“Je t’écoute.”

“Jean peut dire si je suis sincère.”

“Je n’en doute pas. Entre honnêtes gens, il n’est pas besoin de serments et de témoignages. Parle.”

“Nous sommes arrivés à Jéricho à la sixième heure. Nous étions en sueur comme des bêtes de somme. Je n’ai pas voulu donner Diomède l’impression d’une affaire pressée. Et je suis d’abord venu ici. Je me suis rafraîchi. J’ai pris un vêtement propre et j’ai voulu qu’il fasse de même. Oh! il ne voulait rien savoir de se faire parfumer et arranger les cheveux… Mais, j’avais fait mon plan, le long de la route!… À l’approche du soir, j’ai dit: “Allons-y”. Alors, nous étions reposés et frais, comme deux richards en voyage d’agrément. Quand nous étions près d’arriver chez Diomède, j’ai dit à Jean: “Toi, aides-moi. Ne me démens pas et sois vif pour comprendre”. Mais il eut mieux valu le laisser dehors. Il ne m’a pas du tout aidé. Et même… Heureusement que je suis vif pour deux et j’ai fait face à tout.

Le gabeleur sortait de la maison. “Bien!” me suis-je dit. “Si lui sort, nous trouverons de l’argent et ce que je veux pour faire le marché”. Car le gabeleur, usurier et voleur comme tous ses semblables a toujours des colliers arrachés par menaces et usure à quelque pauvre que lui taxe illicitement pour avoir beaucoup à dépenser en orgies et femmes, Et il est très ami de Diomède qui achète et vend or et chair… Nous sommes entrés après que je me fus fait connaître. Je dis: entrés. Parce que autre chose est d’aller à l’entrée où lui fait semblant de travailler l’or honnêtement, et autre chose descendre dans le souterrain où lui traite les vraies affaires.

Il faut être très connu de lui pour cette dernière invitation. Quand il m’a vu, il m’a dit: “Tu veux encore vendre de l’or? Le moment est peu favorable. J’ai peu d’argent”. Sa chanson habituelle. Je lui ai répondu: “Je ne viens pas pour vendre, mais pour acheter. As-tu des bijoux pour une femme? Mais beaux, riches, de grande valeur, lourds, en or pur? ” Diomède est resté stupéfait et il m’a demandé: “Tu veux une femme?” “Ne t’occupe pas de cela” lui ai-je répondu Judas ne répond pas de façon scandalisée, mais dit simplement que ce n'est pas le sujet (cette fois-ci ?). . “Ce n’est pas pour moi. C’est pour cet ami qui est marié et veut acheter des bijoux d’or pour son aimée”.

Et ici, Jean a commencé à faire le bambin. Diomède qui le regardait l’a vu rougir comme la pourpre et a dit, en vieux dégoûtant qu’il est: “Eh! le garçon, rien qu’à entendre nommer son épouse en devient tout fiévreux. Elle est très belle, ta femme?” a-t-il demandé. J’ai donné un coup de pied à Jean pour le réveiller et lui faire comprendre de ne pas faire l’imbécile. Mais il a répondu un “oui” si étouffé, que Diomède est entré en défiance. Alors, moi, j’ai parlé: “Qu’elle soit belle ou non, cela ne doit pas t’intéresser, vieux. Elle ne sera jamais du nombre des femmes pour lesquelles tu iras en enfer. C’est une jeune fille honnête, et bientôt une honnête épouse. Pas besoin de ton or. C’est moi qui m’occupe du futur mariage et je suis chargé d’aider le jeune homme… moi, Juif et citadin”. “Lui est Galiléen, n’est-ce pas?”. Toujours ces cheveux qui vous trahissent! “il est riche?”.

“Très”.

Alors, nous sommes allés en bas et Diomède a ouvert ses caisses, et ses coffre-forts. Mais, dis la vérité, Jean, ne semblait-il pas d’être aux cieux devant toutes ces pierreries et cet or? Colliers, guirlandes, bracelets, boucles d’oreille, résilles d’or et de pierres précieuses, épingles à cheveux, boucles, anneaux… ah! quelles splendeurs! D’un air très hautain j’ai choisi un collier à peu près comme celui d’Aglaé, et puis des épingles à cheveux, des anneaux, des bracelets… tous semblables à ceux que j’avais dans la bourse et en nombre égal. Diomède était stupéfait et demandait: “Encore” Mais qui est-il? Et qui est son épouse? Une princesse? “Quand j’ai eu tout ce que je voulais, j’ai dit: “Le prix?”.

Oh! quelle litanie de lamentations sur la dureté des temps sur les impôts, sur les risques, sur les voleurs. Oh! quelle autre litanie pour m’assurer de son honnêteté! Enfin, voici la réponse: “Réellement, puisque c’est toi, je te dirai la vérité. Sans exagération. Mais je ne puis en rabattre une seule drachme. Je demande douze talents d’argent”. “Voleur!” ai-je dit. J’ai ajouté: “Partons, Jean. À Jérusalem nous trouverons quelqu’un de moins voleur que lui”. Et j’ai fait semblant de sortir. Mais il m’a couru par derrière. “Mon grand ami, mon ami chéri, viens, comprends ton pauvre serviteur. À moins, je ne puis pas. Je ne puis vraiment pas. Regarde. Je fais réellement un effort et je me ruine. Je le fais parce que tu m’as toujours donné ton amitié et que tu m’as fait faire des affaires. Onze talents, voilà. C’est ce que je donnerais si je devais acheter cet or à quelqu’un qui meurt de faim. Pas un denier de moins. Ce serait saigner à blanc mes vieilles veines”. N’est-ce pas qu’il disait cela? Cela faisait rire et donnait la nausée.

Quand je l’ai vu bien arrêté sur le prix, j’ai fait le coup, “Vieux dégoûtant, apprends que je veux non pas acheter, mais vendre. Voici ce que je veux vendre. Regarde: c’est beau comme tes bijoux. Or de Rome et nouvelle forme Notice sur les bijoux romains de cette époque. . Tu ne manqueras pas d’acheteurs. C’est à toi pour onze talents. C’est toi qui as fixé le prix. Tu en as fait l’estimation et tu paies”. Oh! Alors!… “C’est une trahison! Tu as trahi l’estime que j’avais pour toi! Tu me ruines! Je ne puis donner autant!” criait-il. “C’est toi qui as fait l’estimation. Paie”, “Je ne puis pas”. “Prends garde que je le porte à d’autres”. “Non, ami” et il allongeait les mains vers le tas de bijoux d’Aglaé. “Et alors, paies je devrais exiger douze talents, mais je m’en tiens à ta dernière estimation”. “Je ne puis pas”. “Usurier! Prends garde, j’ai là un témoin et je peux te dénoncer comme voleur…” et je lui ai attribué d’autres vertus que je ne répète pas devant ce garçon…

À la fin, comme j’étais pressé de vendre et de faire vite, je lui ai promis un petit quelque chose, entre nous deux… Sans doute quelques combines avec les puissants du Temple puisque Judas y était employé. Je ne tiendrai pas cette promesse. Quelle valeur a-t-elle, faite à un voleur? J’ai conclu l’affaire pour dix talents et demi. Nous sommes partis au milieu des doléances et des offres d’amitiés et… de femmes. Et Jean, pour un peu allait pleurer. Mais que t’importe qu’ils te prennent pour un vicieux? Il suffit que tu ne le sois pas. Ne sais-tu pas que le monde c’est ça et qu’il te regarde comme un avorton? Un jeune homme qui ne sait pas le goût de la femme? Qui veux-tu qui te croie? Ou s’ils te croient… oh! en ce qui me concerne, je ne voudrais pas qu’on pense de moi ce que peuvent penser de toi ceux qui s’imaginent que tu n’as pas d’inclination de ce côté.

Voilà, Maître. Compte Toi-même. J’avais un tas de monnaie, mais je suis passé chez le gabeleur et lui ai dit: “Reprends-moi toute cette mitraille et donne-moi les talents que tu as reçus d’Isaac”. Parce que j’avais eu cette dernière nouvelle en traitant mon affaire.

82.4 – Cependant, en dernier lieu, j’ai dit à Isaac-Diomède: “Souviens-toi que le Judas du Temple n’existe plus. Maintenant, je suis disciple d’un saint. Fais donc semblant de ne m’avoir jamais connu, si tu tiens à ta peau”. Et pour un peu je lui tordais le cou à l’instant parce qu’il m’a mal répondu.”

“Que t’a-t-il dit?” demande Simon avec indifférence.

“Il m’a dit: “Toi, le disciple d’un saint? Je ne le croirai jamais ou bien je verrai bientôt ici ton saint me demander une femme”. Il m’a dit: “Diomède est une vieille crapule, un malheur du monde, mais toi, tu en es la jeune réplique. Et moi, je pourrais encore changer car ce n’est que vieux que je suis devenu ce que je suis. Toi, tu ne changes pas, tu es né comme ça”. Vieux dégoûtant! Il nie ton pouvoir, as-tu compris?”

“Et, en bon grec qu’il est, il dit beaucoup de vérités.”

“Que veux-tu dire, Simon? Est-ce pour moi que tu parles?”

“Non. Pour tout le monde. C’en est un qui connaît l’or et les cœurs, aussi bien l’un que l’autre. C’est un voleur, un dégoûtant, en tout ce qu’il y a de plus dégoûtant comme trafic. Mais on trouve en lui la philosophie des grands Grecs. Il connaît l’homme, animal aux sept vices capitaux, polype destructeur de tout bien, de toute honnêteté, de tout amour et de tant d’autres choses, en lui et dans les autres.”

“Mais, il ne connaît pas Dieu.”

“Et toi, tu voudrais le lui enseigner?”

“Moi. Oui. Pourquoi? Ce sont les pécheurs qui ont besoin de connaître Dieu.”

“C’est vrai. Cependant… le maître doit le connaître pour l’enseigner.”

“Et moi, je ne le connais pas?”

“Paix, amis. Les bergers arrivent. Ne troublons pas leurs âmes par des querelles entre nous. Tu as compté l’argent? Cela suffit. Achève toute cette affaire comme tu l’as entreprise et, je te le répète, si possible, à l’avenir, ne mens pas, même pour faciliter une bonne action…”

82.5 – Les bergers entrent.

“Amis, voilà ici dix talents et demi. Il maque seulement cent deniers que Judas a prélevés pour les dépenses de logement. Prenez.”

“Tu donnes tout?” demande Judas.

Tout. Je ne veux pas garder la moindre pièce de monnaie de cet argent. Nous avons l’obole de Dieu et de ceux qui honnêtement cherchent Dieu… et il ne nous manquera jamais l’indispensable. Crois-le. Prenez et soyez heureux, comme je le suis pour le Baptiste. Demain, vous irez à sa prison. Deux d’entre vous: Jean et Matthias, Siméon ira avec Joseph trouver Élie pour tout lui rapporter et à se renseigner pour l’avenir. Élie sait. Puis Joseph reviendra avec Lévi. Le rendez-vous dans dix jours près de la porte des Poissons à Jérusalem, à la première heure. Et maintenant mangeons et prenons du repos. Demain, de bon matin, je pars avec les miens. Je n’ai rien d’autre à vous dire pour l’instant. Plus tard, vous aurez de mes nouvelles. ”

La scène disparaît au moment où Jésus fait la fraction du pain.