“Elle n’est pas matérielle. Mais elle existe. Elle est en toi. Elle vient de Celui qui a créé le monde et retourne vers Lui après la mort du corps.”

“Du Dieu d’Israël, selon vous.”

“Du Seul Dieu, Unique, Éternel, Suprême Seigneur et Créateur de l’univers.”

“Et même un pauvre soldat comme moi a une âme qui retourne vers Dieu?”

“Oui, même un pauvre soldat, et son âme aura Dieu pour Ami si elle a toujours été bonne et Dieu la punira si elle a été mauvaise.”

86.4 – “Maître, voici Judas avec les bergers et des femmes. Si j’y vois clair, c’est la jeune fille d’hier.” dit Jean.

“Je vais, soldat. Sois bon.”

“Je ne te verrai plus? Je voudrais savoir encore…”

“Je demeure en Galilée jusqu’en septembre. Si tu peux, viens à Capharnaüm ou à Nazareth, tout le monde te renseignera sur Moi. À Capharnaüm, demande Simon-Pierre. À Nazareth, Marie de Joseph. C’est ma Mère. Viens. Je te parlerai du Dieu Vrai.”

“Simon-Pierre… Marie de Joseph… Je viendrai si je peux. Et si tu reviens, souviens-Toi d’Alexandre. Je suis de la centurie de Jérusalem.”

Judas et les bergers sont arrivés sous le porche.

“Paix à vous tous” dit Jésus.

Et il voudrait ajouter autre chose mais une toute jeune fille, maigre mais souriante fend le groupe et se jette à ses pieds:

“Ta bénédiction, encore sur moi, Maître et Sauveur, et encore un baiser pour Toi!

Et elle lui baise les mains.

“Va, sois heureuse, bonne. Bonne fille, puis bonne épouse et puis bonne mère. Enseigne à tes futurs petits mon Nom et ma doctrine. Paix à toi et à ta mère. Paix et bénédiction à tous ceux qui sont les amis de Dieu. Paix aussi à toi, Alexandre.”

Jésus s’éloigne.

86.5 – “Nous sommes en retard. Mais nous avons été retardés par ces femmes, explique Judas. Elles étaient à Gethsémani et voulaient te voir. Nous y étions allés, indépendamment l’un de l’autre pour faire route avec Toi. Mais tu étais déjà parti et, à ta place, on n’a vu qu’elles. Nous voulions les quitter… mais elles ont insisté plus que des mouches. Elles voulaient savoir tant de choses… As-tu guéri la petite?”

“Oui.”

“Et tu as parlé au Romain?”

“Oui, c’est un cœur honnête, et il cherche la Vérité…”

Judas soupire.

“Pourquoi soupires-tu, Judas?” demande Jésus.

“Je soupire parce que… parce que je voudrais que ce soit les nôtres, ceux qui cherchent la Vérité. Au contraire, ou ils la fuient, ou ils la méprisent, ou ils restent indifférents Je suis découragé. Je ne veux plus remettre les pieds ici et ne veux plus rien faire d’autre que t’écouter. Car, comme disciple, je ne réussis à rien.”

“Et crois-tu que je réussisse beaucoup? Ne te décourage pas, Judas. Ce sont les luttes de l’apostolat. Plus de défaites que de victoires. Mais défaites ici. Là-haut, ce sont toujours des victoires. Le Père voit ta bonne volonté et même si elle n’aboutit pas, il ne t’en bénit pas moins.”

“Oh! Tu es bon! Judas lui baise une main. Mais moi, deviendrai-je jamais bon?”

“Oui, si tu le veux.”

“Je crois l’avoir été ces jours-ci… J’ai souffert pour l’être… parce que j’ai beaucoup de désirs… Mais je l’ai été en pensant toujours à Toi.”

“Persévère, donc, tu me donneras tant de joie. Et vous, quelles nouvelles m’apportez-vous?” demande-t-il aux bergers.

“Élie te salue et t’envoie un peu de nourriture et te dit de ne pas l’oublier.”

“Oh! Moi je porte mes amis en mon cœur! Allons jusqu’à ce petit pays dans la verdure. Puis ce soir, nous nous remettrons en route. Je suis heureux d’être avec vous, d’aller trouver ma Mère et d’avoir parlé de la Vérité à un homme honnête. Oui, je suis heureux. Si vous saviez ce que c’est pour Moi d’accomplir ma mission et voir que les cœurs y viennent, c’est à dire viennent au Père, oh! comme toujours davantage vous me suivriez en esprit!…”

Je ne vois pas autre chose.