77 – À Hébron, chez Zacharie. La rencontre d’Aglaé
13 juin 1945
Le mercredi 13 juin 1945.
77.1 – “Vers quelle heure arriverons-nous?” demande Jésus, qui marche au centre du groupe que précèdent les brebis qui broutent l’herbe des talus.
“Vers trois heures. Il y a environ dix milles Environ 15 kms. ” répond Élie.
“Et puis nous allons à Kérioth?” demande Judas.
“Oui. Nous y allons.”
“Et n’était-il pas plus court d’aller de Yutta à Kérioth? Il ne doit pas être loin. Est-ce vrai, berger?”
“Deux milles de plus, plus ou moins Plus 3 kms environ. Jutta est quasiment à mi-chemin entre Hébron au nord et Kérioth au sud. .”
“Ainsi, nous en faisons plus de vingt pour rien.”
“Judas, pourquoi cette inquiétude?” dit Jésus.
“Je ne suis pas inquiet, Maître, mais tu m’avais promis de venir à ma maison…”
“Et j’y irai. Je tiens toujours mes promesses.”
“J’ai envoyé prévenir ma mère… et Toi, du reste, tu l’as dit: avec les morts, on est encore présent par l’esprit.”
“Je l’ai dit. Mais, Judas, réfléchis: tu n’as pas encore souffert pour Moi. Ceux-ci, cela fait trente années qu’ils souffrent et ils n’ont jamais trahi, pas même le souvenir de Moi. Pas même le souvenir. Ils ne savaient pas si j’étais vivant ou mort… et pourtant ils sont restés fidèles. Ils se souvenaient de Moi, nouveau-né, enfant qui ne leur manifestait que mes pleurs et mon appétit au lait maternel, et pourtant, ils m’ont vénéré comme Dieu. À cause de Moi, ils ont été frappés, maudits, persécutés, comme la honte de la Judée, et pourtant leur foi à chaque coup ne vacillait pas, ne se desséchait pas, mais poussait des racines plus profondes et en devenait plus vigoureuse.”
77.2 – “À propos. Cela fait quelques jours que la question me brûle les lèvres. Ce sont tes amis, et ceux de Dieu, n’est-ce pas? Les anges les ont bénis avec la paix du Ciel, n’est-il pas vrai? Ils sont restés justes malgré toutes les tentations, n’est-ce pas? Explique-moi, alors pourquoi ils ont été malheureux? Et Anne? Elle a été tuée pour t’avoir aimé…”
“Tu en conclus, par conséquent, que mon amour et celui qu’on me donne portent malchance.”
“Non… mais…”
“Mais, c’est cela. Il me déplaît de te voir tellement fermé à la Lumière, tellement possédé par le sens humain. Non, laisse-le tranquille, Jean et toi aussi, Simon. Je préfère qu’il parle. Je ne lui en ferai jamais de reproches. Seulement je veux que les âmes s’ouvrent pour y faire entrer la lumière. Viens ici, Judas, écoute: Tu pars d’un jugement qui est commun à tant d’hommes qui vivent, à tant qui vivront. J’ai dit: jugement. Je devrais dire: erreur.
Mais étant donné que vous le faites sans malice, par ignorance de ce qu’est la vérité, ce n’est pas une erreur, mais seulement un jugement imparfait comme le peut être le jugement d’un enfant. Et enfants, vous l’êtes, pauvres hommes. Et je suis ici Maître, pour faire de vous des adultes capables de discerner le vrai du faux, le bon du mauvais, le meilleur du bon. Écoutez donc.
Qu’est-ce que la vie? C’est un temps d’attente, je dirais les limbes: des Limbes que vous donne le Dieu Père, pour prouver votre nature de bons fils ou de bâtards et pour vous réserver, d’après vos œuvres, un avenir qui ne connaîtra plus ni attentes ni épreuves. Maintenant, vous, dites-moi: serait-il juste que quelqu’un parce qu’il a eu le rare avantage d’avoir la possibilité de servir Dieu d’une manière particulière, jouisse aussi d’un privilège spécial pendant toute sa vie? Ne vous semble-t-il pas qu’il a déjà beaucoup reçu et que pour ce motif il puisse se dire heureux même s’il ne l’est pas humainement? Ne serait-il pas injuste que celui qui possède déjà en son cœur la lumière d’une manifestation divine et le sourire approbatif de sa conscience, possède encore des honneurs et des biens terrestres? Ne serait-ce pas aussi, imprudent?”
77.3 – “Maître, je dis que ce serait encore de la profanation. Pourquoi mettre des joies humaines, là où Tu es, Toi? Quand quelqu’un te possède - et ils t’ont possédé, eux seuls riches en Israël pour t’avoir eu depuis trente ans - il ne lui faut avoir rien d’autre. On ne pose pas d’objet humain sur le Propitiatoire… et un vase consacré ne sert que pour des usages saints. Eux sont des consacrés, du jour qu’ils ont vu ton sourire… et rien, non, rien qui ne soit pas Toi ne doit entrer dans leur cœur qui te possède. Si je pouvais être comme eux!” dit Simon.
“Cependant, tu t’es empressé, après avoir vu le Maître et après ta guérison, de reprendre possession de tes biens” répond ironiquement Judas.
“C’est vrai. Je l’ai dit et je l’ai fait; Mais sais-tu pourquoi? Comment peux-tu juger si tu ne sais pas tout? Mon homme d’affaires a reçu des ordres précis. Maintenant, Simon le Zélote est guéri - ses ennemis ne peuvent plus lui nuire, ni l’isoler, ni le faire poursuivre car il n’appartient plus à aucune secte, mais seulement à Jésus - il peut disposer de ses biens qu’un homme honnête et fidèle lui a gardés.
Et moi, propriétaire encore pour une heure, j’ai fixé la destination de leur prix pour en tirer plus d’argent de leur vente et pouvoir dire… non, cela, je ne le dis pas. Le prix de vente est réservé au secours des malheureux. Il servira au rachat de Jonas, le berger martyrisé (EMV 104). ”