Il sort lui aussi dans le jardin et après avoir regardé autour de lui, se dirige à droite de la maison et entre dans une grotte, à l’intérieur de laquelle je reconnais l’atelier de menuisier, cette fois bien rangé, sans planches, sans freluches de bois, sans feu allumé. Il y a l’établi avec les outils, chacun à sa place. C’est tout.

Penchée sur l’établi, Marie pleure. On dirait une enfant. Sa tête s’appuie sur son bras gauche replié. Elle pleure sans bruit, mais douloureusement. Jésus entre doucement et s’approche si légèrement qu’Elle ne s’en rend compte que lorsque le Fils lui met la main sur la tête en l’appelant “Maman!” d’un ton d’amoureux reproche.

Marie lève la tête et regarde Jésus à travers un voile de larmes. Elle s’appuie à Lui, les deux mains jointes contre son bras droit. Jésus lui essuie le visage avec un coin de sa large manche et l’attire en ses bras, sur son cœur lui déposant un baiser sur le front. Jésus est majestueux, il semble plus viril qu’à l’ordinaire et Marie paraît plus jeune sauf en son visage marqué par la douleur.

“Viens, Maman” lui dit Jésus, et la serrant étroitement de son bras droit contre Lui, il marche en revenant dans le jardin où il s’assied sur un banc contre le mur de la maison. Le jardin est silencieux maintenant dans la nuit. Il y a seulement un beau clair de lune, et une lueur qui sort de la salle à manger. La nuit est tranquille.

44.3 - Jésus parle à Marie. Au début je ne comprends pas les paroles à peine murmurées et auxquelles Marie acquiesce en inclinant la tête.

Puis j’entends:

“Fais venir les parents. Ne reste pas seule.

Je serai plus tranquille pour accomplir ma mission. Mon amour ne te fera pas défaut. Je viendrai souvent et te ferai prévenir quand je serai en Galilée sans pouvoir revenir à la maison. Tu viendras me voir alors; Maman, cette heure devait venir… Elle a commencé ici quand l’Ange t’apparut Voir l'Annonciation : EMV 16. , maintenant, elle sonne et nous devons la vivre, n’est-ce pas, Maman? Après viendra la paix de l’épreuve surmontée et la joie. Il nous faut d’abord franchir ce désert comme les anciens Pères, pour entrer dans la Terre Promise. Mais le Seigneur nous aidera comme il les a aidés. Il nous donnera son aide comme une manne spirituelle pour nourrir notre esprit au plus fort de l’épreuve. Disons ensemble à notre Père…”

Jésus se lève et Marie avec Lui.

Ils tournent leurs regards vers le ciel. Deux hosties vivantes qui resplendissent dans la nuit.

Jésus dit lentement, mais d’une voix claire, en détachant les mots, la prière dominicale La prière dominicale ou oraison dominicale est celle du "Notre Père". C'est la prière du Seigneur (Dominus) qui l'a enseignée (cf. EMV 203.5), d'où son appellation. Maria Valtorta note sur une copie dactylographiée : "Si Jésus a enseigné le Notre Père à ses disciples, ne fallait-il pas qu'il l'ait d'abord enseigné à sa Mère ? À cette Mère qui, lorsqu'elle a reçu Dieu en son sein, a commencé par dire : "Qu'il me soit fait selon sa parole" et qui a toujours répété ce 'fiat, même pour son Fils nouveau-né ? Le Notre Père ne fut pas une improvisation de Jésus pour les apôtres. C'était "sa" prière habituelle, à tel point que les apôtres lui demandèrent : "Enseigne-nous à prier comme tu pries." Et c'était la prière habituelle de Jésus et de Marie.» C'était en effet la prière habituelle de Jésus, comme il le confie à Judas en EMV 69.5. Une note en EMV 62.2 explique pourquoi il la récitait avec sa Mère avant de l'enseigner aux apôtres. Il la récitera pour la dernière fois en tant que Ressuscité, en EMV 630.21/26. . Il appuie sur les phrases: “Que ton règne arrive, que ta volonté soit faite” en détachant bien ces deux phrases des autres. Il prie, les bras étendus, pas en croix précisément, mais comme le prêtre quand il dit: “Le Seigneur soit avec vous”. Marie garde les mains jointes.

44.4 - Puis, ils reviennent à la maison, et Jésus, que je n’ai jamais vu boire de vin verse dans une coupe, d’une amphore qui est sur l’étagère, un peu de vin blanc et la porte sur la table. Il prend Marie par la main et l’oblige à s’asseoir près de Lui et à boire de ce vin où il trempe une mie de pain qu’il lui fait manger. L’insistance est telle que Marie doit céder. Jésus boit le reste de vin.

Et puis il serre la Maman contre Lui, contre son Cœur. Jésus et Marie ne sont pas allongés, mais assis comme nous pour le repas. Ils ne parlent plus, ils attendent. Marie caresse la main droite de Jésus et ses genoux. Jésus caresse Marie à son bras et sur sa tête.

[

](https://www.maria-valtorta.org/Personnages/JesusDepart.jpg) Illustration de Lorenzo Ferri sur les indications de Maria Valtorta © CEV.

44.5 - Puis Jésus se lève, et Marie avec Lui. Ils se prennent dans les bras et s’embrassent, plusieurs fois. Il semble à chaque instant qu’ils veuillent se séparer, mais Marie se reprend à serrer contre elle sa créature. C’est la Madone… mais une Maman, enfin, une Maman qui doit se séparer de son Fils et qui sait où aboutira cette séparation; que l’on ne me dise plus que Marie n’a pas souffert. Je le croyais auparavant, maintenant plus.

Jésus prend son manteau bleu foncé. Il s’en drape les épaules et se couvre la tête avec le capuchon. Puis il passe la besace en bandoulière pour qu’elle ne gêne pas sa marche. Marie l’aide et n’en finit pas d’arranger son vêtement, le manteau et le capuchon et entre temps le caresse encore.

Jésus va vers la sortie après avoir tracé un geste de bénédiction sur la maison. Marie le suit, et sur le seuil ils se donnent un dernier baiser.

44.6 - Sous le clair de lune, la rue est silencieuse et vide. Jésus se met en route. Il se retourne encore par deux fois pour regarder la Maman qui reste appuyée sur le chambranle de la porte, plus blanche que la lune et toute lumineuse sous ses pleurs silencieux. Jésus s’éloigne toujours plus sur la route blanche. Marie pleure toujours contre la porte. Puis Jésus disparaît, à un détour du chemin.

Il vient de commencer son chemin d’Évangélisateur, qui s’achèvera au Golgotha. Marie rentre en larmes et ferme la porte. Pour elle aussi est commencé le chemin qui la conduira au Golgotha. Et pour nous… Maria Valtorta s'interrompt ici. Jésus reprendra et explicitera ces mots en EMV 44.15.

44.7 - Paroles de Jésus:

“C’est la quatrième douleur de Marie, Mère de Dieu. La première, la présentation au Temple; la seconde, la fuite en Égypte; la troisième, la mort de Joseph; la quatrième, ma séparation d’avec Elle.

Connaissant le désir du Père, je t’ai dit hier soir que je hâterais la description de nos souffrances pour qu’on les fasse connaître. Mais, comme tu le vois elles avaient déjà été mises en lumière par celles de ma Mère. J’ai expliqué la fuite en Égypte avant la Présentation parce qu’il fallait que je le fasse ce jour-là. J’en sais la raison et tu la comprends et tu l’expliqueras au Père Le Père Migliorini, son confesseur. , de vive voix.