C’est un cri impulsif que son extrême prudence ne parvient pas à retenir. Puis il se reprend:

«Nous n’avons pas besoin de tant de place. En restant assis, on peut tenir sur ces seuls sièges. Ils suffisent. Je vous veux très proches de moi.»

Par rapport à la table, ils sont maintenant placés comme suit Les deux dessins de Maria Valtorta représentent les deux manières successives dont les apôtres sont disposés. :

Autrement dit, ils sont assis en U. Jésus est au centre et a devant lui la table — débarrassée de nourriture désormais —, et la place de Judas.

Jacques, fils de Zébédée, appelle Pierre:

«Mets‑toi ici. Moi, je m’assieds sur ce petit tabouret, aux pieds de Jésus.

– Que Dieu te bénisse, Jacques! J’en avais tellement envie!» dit Pierre,

Et il se presse contre son Maître, qui est ainsi serré de près par Jean et Pierre, avec Jacques à ses pieds.

Jésus sourit:

«Je vois que mes paroles de tout à l’heure commencent à opérer: les bons frères s’aiment. Moi aussi, je te dis, Jacques: “Que Dieu te bénisse.” Même ce geste, l’Éternel ne l’oubliera pas, et tu le trouveras là‑haut.

600.19 - Moi, je puis tout ce que je demande. Vous l’avez vu. Il m’a suffi d’un désir pour que le Père accorde au Fils de se donner en nourriture à l’homme. Avec ce qui vient d’arriver, le Fils de l’homme a été glorifié, car pouvoir opérer un tel miracle — qui n’est possible qu’aux amis de Dieu — est un témoignage. Plus grand est le miracle, plus sûre et plus profonde est cette amitié divine. C’est un miracle qui, par sa forme, sa durée et sa nature, par son étendue et les limites qu’il atteint, est le plus fort qui puisse exister. Je vous le dis: il est si puissant, surnaturel, inconcevable pour l’homme orgueilleux, que bien peu le comprendront comme il doit être compris, et que beaucoup le négligeront. Que dirai‑je alors? Qu’ils doivent être condamnés? Non. Bien plutôt: pitié pour eux!

Mais plus grand est le miracle, plus grande est la gloire qui en revient à son auteur. C’est Dieu lui‑même qui dit: “Mon bien‑aimé l’a voulu, il l’a obtenu, et c’est moi qui le lui ai accordé, parce qu’il possède une grande grâce à mes yeux.” Il dit encore ici: “Il a une grâce infinie, comme est infini le miracle qu’il a accompli.”

La gloire que Dieu rend à l’auteur du miracle est égale à la gloire que son auteur rend au Père. Car toute gloire spirituelle, venant de Dieu, remonte à sa source. Et la gloire de Dieu, bien qu’elle soit infinie, s’accroît toujours plus et brille par la gloire de ses saints.

C’est pourquoi je vous dis: de même que le Fils de l’homme a été glorifié par Dieu, Dieu a été glorifié par le Fils de l’homme. J’ai glorifié Dieu en moi‑même. À son tour, Dieu glorifiera son Fils en lui… et dans bien peu de temps!

600.20 - Exulte, toi qui reviens à ton Siège, ô essence spirituelle de la seconde Personne! Exulte, ô chair qui vas remonter après un si long exil dans la fange! Et ce n’est pas le paradis d’Adam, mais le Paradis sublime du Père qui va t’être donné pour demeure. S’il a été dit Josué 10,12-14. que, sous l’effet de la stupéfaction devant un commandement de Dieu transmis par la bouche d’un homme, le soleil s’est arrêté, que n’arrivera‑t‑il pas aux astres quand ils verront le prodige de la chair de l’Homme monter prendre place à la droite du Père dans sa perfection de matière glorifiée?

Mes petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je reste avec vous. Vous me chercherez comme des orphelins leur père mort. En larmes, vous marcherez en parlant de lui; vous frapperez en vain à son tombeau muet, vous frapperez aux portes azurs du Ciel, de toute votre âme lancée dans une suppliante recherche d’amour. Et vous direz: “Où est notre Jésus? Nous voulons le retrouver. Sans lui, il n’est plus de lumière dans le monde, ni de joie, ni d’amour. Rendez‑le‑nous, ou bien laissez‑nous entrer. Nous voulons être là où il se trouve.” Mais, pour le moment, vous ne pouvez venir où je vais. Ce que j’ai dit aux juifs Cf. EMV 488.2. : “Vous me chercherez, mais là où je vais, vous ne pouvez venir”, à vous aussi je le dis maintenant.

600.21 - Pensez à ma Mère… Elle non plus ne pourra venir là où je vais. Pourtant, j’ai quitté le Père pour venir à elle et devenir Jésus dans son sein sans tache. Pourtant, c’est de l’Inviolée que je suis venu dans l’extase lumineuse de ma nativité; et c’est de son amour, devenu lait, que je me suis nourri; je suis fait de pureté et d’amour, car Marie m’a nourri de sa virginité, fécondée par l’Amour parfait qui vit au Ciel. Pourtant, c’est grâce à elle que j’ai grandi, en lui coûtant fatigues et larmes…

Quoi qu’il en soit, je lui demande un héroïsme tel que jamais il n’en fut, et auprès duquel celui de Judith et de Yaël apparaît comme le courage de bonnes femmes se disputant avec leur rivale près de la fontaine de leur village. Pourtant, nul ne saurait l’égaler quand il s’agit de m’aimer. Et, malgré cela, je la quitte et je pars là où elle ne viendra que beaucoup plus tard.

Je n’adresse pas à ma Mère le commandement que je vous laisse: “Sanctifiez‑vous année après année, mois après mois, jour après jour, heure après heure, pour pouvoir venir à moi quand votre heure viendra”: d’ores et déjà, elle est toute grâce et toute sainteté. Elle est la créature qui a tout eu et qui a tout donné. Il n’y a rien à ajouter ni à enlever. Elle est le très saint témoignage de ce que peut Dieu.

600.22 - Mais, pour être certain que vous avez en vous la capacité de me rejoindre, et d’oublier la douleur du deuil de la séparation de votre Jésus, je vous donne un commandement nouveau: que vous vous aimiez les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez‑vous les uns les autres. C’est ainsi que l’on saura que vous êtes mes disciples. Quand un père a de nombreux enfants, à quoi reconnaît‑on qu’ils le sont? C’est moins l’aspect physique qui le montre — car il y a des hommes qui ressemblent à un autre homme avec lequel ils n’ont aucun lien commun de sang ou de nation —, que leur amour commun pour leur famille, pour leur père, et entre eux. Après la mort du père, une bonne famille ne se désagrège pas: c’est le même sang — provenant de la semence du père — qui coule dans les veines de tous, et cela tisse des liens que la mort elle‑même ne dénoue pas, parce que l’amour est plus fort que la mort. Or, si vous vous aimez même après mon départ, tous reconnaîtront que vous êtes mes fils et par conséquent mes disciples, et que vous êtes frères, ayant eu un seul père.

600.23 – Seigneur Jésus, où vas‑tu? demande Pierre.

– Là où je vais, tu ne peux me suivre pour le moment. Plus tard, tu me suivras.

– Pourquoi pas dès maintenant? Je t’ai toujours suivi depuis que tu m’as dit: “Suis‑moi.” J’ai tout abandonné sans regret…

Or, si tu t’en allais sans ton pauvre Simon, en me laissant sans toi, mon Tout, alors que pour toi j’ai quitté le peu de bien que je possédais, ce ne serait ni juste ni beau de ta part. Tu vas à la mort? C’est bien. Je viens moi aussi. Partons ensemble dans l’autre monde. Mais auparavant, je t’aurai défendu. Je suis prêt à donner ma vie pour toi.

– Tu donnerais ta vie pour moi? Maintenant? Non, pas maintenant. En vérité, je te l’affirme: le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. Nous en sommes encore à la première veille. Puis viendra la seconde… et puis la troisième. Avant que résonne le chant du coq, tu auras par trois fois renié ton Seigneur.