Des soldats accourent et sous la menace des lances, ils s’ouvrent un chemin.
“Qui es-tu? Pourquoi cette rixe?”
“Un juif assailli par ces gens du peuple. Il y avait avec moi un rabbi, connu des prêtres. Il parlait à ces chiens; ils se sont déchaînés et nous ont assailli.”
“Qui es-tu?”
“Judas de Kériot, précédemment au Temple, maintenant disciple du Rabbi Jésus de Galilée. Ami du pharisien Simon, du sadducéen Yokhanan, du conseiller du Sanhédrin, Joseph d’Arimathie, et enfin, ce que tu peux vérifier, d’Éléazar ben Hanna, le grand ami du proconsul”.
Je vérifierai. Où vas-tu?”
“Avec mon ami, à Keriot, puis à Jérusalem.”
“Va, nous te protégerons.”
Judas passe au soldat des pièces de monnaie. Ce doit être une chose défendue, mais… habituelle, car le soldat l’empoche en vitesse, et respectueux salue et sourit. Judas saute en bas de son estrade et court par bonds à travers le champ inculte et rejoint ses compagnons.
“Tu es bien blessé?”
“Ce n’est rien, Maître, et puis, c’est pour Toi… Je leur ai riposté, aussi. Je dois être tout souillé de sang…”
“Oui, sur la joue. Il y a ici un filet d’eau.”
Jean trempe un petit linge et lave la joue de Judas.
“Cela m’ennuie, Judas, mais, vois… même en leur disant que nous étions juifs, selon ton sens pratique…”
“Ce sont des bêtes. Je crois que tu en seras persuadé, Maître, et que tu n’insisteras pas.”
“Oh! non! Pas par peur, mais parce que c’est inutile pour l’instant. Quand on ne veut pas de nous, on ne maudit pas, mais on se retire en priant pour les pauvres fous qui meurent de faim et ne voient pas le Pain. Allons par ce chemin à l’écart. Je crois qu’on pourra gagner la route d’Hébron… chez les bergers, si nous les trouvons.”
“Pour nous faire attaquer à coups de pierres?”
“Non, pour leur dire: “C’est Moi”.”
“Eh! Alors! Ce sera la bastonnade!… Depuis trente ans qu’ils souffrent à cause de Toi!…”
“Nous verrons.”
Ils passent par un bois épais, ombreux, frais, et je les perds de vue.