81.6 – Quel est donc l’acheteur?”

“Il y en a un à Jéricho et beaucoup à Jérusalem. Mais celui de Jéricho!!! Ah! c’est un rusé levantin, batteur d’or, usurier, brocanteur, entremetteur, un voleur sûrement, homicide peut-être… certainement poursuivi par Rome. Il se fait appeler Isaac pour paraître hébreu, mais son vrai nom est Diomède. Je le connais bien…”

“On le voit!” interrompt Simon le Zélote qui parle peu mais observe tout. Et il demande: “Comment as-tu fait pour le connaître si bien?”

“Mais… tu sais… Pour faire plaisir à des amis influents. Je suis allé le voir… et j’ai fait des affaires… Nous, du Temple… tu sais…”

“Oui!…vous faites tous les métiers!” conclut Simon avec une froide ironie. Judas rougit, mais se tait.

“Peut-il acheter?” demande Jésus.

“Je crois. L’argent ne lui manque jamais. Certainement, il faut savoir vendre car c’est un grec, et astucieux et s’il voit qu’il a affaire à une personne honnête, à une… colombe qui sort du nid, il la plume à souhait. Mais s’il a affaire à un vautour comme lui…”

“Vas-y toi, Judas. Tu es le type qu’il faut. Tu as la ruse du renard et la rapacité du vautour. Oh! pardonne, Maître. J’ai parlé avant Toi!”

“Je suis de ton avis et je dis donc à Judas d’y aller. Jean, va avec lui. Nous nous retrouverons au coucher du soleil. Le lieu du rendez-vous sera près de la place du marché. Va et fais pour le mieux.”

Judas se lève aussitôt. Jean a les yeux implorants d’un petit chien que l’on chasse. Mais Jésus a repris la conversation avec les bergers et n’aperçoit pas ce regard implorant. Et Jean se met en route à la suite de Judas.

81.7 – “Je voudrais vous rendre contents” dit Jésus.

“Tu nous seras toujours agréable, Maître. Que le Très-Haut te bénisse pour nous. Cet homme est ton ami?”

“Il l’est. Ne te paraît-il pas qu’il puisse l’être?”

Jean, le berger, baisse la tête et se tait. Le disciple Simon prend la parole: “Seul celui qui est bon sait voir. Moi, je ne suis pas bon et je ne vois pas ce que voit la Bonté. Je vois l’extérieur. Celui qui est bon pénètre jusqu’à l’intérieur. Toi aussi, Jean, tu vois comme moi, mais le Maître est bon… et il voit…”

“Que vois-tu, Simon en Judas? Je t’ordonne de parler.”

“Voici: je pense, en le regardant, à certains endroits mystérieux qui semblent être antres de fauves et marais fiévreux. On n’en voit seulement qu’un grand enchevêtrement et l’on y tourne au large, peureux. Au contraire… au contraire, par derrière il y a aussi des tourterelles et des rossignols et le sol est riche de sources bienfaisantes et d’herbes salutaires. Je veux croire que Judas soit ainsi… Je le crois parce que tu l’as pris, Toi qui sais…”

“Oui. Moi qui sais… Il y a beaucoup de replis dans le cœur de cet homme… Mais, il ne manque pas de bons côtés. Tu l’as vu à Bethléem Judas fait un barrage de son corps pour éviter la lapidation de Jésus (EMV 74.9). , et même à Kérioth Judas fait preuve de repentir après avoir fait des erreurs de jugement (EMV 78.4). . Si ce bon côté humain et qui n’est que bonté humaine s’élevait à la hauteur d’une bonté spirituelle, alors Judas serait tel que tu voudrais qu’il fût. Il est jeune…”

“Jean aussi est jeune…”

“Et en ton cœur tu achèves: et il est meilleur. Mais Jean, c’est Jean! Aime-le Simon, ce pauvre Judas… Je t’en prie. Si tu l’aimes… il te paraîtra meilleur.”

“Je m’y efforce, à cause de Toi… Mais, c’est lui qui brise tous mes efforts comme on fait des roseaux d’une rivière… Mais, Maître, il n’y a pour moi qu’une loi: faire ce que tu veux. C’est pourquoi j’aime Judas, en dépit de quelque chose qui crie en moi contre lui et en ma conscience.”

“Quelle chose, Simon?”

“Je ne sais pas exactement… Quelque chose comme le cri de la sentinelle dans la nuit… et qui me dit: “Ne dors pas! Observe!” Je ne sais pas… Cette chose n’a pas de nom. Mais c’est… c’est un cri qui s’élève en moi contre lui.”

“N’y pense plus, Simon, n’essaye pas de la préciser. Cela fait mal de connaître certaines vérités… et leur connaissance pourrait être pour toi, cause de méprises. Laisse faire à ton Maître. Toi, donne-moi ton amour et pense qu’il me fait plaisir:..”

Et tout s’achève.