“Oh! oui! C’est vrai! De lui je ne puis me plaindre, certainement. En moins de deux mois, il est venu deux fois, et aujourd’hui, c’est pour la troisième fois qu’il vient défiant pluies et vent, pour prendre mes ordres… Pense donc: mes ordres! À moi qui suis une pauvre femme et de combien plus jeune que lui! Et il ne m’a rien refusé. Et même, il n’attend pas que je demande. Il semble qu’un ange lui dise mes désirs et il m’en parle avant que j’ouvre la bouche. La dernière fois, il m’a dit: “Marie, je pense que tu préféreras rester dans la maison paternelle. Puisque tu es héritière, tu peux le faire si tu veux. Je viendrai dans ta maison. Mais seulement pour observer le rite, tu iras passer une semaine dans la maison d’Alphée, mon frère. Marie t’aime tant déjà. Et de là partira, le soir des noces, le cortège qui t’emmènera à la maison”, N’est-ce pas gentil? Il ne lui importe aucunement de faire dire aux gens que sa maison ne me plaît pas… À moi, elle aurait toujours plu, à cause de lui, si bon. Mais certainement… je préfère ma maison… à cause des souvenirs… Oh! Il est bon, Joseph!”

“Qu’a-t-il dit de ton vœu? Tu ne m’en as pas encore parlé. ”

“Il n’a pas fait d’objection. Même, quand il a su les raisons, il a dit: ” J’unirai mon sacrifice au tien”.

“C’est un jeune saint!” dit Anne de Phanouel.

13.4 – Le “jeune saint” entre à cet instant accompagné de Zacharie.

Il est vraiment splendide. Tout en jaune or, il paraît être un souverain oriental. Une magnifique ceinture porte sa bourse et le poignard, l’une en maroquin avec broderies d’or, l’autre aussi dans une gaine de maroquin à rayures d’or. Sur la tête un turban, la coiffure de toile ordinaire qui sert de capuchon comme en portent encore certains peuples d’Afrique, les Bédouins par exemple, maintenu en place par un fin cercle d’or auquel sont attachés des petits bouquets de myrte. Il a un manteau tout neuf avec franges où il se drape majestueusement. Ses yeux pétillent de joie. Dans ses mains, des bouquets de myrte en fleurs.

Il salue: “Paix à toi, mon épouse! Paix à tous.”

Et après qu’on lui a répondu:

“J’ai vu ta joie, le jour où je t’ai apporté le rameau de ton jardin. J’ai pensé t’apporter le myrte qui pousse près de la grotte qui t’est si chère. Je voulais t’apporter des roses qui commencent à fleurir contre ta maison. Mais les roses ne durent pas. En plus, les journées de voyage.., Je ne t’aurais plus apporté que les épines, et à toi, aimée, je ne veux offrir que des roses, et je veux joncher ton chemin de fleurs délicates et parfumées pour que tu puisses y poser le pied sans trouver aucune souillure et désagrément.”

“Oh! merci, comme tu es bon! Comment as-tu pu l’apporter jusqu’ici, aussi frais?”

“J’ai attaché un vase à la selle, et à l’intérieur j’ai mis les branches des fleurs encore en boutons. Le long du chemin elles ont fleuri. Les voici, Marie, que ton front s’orne de la guirlande, symbole de la pureté et symbole de l’épouse, mais d’une pureté toujours bien inférieure à celle de ton cœur.”

Élisabeth et les maîtresses ornent Marie de la guirlande en fleurs. Elles la forment en fixant au cercle précieux qui ceint le front, les touffes blanches de myrte alternant avec de petites roses blanches prises dans un vase qui se trouve sur un coffre.

Marie est pour prendre son ample manteau blanc pour le mettre sur ses épaules, mais son époux devance son geste et l’aide à fixer le manteau en haut des épaules avec deux épingles d’argent. Les maîtresses disposent les plis avec grâce et amour.

13.5 – Tout est prêt. Pendant qu’on attend je ne sais quoi, Joseph dit en s’écartant un peu avec Marie:

“J’ai pensé, ces temps-ci à ton vœu. Je t’ai dit que je le partage, mais plus j’y pense et plus je comprends que le naziréat temporaire, même renouvelé plusieurs fois, ne suffit pas. Je t’ai comprise, Marie.

Je ne mérite pas encore la parole de Lumière, mais un murmure me vient. Et cela me fait lire ton secret au moins dans ses lignes les plus fortes. Je suis un pauvre ignorant, Marie. Je suis un pauvre artisan. Je ne connais pas les lettres et ne possède pas de trésor. Mais je mets à tes pieds, mon trésor. Pour toujours. Ma chasteté absolue pour être digne d’être près de toi, Vierge de Dieu, “sœur mon épouse, jardin fermé, fontaine scellée Cantique des cantiques 4,12. ” comme l’a dit notre Aïeul qui peut-être écrivit le Cantique en te voyant, toi… Je serai le jardinier de ce jardin d’arômes où se trouvent les plus précieux fruits et d’où jaillit une source d’eau vive avec une suave impétuosité Idem 13-14. L'aïeul dont il est question est Salomon identifié ici comme l'auteur du Cantique des cantiques. : ta douceur, ô épouse, qui par ta candeur a conquis mon esprit, ô toute belle. Belle plus qu’une aurore, soleil resplendissant car c’est ton cœur qui resplendit, ô toi, qui es tout amour pour ton Dieu et pour le monde à qui tu veux donner le Sauveur par ton sacrifice de femme. Viens, mon aimée”

Il la prend délicatement par la main en la conduisant vers la porte. Tout le monde les suit et à l’extérieur viennent s’unir ses compagnes en fête, toutes en blanc et revêtues d’un voile.

13.6 – Ils vont à travers les cours et les portiques, au milieu de la foule qui les observe jusqu’à un endroit qui n’est pas le Temple mais qui paraît être une salle consacrée au culte. Il y a en effet des lampes et des rouleaux de parchemin comme dans les synagogues. Les époux se rendent jusqu’en face d’un pupitre élevé, une sorte de chaire et attendent. Les autres se mettent en rangs par derrière. D’autres prêtres et des curieux s’installent dans le fond.

Entre solennellement le grand prêtre.

Il y a du bruit parmi les curieux:

“C’est lui qui marie?”

“Oui. Elle est de maison royale et sacerdotale, fleur de David et d’Aaron. L’épouse est une vierge du Temple; L’époux est de la tribu de David.”

Le Pontife met la main droite de l’épouse dans celle de l’époux et les bénit solennellement

“Que le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob soit avec vous, qu’Il vous unisse et réalise en vous sa bénédiction en vous donnant sa paix et une nombreuse postérité ainsi qu’une longue vie et une mort bienheureuse dans le sein d’Abraham.”

Et puis il se retire, solennellement comme il est entré.