“Eh oui! C’est une souffrance… Quelle tristesse! Mais, mes enfants (et il les secoue affectueusement) il n’est pas donné à tous de mériter ces paroles… Moi… moi je me rends compte que je suis un chanceux, dans l’appel que Jésus m’a fait. Cette brave femme d’épouse ne cesse de me dire: “C’est comme si j’étais répudiée, puisque tu n’es plus à moi. Mais je dis: ‘Heureuse répudiation!’ ”. Dites-le, vous aussi. Vous perdez un père, mais vous gagnez Dieu.” Le berger Joseph, étonné, dans son sort d’orphelin, ignorant qu’un père puisse être occasion de peine, dit:
“Je croyais être le plus malheureux, parce que sans père. Mais je m’aperçois qu’il vaut mieux le pleurer mort qu’ennemi.”
Jean se borne à baiser et caresser ses compagnons.
André soupire et se tait. Il brûle de parler, mais sa timidité lui serre la gorge.
Thomas, Philippe, Matthieu et Nathanaël parlent doucement dans un coin, avec le respect qu’on éprouve devant une vraie douleur.
Jacques de Zébédée prie, à voix basse, pour que Dieu donne sa paix.
Simon le Zélote, oh! comme il me plaît dans son attitude! Il quitte son coin et vient près des deux disciples en peine. Il met une main sur la tête de Jude, l’autre bras enserre la taille de Jacques et il dit:
“Ne pleure pas, fils. Lui nous l’avait dit, à toi et à moi: “Je vous unis: toi, qui, pour Moi, perds un père, et toi qui as un cœur de père sans avoir de fils Cf. EMV 56.7. ”. Et nous n’avions pas compris combien ces paroles étaient prophétiques. Mais Lui le savait. Voilà: je vous en prie. Je suis âgé et j’ai toujours rêvé qu’on m’appelle “père”. Acceptez-moi comme tel et moi, comme père, je vous bénirai matin et soir. Je vous en prie acceptez-moi comme un père.”
Les deux acquiescent en sanglotant plus fortement.
100.9 – Marie entre et accourt près des deux affligés. Elle caresse la chevelure d’ébène de Jude et la joue de Jacques. Elle est blanche comme un lys.
Jude lui prend la main, la baise et demande:
“Que fait-il?”
“Il dort, fils. La maman vous envoie son baiser” et elle les embrasse tous les deux.
La voix rauque de Pierre explose:
“Allons, viens ici un moment je veux te dire quelque chose”
Et je vois Pierre qui saisit de sa robuste main un bras de l’Iscariote et l’emmène dehors dans la rue. Puis il revient seul.
“Où l’as-tu envoyé?” demande Jésus.
“Où? Prendre l’air. Car si l’air ne l’avait pas calmé, moi, je le lui aurais donné d’une autre façon… ce n’est qu’à cause de Toi que je ne l’ai pas fait. Oh! maintenant, ça va mieux. Qui rit devant la souffrance, est un aspic, et moi, les serpents, je les chasse… Oui, heureusement, que tu es là… je l’ai seulement envoyé au clair de lune. Ça se pourrait… mais moi je deviendrais plutôt un scribe chose que Dieu seul est capable de faire de moi qui ai une juste conscience d’être au monde, mais lui, même avec l’aide de Dieu je doute qu’il devienne bon. Simon de Jonas te l’assure, et je ne me trompe pas. Non! Ne t’en fais pas! Il a été heureux d’en sortir et ne pas partager une tristesse. Il est plus sec qu’un caillou sous le soleil d’août. Allons, les enfants! Ici il y a une Mère plus douce qu’il n’en pourrait y avoir au Ciel. Ici il y a un Maître qui est meilleur que tout le Paradis. Ici il y a tant de cœurs honnêtes qui vous aiment sincèrement. Les averses, ça fait du bien: ça fait tomber la poussière. Demain, vous serez plus frais que des fleurs plus légers que des oiseaux, pour suivre notre Jésus.”
Et c’est sur ces simples et bonnes paroles de Pierre que tout se termine.
100.10 – Jésus dit ensuite:
“Après cette vision, tu mettras celle que je t’ai donnée au printemps 1944 celle où je demandais à ma Mère ses impressions sur les Apôtres. Désormais leur physionomie morale a été suffisamment mise en lumière pour qu’on puisse placer ici cette vision, sans créer de scandale pour personne. Je n’avais pas besoin de conseils, mais quand nous étions seuls, pendant que les disciples étaient disséminés dans des familles amies, ou dans les bourgades voisines, durant mes séjours à Nazareth, comme il m’était doux de parler à ma douce Amie et de demander conseil à la Maman pour voir confirmer, par sa bouche pleine de grâce et de sagesse, tout ce que, déjà, j’avais vu.
Avec Elle, je n’ai jamais été autre chose que “le Fils”. Et au milieu des enfants des femmes, il n’y a jamais eu de mère plus “mère” qu’Elle, dans toute la perfection des vertus maternelles, humaines et morales, et il n’y a jamais eu de fils plus “fils” que Moi en fait de respect, de confiance, d’amour.
100.11 – Et maintenant que vous avez un minimum de renseignements sur les Douze, sur leurs vertus, leurs défauts, leurs caractères, sur leurs efforts, y a-t-il encore quelqu’un pour dire qu’il me fut facile de les unir, de les élever, de les former? Et y a-t-il encore quelqu’un qui pense que la vie de l’apôtre est facile et que pour être un apôtre, c’est à dire pour croire qu’il l’est, quelqu’un juge souvent avoir droit à une vie facile, sans souffrances, sans heurts, sans insuccès! Ya-t-il encore quelqu’un qui pour le fait qu’il me sert prétend que je sois son serviteur et que je fasse en sa faveur des miracles à jet continu, et de sa vie un tapis fleuri, agréable, humainement glorieux? Mon chemin, mon travail, mon service, c’est la croix, la souffrance, le renoncement, le sacrifice. J’y suis passé, Moi. Que ceux qui veulent se dire “miens” le suivent.
Ceci n’est pas pour les “Jean”, mais pour les docteurs mécontents et exigeants.
100.12 – Et encore pour les chicaneurs, je dis que j’ai employé les termes “oncle” et “tante”, qui n’existent pas dans les langues de Palestine, pour apporter des éclaircissements et mettre un point final à une question irrespectueuse sur ma condition de Fils Unique de Marie, et sur la Virginité de ma Mère, avant et après l’enfantement, sur la nature spirituelle et divine de l’union dont j’ai reçu la vie. Je le redis encore une fois, ma Mère ne connut pas d’autres unions et n’eut pas d’autres enfants. Chair Inviolée, que Moi-même je n’ai pas déchirée, fermée sur le mystère d’un sein-tabernacle, trône de la Trinité et du Verbe Incarné.”