99 – À Tibériade dans la maison de Kouza (Chouza)

6 février 1945

Le mardi 6 février 1945.

99.1 – Je vois la belle cité de Tibériade, toute neuve Elle a été construite en 21 après J.-C. (mais les dates varient selon les sources) par Hérode Antipas. Il y a donc six ans. Il déménage sa capitale de Sephoris où elle était établit depuis l'an 4 avant J.C. dans cette nouvelle ville qui doit son nom à l'Empereur Tibère. Il y réside donc avec son entourage, dont Kouza son intendant. . Qu’elle soit neuve et riche, tout son ensemble me l’indique. Elle suit un plan plus ordonné que toute autre ville de Palestine et présente un ensemble harmonieux et organisé que n’offre pas même Jérusalem. Des belles avenues, rues droites pourvues déjà d’un système d’égouts pour empêcher la stagnation des eaux et l’accumulation des ordures dans les rues, des vastes places ornées de fontaines avec de magnifiques bassins de marbre. Palais déjà bien dégagés dans le style de Rome avec des portiques aérés. Par certaines portes cochères, ouvertes à cette heure matinale, l’œil aperçoit d’amples vestibules, des péristyles de marbre ornés de tentures précieuses, garnis de sièges, de petites tables. Presque tous ont, au centre, une cour pavée de marbre, avec fontaines et jets d’eau et vasques de marbre garnies de plantes en fleur.

En somme, c’est une imitation de l’architecture de Rome assez bien reproduite et richement imitée. Les plus belles maisons sont dans les rues qui avoisinent le lac. Les trois premières, parallèles à la côte, sont vraiment seigneuriales. La première, le long d’une avenue qui suit la douce courbure du lac, est tout à fait splendide. La dernière partie est une suite de villas qui ont leur façade principale sur la rue qui passe par derrière, et vers le lac elles ont de riches jardins qui descendent au point d’être caressés par les eaux. Presque toutes ont un petit port où se trouvent des bateaux pour les promenades avec des baldaquins précieux et des sièges de couleur pourpre.

Jésus semble être descendu de la barque de Pierre non pas dans le port de Tibériade, mais dans quelque autre endroit, peut-être des faubourgs, et s’avance par une avenue le long du lac.

“Tu n’as jamais été à Tibériade, Maître?” demande Pierre.

“Jamais.”

“Eh! l’Antipas a bien fait les choses, et en grand, pour flatter Tibère! C’est bien un vendu, celui-là!…”

“On dirait une cité de repos plutôt qu’une ville de commerce.”

“Les commerces sont de l’autre côté. Mais elle a aussi beaucoup de commerces. Elle est riche.”

“Ces maisons-là? Palestiniennes?”

“Oui et non. Beaucoup appartiennent aux Romains, mais beaucoup… eh! oui! Bien que pleines de statues et pareilles bagatelles sont aux Hébreux.”

Pierre soupire et murmure:

“…s’ils ne nous avaient enlevé que l’indépendance… mais ils nous ont enlevé la foi… Nous sommes en train de devenir plus païens qu’eux!”

“Ce n’est pas leur faute, Pierre. Eux ont leurs habitudes et ils ne nous forcent pas à les prendre. Mais c’est nous qui voulons la corruption: par intérêt, pour suivre la mode, par servilisme…”

“Tu dis bien, mais le premier à le faire, c’est le Tétrarque…”

99.2 – “Maître, nous sommes arrivés, dit le berger Joseph. “C’est la maison de l’intendant d’Hérode.”

Ils sont arrêtés à l’extrémité de l’avenue où il y a un carrefour à partir duquel l’avenue devient la seconde des rues, alors que les villas restent entre elle et le lac. La maison qu’il indique est la première, toute entourée d’un jardin fleuri. Les parfums et les parterres de jasmins et de roses s’étendent jusqu’au lac.

“C’est ici qu’habite Jonathas?”

“C’est ici que l’on m’a dit. C’est l’intendant de l’intendant et il est bien tombé. Kouza n’est pas mauvais et il sait reconnaître les mérites de son intendant. C’est un des rares de la cour qui soit honnête. Dois-je l’appeler?”

“Va.”

Joseph va au grand portail et frappe. Le portier accourt. Ils parlent entre eux. Je vois que Joseph fait une moue de désappointement. Le portier sort sa tête grise, regarde Jésus et puis demande une chose sur laquelle Joseph est d’accord. Ils parlent encore entre eux.

Puis Joseph vient trouver Jésus qui attend patiemment à l’ombre d’un arbre.

“Jonathas n’est pas ici. Il est sur le Haut Liban. Il est allé conduire dans un air frais et pur Jeanne de Kouza, très malade. Le serviteur dit que c’est lui qui est allé parce que Kouza est à la cour et n’en peut sortir depuis le scandale de la fuite de Jean le Baptiste. L’état de la malade s’aggravait et le médecin disait qu’ici elle serait morte.