Jésus ne répond pas. Il se tourne vers Jean: “Cela pèse lourd et fatigue. Donne-moi ta charge.”

“Non, Jésus, je suis entraîné et puis… la joie qu’en aura Isaac me la rend plus légère.”

79.3 – On a contourné le coteau. À l’ombre d’un bois, sur l’autre versant se trouvent les troupeaux d’Élie. Et les bergers, assis à l’ombre les gardent. Ils voient Jésus et accourent.

“La paix soit avec vous. Vous êtes ici?”

“Nous pensions à Toi… et à cause du retard, nous demandant s’il fallait aller à ta rencontre ou obéir… nous avons décidé de venir jusqu’ici pour t’obéir, et à notre amour en même temps. Tu devais être ici depuis plusieurs jours.”

“Nous avons dû nous arrêter…”

“Mais… rien de mal?”

“Non, rien, ami. La mort d’un fidèle sur mon cœur. Rien d’autre.”

“Que veux-tu qu’il arrive, berger? Quand les choses sont bien préparées… Bien sûr il faut savoir les préparer et préparer les cœurs à les recevoir. Ma cité a donné au Christ tous les honneurs. N’est-ce pas vrai, Maître?”

“C’est vrai, Isaac: nous y sommes passés en revenant de chez Sarah. La cité de Yutta aussi, sans autre préparation que celle de la simple bonté et de la vérité des paroles d’Isaac, a su comprendre l’essentiel de ma doctrine et aimer, d’un amour pratique, désintéressé et saint. Elle t’a envoyé vêtements et nourriture, Isaac, et, aux oboles restées sur ton grabat, tous ont voulu ajouter quelque chose pour toi qui reviens dans le monde et qui manques de tout. Tiens. Je ne porte jamais d’argent, mais celui-là, je l’ai accepté parce qu’il est purifié par la charité.”

“Non, Maître, garde-le, Toi. Je suis habitué à m’en passer.”

“Maintenant tu devras aller dans des pays où je t’enverrai et tu en as besoin. L’ouvrier a droit au salaire, même s’il travaille sur les âmes… car il a encore un corps à nourrir, comme qui dirait l’âne qui aide son maître. Ce n’est pas grand-chose, mais tu sauras te débrouiller… Jean a dans ce sac des vêlements et des sandales. Joachim en a pris des siens. Ils seront grands… mais, il y a tant d’amour dans ce don!”

Isaac prend la besace et se retire derrière un buisson pour s’habiller. Il était encore pieds nus et vêtu de sa toge bizarre faite d’une couverture.

79.4 – “Maître, dit Élie, cette femme… cette femme qui se trouve dans la maison de Jean… quand tu étais parti depuis trois jours et que nous faisions paître les troupeaux sur les prés d’Hébron - les prés sont à tout le monde et on ne pouvait pas nous chasser - cette femme nous envoya une servante avec cette bourse, en disant qu’elle voulait nous parler… Je ne sais pas si j’ai bien fait, mais la première fois, j’ai rendu la bourse et j’ai dit: “Je ne veux rien entendre”… Puis, elle m’a fait dire: “Viens, au nom de Jésus” et je suis allé… Elle a attendu le départ de son… oui, homme qui l’a pour maîtresse… Que de choses elle a voulu… oui, elle voulait savoir. Moi, j’ai dit peu de choses, par prudence. C’est une courtisane. Je craignais un piège pour Toi. Elle m’a demandé qui tu es, où tu résides, ce que tu fais, si tu es un seigneur… J’ai dit: “C’est Jésus de Nazareth. Il est de partout car c’est un maître et il donne son enseignement à travers la Palestine”. J’ai dit que tu es pauvre, un simple artisan que la Sagesse a pénétré de sagesse… Rien de plus.”

“Tu as bien fait.” dit Jésus, et au même instant Judas s’écrie: “Tu as mal fait! Pourquoi n’as-tu pas dit que c’était le Messie et le Roi du monde? Chasse-la cette orgueilleuse Romaine sous l’éclat de la splendeur de Dieu!”

“Elle ne m’aurait pas compris, et puis étais-je certain qu’elle était sincère? Tu l’as dit, toi, quand tu l’as vue ce qu’elle est. Pouvais-je jeter les choses saintes, et tout ce qui touche Jésus est saint, dans sa bouche, à elle? Pouvais-je mettre Jésus en danger en lui donnant trop d’informations? Que de tous les autres lui vienne le mal, mais pas de moi.”

“Allons-nous-en, Jean, dire qu’Il est le Maître, expliquer la vérité sainte.”

“Moi, non, à moins que Jésus me l’ordonne.”

“Tu as peur? Que veux-tu que cela te fasse? En as-tu du dégoût? Le Maître ne l’a pas eu!”

“Ni peur, ni dégoût. J’ai pitié d’elle. Mais je pense que si Jésus le voulait, il pouvait s’arrêter pour l’instruire. Il ne l’a pas fait, Il n’est pas indiqué que nous le fassions.” “Alors, il n’y avait pas de signes de conversion… Maintenant.

79.5 – Élie, fais voir la bourse.”

Et Judas renverse sur un pan de son manteau, car il s’est assis sur l’herbe, le contenu de la bourse. Anneaux, pendentifs, bracelets, un collier, tout roule: jaune d’or sur le jaune foncé du vêtement de Judas.

“Un tas de bijoux!… Qu’en faisons-nous?”

“Cela peut se vendre.” dit Simon.

“Ce sont des choses compromettantes.” objecte Judas qui pourtant les admire.