Le discours d’adieu de la Cène

9 mars 1945

Le vendredi 9 mars 1945.

Jésus est extrêmement triste. Tout sourire, toute trace de lumière, de couleur l’ont quitté. Il a déjà un visage d’agonie. Les apôtres le regardent anxieusement.

600.15 - Puis il se lève en disant:

«Ne bougez pas, je reviens tout de suite.»

Il prend le treizième morceau de pain et la coupe, et sort du Cénacle.

«Il va trouver sa Mère» murmure Jean.

Et Jude soupire:

«Pauvre femme!»

Pierre demande tout bas:

«Tu crois qu’elle sait?

– Elle sait tout. Elle a toujours tout su.»

Ils chuchotent tous comme devant un mort.

«Croyez‑vous donc que, vraiment… demande Thomas, qui ne veut pas encore y croire.

– Tu en doutes? C’est son heure, répond Jacques, fils de Zébédée.

– Que Dieu nous donne la force de rester fidèles, soupire Simon le Zélote.

– Oh! moi…» commence Pierre.

Mais Jean, qui est aux aguets, murmure:

«Chut! Le voici.»

Jésus rentre. Il a dans les mains la coupe vide. C’est à peine s’il reste, au fond, une trace de vin et, sous la lumière du lampadaire, elle ressemble vraiment à du sang.

Judas, qui a la coupe devant lui, la regarde, comme fasciné, puis il détourne les yeux. Jésus l’observe, et il a un frisson que ressent Jean, appuyé comme il l’est sur sa poitrine.

«Dis‑moi, mais tu trembles! s’écrie‑t‑il.

– Non. Je ne tremble pas de fièvre…

600.16 - Je vous ai tout dit et je vous ai tout donné. Je ne pouvais vous donner davantage. C’est moi‑même que je vous ai donné.»