Simon est écrasé.
89.4 – Un temps de silence. On a rejoint la route. Jésus s’arrête en attendant les autres.
Quand le groupe est réuni, Lévi s’agenouille:
“Je devrais te quitter, Maître, mais ton serviteur te fait une prière: emmène-moi chez ta Mère. Celui-ci est orphelin comme moi: Ne me refuse pas ce que tu lui donnes pour que je voie le visage d’une mère…”
“Viens, tout ce qu’on demande au nom de ma Mère, je le donne au nom de ma Mère.”…
89.5 – …Jésus est seul. Il marche rapidement parmi les oliviers chargés de petites olives déjà bien formées. Le soleil, qui va se coucher, darde ses rayons sur les frondaisons des arbres précieux et pacifiques, mais n’arrive à faire filtrer que de rares rayons à travers les branches serrées. La route principale, par contre, encaissée entre deux talus, est un ruban poussiéreux d’une clarté éblouissante.
Jésus avance et sourit. Il arrive à un endroit escarpé… et sourit encore plus vivement. Voilà Nazareth… Elle paraît trembler au soleil tant sa clarté l’enveloppe. Jésus descend plus rapidement. Il rejoint la route, maintenant, sans se préoccuper du soleil. On dirait qu’il vole, tant il est rapide avec son manteau dont il se protège la tête et qui se gonfle et palpite à ses côtés et en arrière. Le chemin est désert et silencieux jusqu’aux premières maisons. Là on entend venir de l’intérieur des maisons ou des jardins, une voix d’enfant ou de femme, des jardins dont les frondaisons jettent leur ombre jusque sur la route. Jésus profite de ces taches d’ombre pour échapper à l’implacable soleil. Il tourne par une ruelle à moitié ombragée. Il s’y trouve des femmes groupées autour de la fraîcheur d’un puits. Elles le saluent presque toutes de leurs voix aiguës pour son heureux retour.
“La paix à vous toutes… Mais faites silence. Je veux faire une surprise à ma Mère.”
“Sa belle-sœur est partie avec un broc d’eau fraîche, mais elle doit revenir. Elles sont restées sans eau. La source est à sec ou l’eau se perd dans le sol brûlé avant d’arriver à ton jardin. Nous ne savons pas. Marie d’Alphée le disait à l’instant. La voilà qui vient. ”
La mère de Jude et de Jacques vient avec une amphore sur la tête et une dans chaque main. Elle ne voit pas Jésus tout de suite et crie: “Comme ça, ça va plus vite. Marie est toute triste parce que ses plantes meurent de soif. Ce sont encore celles de Joseph et de Jésus et on dirait que cela lui arrache le cœur de les voir languir.”
“Mais maintenant qu’Elle va me voir…” dit Jésus en apparaissant de derrière le groupe.
“Oh! mon Jésus! Je te bénis! Je vais lui dire…”
“Non, j’y vais, Moi. Donne-moi les amphores.”
“La porte est entrebâillée. Marie est dans le jardin. Oh! comme Elle va être heureuse! Elle parlait de Toi encore ce matin. Mais venir avec ce soleil! Tu es tout en sueur! Tu es seul?”
“Non avec des amis, mais je suis venu en avant pour voir d’abord Maman. Et Jude?”
“Il est à Capharnaüm. Il y va souvent…” Marie ne dit rien d’autre. Mais elle sourit, tout en essuyant de son voile le visage baigné de sueur de Jésus.
89.6 – Les brocs sont prêts. Jésus en charge deux en équilibre sur ses épaules en se servant de sa ceinture et prend le troisième avec la main.
Il va, rapide, arrive à la maison, pousse la porte, entre dans la petite pièce qui paraît sombre quand on vient du plein soleil. Il soulève doucement le rideau qui ferme l’entrée du jardin et observe.
Marie est debout près d’un rosier, tournant le dos à la maison, et elle plaint la plante assoiffée. Jésus pose le broc par terre, et le cuivre résonne en heurtant un caillou.
“Déjà ici, Marie? dit la Maman sans se retourner. Viens, viens. Regarde ce rosier! Et ces pauvres lis. Ils vont tous mourir si on ne les secoure pas. Apporte aussi des tuteurs pour redresser cette tige qui tombe.”
“Je t’apporte tout, Maman.”
Marie se retourne brusquement. Elle reste une seconde les yeux écarquillés, puis avec un cri, court en tendant les bras vers le Fils qui déjà a ouvert les siens et l’attend avec un sourire tout amour.
“Oh! Mon Fils!”
“Maman! Chérie!”
Ils s’épanchent longuement; doucement et Marie est si heureuse qu’elle ne voit pas, ni ne réalise pas que Jésus est en sueur. Mais ensuite, elle le remarque: