raisons. Mais le rabbin l’a dit et le scribe aussi: “La stérile c’est, dans la maison, une malédiction de Dieu. Tu as le droit et le devoir de lui donner un libelle de divorce et de ne pas affliger ta virilité en te privant d’enfants”
104.4 – Je fais ce que dit la Loi Divorce: Le mari pouvait l'imposer à sa femme s'il trouvait en elle quelque chose de honteux ou de dégradant, comme on le voit en Deutéronome 24,1-4. Mais Jésus condamne la loi du divorce en EMV 140.4, EMV 174.19, EMV 357.10/11, EMV 531.13/14 et EMV 635.9. En outre, l'obligation pour la femme juive de se marier et d'avoir des enfants (le grand-prêtre le rappelle à la Vierge en EMV 11.3) et le déshonneur que constitue sa stérilité (considérée par Anne comme un châtiment en EMV 2.4) sont illustrés par Genèse 1, 27-28 ; Genèse 2, 22-24 ; Genèse 9, 1 ; Genèse 17, 15-21 ; 21, Genèse 1-7 ; Genèse 30 1-2.22-24 ; Juges 13, 2-7.24 ; 1 Samuel 1, 1-20 ; Osée 9, 11-14. Jésus aborde la question des mariages mixtes en EMV 327.4 et en EMV 635.9. Il illustre magistralement l'origine du mariage en EMV 470.4. .”
“Non. Écoute. La Loi dit de ne pas commettre l’adultère, et tu vas le commettre Deutéronome 5,18 et Exode 20,14. . Le commandement donné à l’origine, c’est celui-là et pas un autre. Si, à cause de la dureté de vos cœurs Moïse vous a permis le divorce, ce fut pour empêcher les liaisons immorales et les concubinages qui sont odieux à Dieu. Puis de plus en plus votre vice a étendu la clausule de Moïse jusqu’à obtenir les chaînes inhumaines et les pierres homicides qui sont les conditions actuelles de la femme, toujours victime de votre domination, de vos caprices, de votre surdité, de votre aveuglement en fait d’affections. Je te le dis: il ne t’est pas permis de faire ce que tu veux faire. Cet acte est une offense envers Dieu. Abraham a-t-il peut-être répudié Sara Genèse 16,1. ? Et Jacob, Rachel Genèse 30,1. ? Et Elqana, Anne 1 Samuel 1,2. ? Et Manoah, son épouse Juges 13,2. ? Connais-tu le Baptiste? Oui? Eh bien, sa mère n’a-t-elle pas été stérile jusqu’à sa vieillesse avant d’enfanter le saint de Dieu, comme l’épouse de Manoah enfanta Samson Juges 13,4-24. , et Anne d’Elqana Samuel 1 Samuel 1,20. , et Rachel, Joseph Genèse 30,22-24. , et Sara Isaac Genèse 21,2-3. ? À la continence de l’époux, à sa pitié pour la stérile, à sa fidélité à ses promesses, Dieu a accordé une récompense, une récompense célébrée au cours des siècles, comme Il donne le sourire à la stérile éplorée qui n’est plus stérile ni méprisée, mais glorieuse dans la joie d’être mère. Il ne t’est pas permis d’offenser l’amour de ta femme. Sois juste et honnête. Dieu te donnera une récompense qui dépassera tes mérites.”
“Maître, tu es le seul à parler ainsi… Moi, je ne savais pas. J’avais demandé aux docteurs et ils m’avaient dit: “Fais-le”. Mais pas un mot pour me dire que Dieu récompense de ses dons une bonne conduite. Nous sommes en leurs mains… et ils nous ferment les yeux et le cœur avec une main de fer. Je ne suis pas méchant, Maître. Ne me méprise pas.”
“Je ne te méprise pas. Tu me fais encore plus pitié que cette femme en pleurs, car sa douleur finira avec sa vie. C’est alors que commencera la tienne, et pour l’éternité. Penses-y.”
“Non, elle ne commencera pas. Je ne le veux pas. Me jures-tu sur le Dieu d’Abraham que ce que tu me dis est la vérité?”
“Je suis la Vérité et la Science. Qui croit en Moi aura en lui: justice, sagesse, amour et paix.”
“Je veux te croire. Oui, je veux te croire. Je sens qu’il y a en Toi quelque chose qui n’existe pas chez les autres. Voilà: maintenant, je vais au prêtre et je lui dis: “Je ne la répudie plus. Je la garde, et je demande seulement à Dieu qu’Il m’aide à ressentir moins la douleur d’être sans enfant”. Aava, ne pleure pas. Nous dirons au Maître de venir encore pour que je sois bon, et toi… continue de m’aimer.”
La femme pleure plus fort par le contraste de sa souffrance passée avec sa joie actuelle.
Jésus sourit, au contraire. “Ne pleure pas. Regarde-Moi. Regarde-Moi, femme.”
Elle lève la tête et regarde, à travers ses larmes, le visage lumineux de Jésus.