Toute la foule s’est groupée autour de l’escalier qui paraît une tribune.

“Il est dit dans la Genèse: “Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme… Elle t’écrasera la tête et tu essaieras de lui blesse le talon” Genèse 3,15-18. . Il est encore dit: “Je multiplierai tes souffrances et tes grossesses… et la terre produira des ronces et des épines”. C’est la condamnation de l’homme, de la femme et du serpent.

Venu de loin pour vénérer la tombe de Rachel, j’ai entendu dans la brise du soir, dans la rosée de la nuit, dans la plainte matinale du rossignol, l’écho du sanglot de Rachel Jérémie 31,15. l’ancienne, répété de bouche en bouche par les mères de Bethléem dans le secret des tombeaux ou dans le secret des cœurs. J’ai entendu le rugissement de douleur de Jacob dans les veufs, qui n’ont plus d’épouses car la douleur les a tuées… Je pleure avec vous. Mais écoutez, frères de la même terre. Bethléem, terre bénie, la plus petite des cités de Juda, mais là plus grande aux yeux de Dieu et de l’humanité parce que berceau du Sauveur, comme le dit Michée Michée 5,2. , précisément parce que telle, parce que destinée à être le tabernacle sur lequel reposerait la gloire de Dieu, le Feu de Dieu, son Amour Incarné, a déchaîné la haine de Satan.

“Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme. Elle t’écrasera sous son pied et tu l’attaqueras à son talon”. Quelle inimitié plus grande que celle qui s’en prend aux enfants, le cœur du cœur de la femme? Et quel pied est plus puissant que celui de la Mère du Sauveur? Voilà pourquoi fut bien naturelle la vengeance de Satan vaincu, ce n’est pas vers le talon de la Mère mais vers le cœur des mères qu’il dirigea son attaque.

Oh! angoisses innombrables des mères de perdre les enfants après les avoir engendrés! Oh! tribulation effroyable d’avoir semé et sué pour ses enfants de rester père sans plus avoir de descendance. Mais, réjouis-toi, Bethléem! Ton sang pur, le sang des innocents a ouvert un chemin de flamme et de pourpre au Messie…”

74.8 – La foule, dont le murmure s’accroît toujours plus depuis que Jésus a nommé le Sauveur et sa Mère, marque maintenant plus clairement son agitation.

“Tais-toi, Maître, dit Judas, et partons.”

Mais Jésus ne l’écoute pas. Il continue:

“…au Messie que la Grâce du Père-Dieu a sauvé des tyrans afin de le conserver au peuple, pour le sauver et…”

Une voix stridente de femme crie:

“Cinq, cinq, que j’en avais enfantés, et plus personne dans ma maison! Misérable que je suis!” et elle crie comme une hystérique.

C’est le commencement de la bagarre.

Une autre se roule dans la poussière, déchire ses vêtements, montre son sein mutilé et crie:

“Là, là, sur cette mamelle ils ont égorgé mon premier né! L’épée a tranché la tête en même temps que mon sein. Oh! mon Élisée!”

“Et moi? et moi? Voici ma maison! Trois tombeaux en un seul que veille le père. Le mari et les enfants, tous ensemble. Voilà, voilà!… Si c’est le Sauveur, qu’il me rende mes enfants, qu’il me rende mon époux, qu’il me sauve du désespoir, qu’il me sauve de Béelzéboul.”

Ils crient tous: “Nos fils, nos maris, nos pères, rendez-nous-les si c’est Lui le Sauveur!”

Jésus remue les bras, imposant le silence.

“Frères de ma terre je voudrais vous rendre vos enfants, en vie, oui, en vie, Mais, je vous le dis: soyez bons, résignés. Pardonnez, espérez, réjouissez-vous dans l’espérance, jubilez dans la certitude. vous ne tarderez pas de retrouver vos enfants, anges dans, le Ciel, car le Messie va ouvrir les portes du Ciel, et si vous êtes justes, la mort sera pour vous la Vie qui arrive et l’Amour qui revient…”

“Ah! Tu es le Messie? Au nom de Dieu, dis-le.” Jésus abaisse les bras de son geste si doux, si affectueux qu’il semble vouloir embrasser et il dit: “Je le suis.”

“Va-t-en, va-t-en, c’est par ta faute, alors!”

Une pierre vole au milieu des sifflets et des huées.

74.9 – Judas a une belle attitude… oh! s’il avait été toujours ainsi! Il se met devant le Maître, debout sur le mur du balcon, le manteau déployé et il reçoit sans peur les coups de pierres, il en saigne même. Il crie à Jean et à Simon: “Emmenez Jésus, derrière ces arbres. J’arrive, Allez, au nom du Ciel!”

Et à la foule:

“Chiens enragés! Je suis du Temple et je vous dénoncerai au Temple et à Rome.”

La foule prend peur, un instant, mais bientôt elle reprend la bataille à coups de pierres, heureusement mal dirigées. Et Judas imperturbable reçoit la grêle, répondant par des injures aux malédictions de la foule. Il attrape même au vol un caillou et l’envoi sur la tête d’un petit vieux qui crie comme une pie qu’on plumerait vivante. Et, comme ils essaient de donner l’assaut à son piédestal, il attrape vivement une branche sèche par terre, car il est descendu du muret, et la fait tournoyer sur les échines, les têtes les mains, sans pitié.