“J’ai une mère, mais mon amour pour elle disparaît devant la vénération que j’éprouve pour toi.”
“Non, pas pour moi. Pour Lui. Je suis parce qu’Il est. Je ne veux rien pour moi. C’est seulement pour Lui que je demande. Je sais comme tu as honoré mon Fils dans ta patrie. Mais je te dis encore: que ce soit ton cœur le lieu où Il reçoive de toi le suprême honneur. Alors, je te bénirai avec un cœur de Mère.”
“Mon cœur est sous le talon de ton Fils. Heureuse soumission. La mort seule rompra ma fidélité”
“Et celui-ci, c’est notre Jean, Maman.”
“J’ai été tranquille, depuis le moment où je t’ai su près de Jésus. Je te connais et ai l’esprit rassuré depuis que je te sais avec mon Fils. Sois béni, mon repos.”
Elle l’embrasse.
90.5 – La voix rauque de Pierre se fait entendre de dehors:
“Voici le pauvre Simon qui apporte son salut et…”
Il est entré et est reste pétrifié.
Mais ensuite il jette par terre le panier rond qu’il portait sur le dos et se jette aussi par terre en disant:
“Ah! Seigneur Éternel! Pourtant… Non, tu n’aurais pas dû me faire cela, Maître! Être ici et ne rien faire savoir au pauvre Simon! Que Dieu te bénisse, Maître! Ah! comme je suis heureux! Je n’en pouvais plus de rester ici sans Toi!”
Et il lui caresse la main, sans écouter Jésus qui lui dit:
“Lève-toi, Simon. Lève-toi, donc!”
“Je me lève, oui. Mais pourtant… Dis donc, toi, garçon! (le garçon c’est Jean). Tu pouvais courir me le dire! Maintenant, file tout de suite à Capharnaüm, pour le dire aux autres… et d’abord dans la maison de Jude. Il va arriver ton fils, femme. Vite. Imagine-toi que tu es un lièvre avec des chiens à tes trousses.”
Jean part en riant.
Pierre s’est enfin levé. Dans ses courtes et grosses mains aux veines saillantes, il continue de tenir la longue main de Jésus et la baise sans la lâcher, bien qu’il veuille donner son poisson qui est à terre, dans le panier.
“Eh! non. Je ne veux pas que tu t’en ailles une autre fois sans moi. Jamais plus, jamais plus tant de temps sans te voir! Je te suivrai comme l’ombre suit le corps et comme le cordage suit l’ancre. Où as-tu été, Maître? Je me disais: “Où est-il? Que fait-il? Et cet enfant qui est Jean, saura-t-il le soigner? Veillera-t-il à ce qu’il ne se fatigue pas trop? Qu’il ne reste pas sans manger?” Eh! je te connais bien!… Tu es plus maigre! Oui, plus maigre. Il ne t’a pas bien soigné! Je lui dirai que… Mais, où as-tu été, Maître? Tu ne me dis rien!”
“J’attends que tu me laisses parler! ”
“C’est vrai. Mais… ah! te voir, c’est comme du vin nouveau. Rien que l’odeur monte à la tête. Oh! mon Jésus!”
Pierre en pleure presque de joie.
“Moi aussi, j’ai éprouvé le désir de vous avoir, vous tous, même quand je me trouvais avec des amis très chers.
90.6 – Voilà, Pierre. Ceux-ci sont deux qui m’ont aimé depuis mes toutes premières heures. Plus encore: ils ont déjà souffert pour Moi. Ici, c’est un fils qui, à cause de Moi, n’a plus ni père ni mère. Mais il a tant de frères en vous tous, n’est-ce pas?”
“Tu le demandes, Maître? Mais si, par impossible, le Démon t’aimait, je l’aimerais à cause de son amour pour Toi. Vous êtes pauvres, vous aussi, je le vois. Et alors, nous sommes pareils. Venez que je vous embrasse. Je suis pêcheur, mais j’ai le cœur plus tendre qu’un pigeonneau. Et puis sincère. Ne faites pas attention si je suis rude. La rudesse est au dehors. À l’intérieur, c’est tout miel et beurre. Avec les bons pourtant… car avec les méchants…”
“Celui-ci, c’est le nouveau disciple.”
“Il me semble l’avoir déjà vu…”
“Oui, c’est Judas de Kérioth et, grâce à lui, Jésus fut bien accueilli dans sa ville. Je vous prie de vous aimer, même si vous êtes de régions différentes. Soyez tous frères dans le Seigneur.”
“C’est en frère que je le traiterai, s’il le sera lui aussi. Et… oui… (Pierre regarde fixement Judas, d’un regard ouvert qui semble donner un avertissement) et… oui… il vaut mieux que je le dise, ainsi tu me connais tout de suite, et bien. Je le dis: je n’ai pas beaucoup d’estime pour les Juifs en général, et les habitants de Jérusalem en particulier. Mais je suis honnête. Et tu peux te reposer sur mon honnêteté, je mets de côté toutes les idées que j’ai sur vous et je ne veux voir en toi qu’un disciple fraternel. Maintenant c’est à toi de ne pas me faire changer d’idée et de conduite.”
“Avec moi, aussi, Simon, tu as de ces préjugés?” demande le Zélote en souriant.
“Oh! Je ne t’avais pas vu! Avec toi? Oh! avec toi, non. L’honnêteté est peinte sur ta figure. La bonté transsude de ton cœur à l’extérieur, comme une huile odorante à travers un vase poreux. Et tu es âgé. Ce n’est pas toujours une qualité. Parfois, plus on vieillit, plus on devient faux et méchant. Mais tu es de ceux qui se comportent comme des vins de qualité. Plus ils vieillissent et plus ils se dépouillent et s’améliorent.” “Tu as bien jugé, Pierre, dit Jésus.
90.7 – Maintenant venez. Pendant que les femmes travaillent pour nous, faisons une halte sous la tonnelle fraîche. Comme il est beau d’être avec les amis Nous irons ensuite tous ensemble à travers la Galilée et plus loin C’est à dire, pas tous. Lévi, maintenant qu’il est satisfait, retournera auprès d’Élie pour lui dire que Marie le salue. N’est-ce pas Maman?”
“Que je le bénis et pareillement Isaac et les autres. Mon Fils m’a promis de m’emmener avec Lui… et je viendrai chez vous, premiers amis de mon Bébé.”
“Maître, je voudrais que Lévi porte à Lazare l’écrit que tu sais Simon demande à son ami Lazare de consacrer le produit de la vente de sa propriété au rachat de Jonas. ”
“Prépares-le, Simon. Aujourd’hui c’est pleine fête. Demain soir Lévi partira, à temps pour arriver avant le sabbat. Venez, amis…”
Ils sortent dans le jardin tout vert et c’est fini.