53 – Les marchands chassés du Temple

24 octobre 1944

Le mardi 24 octobre 1944.

(édition de 1985)

53.1 - Je vois Jésus entrer dans l’enceinte du Temple avec Pierre, André, Jean et Jacques, Philippe et Barthélemy.

Il y a une très grande foule à l’intérieur et à l’extérieur, des pèlerins qui arrivent par bandes de tous les coins de la ville Selon le calendrier reconstitué, cette scène se passe le 14 Nissan, soit le jour de la Pâque juive. Ceci explique la foule des pèlerins et la présence de Jésus. Cette fête commémore la libération d'Israël de son esclavage en Egypte (Exode 12,6-14). Dans trois ans, jour pour jour, le dimanche 7 avril 30, Jésus ressuscitera, manifestant ainsi notre libération de l'esclavage du péché. Ces éléments sont à prendre en compte dans l'attitude de Jésus, outre l'attitude des marchands envers le couple de vieux pèlerins. . Du haut de la colline sur laquelle le Temple est construit, on voit les rues de la ville, étroites et sinueuses, qui fourmillent de passants. On dirait qu’un ruban mouvant de mille couleurs s’est déroulé entre le blanc cru des maisons. Oui, la cité a l’aspect d’un jouet bizarre fait de rubans multicolores entre deux alignements de maisons blanches, et tous convergent vers le point où resplendissent les dômes LES DÔMES DU TEMPLE : On a contesté que le Temple de Jérusalem comportait des dômes qui ne seraient apparus qu'avec l'architecture romaine et que Flavius Josèphe n'en parle pas. 1 – F. Josèphe ne décrit le Temple que vu du promeneur et ne parle pas de sa superstructure. D'autre part, la reconstitution faite à partir de son descriptif comporte bien au moins un dôme d'or. 2 – Comme le mentionne l'encyclopédie Imago mundi, la coupole est d'une origine orientale très ancienne. 3 – L'antique tombeau de Rachel en Judée, comporte une coupole. de la Maison du Seigneur.

Mais à l’intérieur, c’est une vraie foire LES MARCHANDS DU TEMPLE : Le lieu où se situe les marchands du Temple se trouve précisé en EMV 364.5 puis en EMV 590.19 lorsque Jésus, au soir des Rameaux, chasse les marchands du Temple pour la deuxième fois (Matthieu 21,12-13 | Marc 11,15-17 | Luc 19,45-46). Il se situe au nord-est du Temple, dans le parvis des Gentils (=non-juifs), près de la Porte des brebis qui, comme son nom l'indique, était l'accès par lequel entrait les animaux destinés au sacrifice. Selon Néhémie 3,31-32, qui décrit les différents corps de métiers travaillant à la restauration du Temple, les marchands se trouvaient dans l'angle entre la porte des brebis et la porte dorée. . Plus aucun recueillement dans le lieu saint. On court, on appelle, on achète des agneaux, on crie et on maudit à cause du prix exagéré, on pousse les pauvres bêtes bêlantes dans des parcs – ce sont de rudimentaires enclos délimités par des cordes et des pieux, aux entrées desquelles se tient le marchand ou éventuellement le propriétaire qui attend des acheteurs –. Coups de bâtons, bêlements, jurons, appels, insultes contre les serviteurs peu pressés de rassembler et d’enclore les animaux, ou contre les acheteurs qui lésinent sur le prix ou qui s’éloignent, insultes plus fortes contre les gens prévoyants qui ont amené l’agneau de chez eux. Autour des comptoirs de change, autre vacarme. Je ne sais si c’est toujours ainsi ou seulement à l’occasion de la Pâque; on se rend compte que le Temple fonctionnait comme… la Bourse ou le marché noir. La valeur des monnaies n’était pas fixée. Il y avait le cours légal qui était certainement déterminé, mais les changeurs en imposaient un autre, en s’appropriant un pourcentage arbitraire pour le change. Et je vous assure qu’ils s’y entendaient à étrangler les clients …! Plus un client était pauvre, plus il venait de loin, plus on le volait: les vieux plus que les jeunes, ceux qui arrivaient d’au-delà de la Palestine plus que les vieux. De pauvres petits vieux regardaient et regardaient encore leur pécule mis de côté, avec combien de peine, tout le long de l’année, le sortaient et le rentraient cent fois en tournant autour des changeurs et finissaient enfin par revenir au premier qui se vengeait de leur éloignement temporaire en augmentant l’agio du change… Les grosses pièces quittaient alors avec force soupirs les mains de leur propriétaire pour passer dans les griffes de l’usurier en échange de pièces de monnaie plus légères. Et au moment du choix, nouvelle tragédie de comptes et de soupirs devant les marchands d’agneaux qui refilaient aux petits vieux, à moitié aveugles, les agneaux les plus chétifs.

53.2 - Je vois revenir deux petits vieux, lui et elle, qui poussent un frêle agnelet que les sacrificateurs ont dû trouver défectueux. Pleurs, supplications, impolitesses, grossièretés se croisent sans que le vendeur s’en émeuve. “Pour ce que vous voulez payer, Galiléens, ce que je vous ai donné est déjà trop beau! Allez-vous-en! Ou ajoutez cinq autres deniers pour en avoir un plus beau! – Au nom de Dieu! Nous sommes pauvres et vieux! Veux-tu nous empêcher de faire la Pâque, la dernière, peut-être? Est-ce que ce que tu nous as pris ne suffit pas pour une petite bête? – Faites place, crasseux que vous êtes! Voici que vient à moi Joseph l’Ancien. Il m’honore de sa préférence. Dieu soit avec toi! Viens, choisis!” Celui qu’on appelle Joseph l’Ancien ou Joseph d’Arimathie entre dans l’enclos et prend un magnifique agneau. Il passe avec un riche habit, tout fier, sans un coup œil pour les pauvres qui gémissent à la porte et même à l’entrée de l’enclos. Il les bouscule, pour ainsi dire, en sortant avec l’agneau gras qui bêle.

53.3 - Mais Jésus également s’est approché. Il a lui aussi fait son achat et Pierre, qui a probablement négocié à sa place, tire derrière lui un agneau convenable. Pierre voudrait aller tout de suite vers le lieu du sacrifice. Mais Jésus tourne à droite vers les deux petits vieux effarés, en larmes, indécis, que la foule bouscule et que le vendeur insulte. Jésus, si grand que la tête des deux vieux lui arrive à la hauteur du cœur pose une main sur l’épaule de la femme et demande: “Pourquoi pleures-tu, femme? ” La petite vieille se retourne et voit cet homme grand et jeune, solennel dans son bel habit blanc et son manteau couleur de neige tout neuf et propre. Elle doit le prendre pour un docteur à cause de son habit et de son aspect et, stupéfaite, car les docteurs et les prêtres ne font aucun cas des gens et ne protègent pas les pauvres contre la rapacité des marchands, elle dit les raisons de leur chagrin. Jésus s’adresse à l’homme aux agneaux: “Change cet agneau à ces fidèles. Il n’est pas digne de l’autel comme il n’est pas digne que tu profites de deux pauvres vieux parce qu’ils sont faibles et sans défense.

– Et toi, qui es-tu?

– Un juste.

– Ton accent et celui de tes compagnons indique que tu es galiléen. Peut-il donc y avoir un juste en Galilée?

– Fais ce que je te dis et sois juste, toi.

– Écoutez cela! Écoutez le Galiléen défenseur de ses pairs! Il veut nous faire la leçon, à nous qui sommes du Temple!”

L’homme rit et se moque en contrefaisant l’accent galiléen, qui est plus chantant et plus doux que celui de Judée, du moins à ce qu’il me semble.

Des gens font cercle et d’autres marchands et changeurs prennent la défense de leur complice contre Jésus.

Au nombre des assistants se trouvent deux ou trois rabbins ironiques. L’un d’eux demande:

“Es-tu docteur?” sur un ton qui ferait perdre patience à Job.

“Tu l’as dit.

– Qu’enseignes-tu?

– Voici ce que j’enseigne: que la Maison de Dieu doit redevenir une maison de prière Isaïe 56,7. et non pas une place d’usuriers et de marchands. Voilà mon enseignement Zacharie 14,21 : "Quand ce temps arrivera, il n'y aura plus aucun marchand dans le temple du Seigneur de l'univers." Voir aussi Jérémie 7,11.

53.4 - Jésus est terrible. On dirait l’archange posté au seuil du paradis perdu. Il ne tient pas d’épée flamboyante, mais ses yeux rayonnent de lumière et foudroient les moqueurs et les sacrilèges. Il n’a rien à la main, rien d’autre que sa sainte colère. Marchant d’un pas rapide et imposant au milieu des comptoirs, il éparpille les pièces de monnaie méticuleusement rangées selon leur valeur, renverse tables petites et grandes, de sorte que tout tombe avec fracas sur le sol au milieu d’un grand bruit de métaux qui rebondissent et de bois bousculés, avec cris de colère, d’effarement ou d’approbations.