Puis il arrache des mains des gardiens de bestiaux des cordages qui attachaient bœufs, brebis et agneaux et en fait un martinet très dur dont les nœuds coulants assemblent les lanières. Il le lève, le fait tournoyer et l’abaisse sans pitié. Oui, je vous l’assure, sans pitié.
Cette grêle imprévue s’abat sur les têtes et les dos. Les fidèles s’esquivent, admirant la scène. Les coupables, poursuivis jusqu’en dehors de l’enceinte, se sauvent à toutes jambes, laissant par terre l’argent et derrière eux les bêtes de toutes tailles, dans une grande confusion de pattes, de cornes et d’ailes. Les unes courent, les autres s’échappent en volant. Mugissements, bêlements, roucoulements de colombes et de tourterelles unis aux rires et aux cris des fidèles derrière les usuriers en fuite, couvrent jusqu’au lamentable chœur des animaux qu’on égorge certainement dans une autre cour.
53.5 - Des prêtres accourent, accompagnés de rabbins et de pharisiens.
Jésus est encore au milieu de la cour, revenant de sa poursuite. Il a encore en main le martinet.
“Qui es-tu? Comment te permets-tu de faire cela et de troubler les cérémonies prescrites? De quelle école proviens-tu? Nous ne te connaissons pas. Nous ne savons pas qui tu es.
– Je suis Celui qui peut. Je peux tout. Détruisez ce Temple vrai, et je le relèverai pour rendre gloire à Dieu VERSET OMIS : Jésus ne reprend pas la remarque des juifs de Jean 2,20 sur les 46 ans nécessaires à la construction du Temple. Apparemment elle est absente des autres épisodes de l'EMV alors que le sens du vrai Temple, le corps de Jésus, est explicité, notamment en EMV 591.6 et EMV 596.38. Peut-être s'agit-il d'une remarque entendue de Jean seul puisqu'il invoque les réminiscences des disciples pour cet épisode. . Je ne trouble pas, moi, la sainteté de la Maison de Dieu ni les cérémonies. C’est vous qui la troublez en permettant que les usuriers et les marchands s’installent dans sa demeure. Mon école, c’est l’école de Dieu, la même école qui fut celle de tout Israël, par la bouche de l’Eternel parlant à Moïse. Vous ne me connaissez pas? Vous me connaîtrez. Vous ne savez pas d’où je viens? Vous le saurez.”
53.6 - Se tournant alors vers le peuple sans plus s’occuper des prêtres, dominant l’entourage par sa taille, revêtu de son habit blanc, le manteau ouvert et flottant derrière ses épaules, les bras étendus comme un orateur au moment le plus pathétique de son discours, il parle: “Écoutez, hommes d’Israël! Dans le Deutéronome, il est dit: “Tu établiras des juges et des scribes en chacune des villes… Ils jugeront le peuple avec justice Deutéronome 16,18. . Tu ne feras pas dévier le droit, tu n’auras pas égard aux personnes. Tu n’accepteras pas de présents, car le présent aveugle les yeux des sages et ruine les causes des justes Deutéronome 16,19. . C’est la stricte justice que tu rechercheras, afin de vivre et de posséder le pays que Yahvé ton Dieu te donne Deutéronome 16,20. .”
Écoutez, hommes d’Israël! Dans le Deutéronome il est dit: “Les prêtres lévites, toute la tribu de Lévi n’auront point de part ni d’héritage avec Israël: ils vivront des mets offerts à Yahvé et de son patrimoine Deutéronome 8,1. ; cette tribu n’aura pas d’héritage au milieu de ses frères: c’est Yahvé qui sera son héritage Deutéronome 8,2. .”
Écoutez, hommes d’Israël! Dans le Deutéronome il est dit: “Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère, qu’il s’agisse de prêt d’argent ou de vivres, ou de quoi que ce soit dont on exige intérêt Deutéronome 23,20. . À l’étranger tu pourras prêter à intérêt, mais tu prêteras sans intérêt à ton frère Deutéronome 23,21. .”
Voilà ce qu’a dit le Seigneur.
Vous voyez maintenant que c’est sans justice à l’égard du pauvre que les juges siègent en Israël. On ne penche pas en faveur du juste, mais de celui qui est fort. Être pauvre, appartenir au petit peuple, cela veut dire subir l’oppression. Comment le peuple peut-il dire: “Celui qui nous juge est juste”, s’il voit que seuls les puissants sont respectés et écoutés, alors que le pauvre ne trouve personne qui veuille l’entendre? Comment le peuple peut-il respecter le Seigneur s’il voit que ceux qui en ont plus que d’autres le devoir ne le respectent pas? Est-ce respecter le Seigneur que de violer son commandement? Et pourquoi, en Israël, les prêtres ont-ils des propriétés et reçoivent-ils des cadeaux de la part des publicains et des pécheurs, qui agissent ainsi pour avoir la bienveillance des prêtres, de même que ceux-ci les acceptent pour avoir un coffret bien garni?
C’est Dieu qui est l’héritage de ses prêtres. Lui, le Père d’Israël, est plus Père pour eux qu’aucun autre père ne l’a jamais été, et il pourvoit à leur nourriture comme cela est juste. Mais pas plus. Il n’a promis aux serviteurs de son Sanctuaire ni richesses ni propriétés. Dans l’éternité, ils auront le Ciel pour récompenser leur justice, comme l’ont Moïse et Elie, Jacob et Abraham; mais sur cette terre ils ne doivent posséder qu’un vêtement de lin et un diadème d’or incorruptible: pureté et charité. Le corps doit être le serviteur de l’âme, qui est le serviteur du Dieu vrai. Ce n’est pas le corps qui doit dominer l’âme et s’opposer à Dieu.
On m’a demandé de quelle autorité je fais cela. Et eux, de quelle autorité profanent-ils le commandement de Dieu et permettent-ils, à l’ombre des murs sacrés, l’usure au détriment des frères d’Israël venus obéir au commandement de Dieu? On m’a demandé de quelle école je viens et j’ai répondu: “De l’école de Dieu. ” Oui, Israël. Je viens te ramener à cette école sainte et immuable.
53.7 - Que celui qui veut connaître la lumière, la vérité, la vie, qui veut entendre la voix de Dieu parlant à son peuple, vienne à moi. Vous avez suivi Moïse à travers les déserts, hommes d’Israël. Suivez-moi, que je vous conduise, à travers un désert bien plus dépouillé, à la véritable Terre bienheureuse. A travers la mer qui s’ouvre au commandement de Dieu, c’est vers elle que je vous entraîne. En élevant mon Signe, je vous guéris de tout mal.
L’heure de la Grâce est venue. Les patriarches l’ont attendue, et ils sont morts en l’attendant. Les prophètes l’ont prédite, et ils sont morts avec cette espérance. Les justes l’ont vue en songe, et ils sont morts réconfortés par ce songe. Maintenant, elle est venue.
Venez. “Le Seigneur va juger son peuple et faire miséricorde à ceux qui le servent”, comme il l’a promis par la bouche de Moïse Deutéronome 32,36. .”
Les gens qui font cercle autour de Jésus sont restés bouche bée à l’écouter. Puis, ils commentent l’enseignement du nouveau Rabbi et interrogent ses compagnons.
Jésus se dirige vers une autre cour séparée de celle-ci par un portique. Ses amis le suivent, et la vision prend fin.