4 – Anne annonce sa maternité par un cantique. Son sein porte l’âme immaculée de Marie
24 août 1944
Vision du jeudi 24 août 1944.
4.1 - Je revois la maison de Joachim et d’Anne. Rien n’a changé à l’intérieur, si ce n’est une multitude de branchages en fleurs Le printemps arrive. Cette année-là, le mois de Nissan commence officiellement le 3 mars. Chaque année, à l'arrivée du printemps, et en souvenir de l'Annonciation, Marie renouvellera ce geste : Cf. Chapitre 23, page 99, Tome 3, chapitre 16, page 61 et Tome 5, chapitre 36, page 245 disposés çà et là dans des amphores et qui proviennent certainement de la taille des arbres du jardin, tout en fleurs. C’est une nuée de bouquets dont la couleur varie du blanc neige au rouge de certains coraux.
Le travail d’Anne, lui aussi, est différent. Sur un métier plus petit que l’autre, elle tisse de belles toiles de lin et chante, en marquant de son pied le rythme du chant. Elle chante et sourit… À qui? À elle-même, à quelque chose qu’elle voit à l’intérieur d’elle. Son cantique est lent et pourtant joyeux Marie d'Agreda, dans "La Cité Mystique de Dieu", Livre 1, chapitre 15, § 223 évoque longuement les cantiques d'allégresse de sainte Anne : "elle fut ravie en extase très sublime, où elle puisa de très hautes notions sur les mystères les plus cachés, et célébra le Seigneur par de nouveaux cantiques d'allégresse." . Je l’ai écrit à part pour le suivre, car elle le répète plusieurs fois en y trouvant une sorte de béatitude. Elle le chante avec toujours plus de force et d’assurance, comme si elle en avait trouvé le rythme dans son cœur. Elle commence par le murmurer en sourdine puis, plus assurée, elle le chante sur un ton plus haut et plus rapidement. Je le retranscris parce qu’il est si doux dans sa simplicité…
«Gloire au Seigneur tout-puissant qui a aimé la descendance de David. Gloire au Seigneur! Du ciel, sa suprême grâce m’a visitée. Une nouvelle branche a jailli du vieil arbre, et j’en suis heureuse. Pour la fête des Lumières Selon J Aulagnier, la Fête des Lumières, ou Encénies, avait lieu, au temps de Jésus, durant la pleine lune suivant la fête de la Dédicace (Hanoukka) Celle-ci avait lieu le 25 Kislev (soit le 10 décembre -22 pour cette période). La conception de Marie a eu lieu à la pleine lune suivante, le 20 décembre -22. Cela correspond à l'évènement que l'Église fête le 8 décembre. Marie d'Agreda signale que cette conception eu lieu un dimanche (La Cité mystique de Dieu – Livre 1, Chapitre 15, § 218) , l’espérance a jeté sa semence; L’air embaumé du mois de Nisan Nissan : Mars -21 soit 3 mois pour annoncer avec certitude à Joachim l'attente d'un bébé. la voit germer. Ma chair au printemps ressemble à l’amandier en fleurs. Au soir de sa vie, elle sent qu’elle porte son fruit. Cette branche porte une rose, un fruit des plus doux, Une étoile qui scintille, une jeune vie innocente. C’est la joie de la maison, de l’époux et de l’épouse. Louange à Dieu, à mon Seigneur, qui a eu pitié de moi. Sa lumière me l’a annoncé: “Une étoile viendra vers toi.” Gloire, gloire! C’est à toi qu’appartiendra le fruit de cette plante, Le premier et le dernier, saint et pur comme un don du Seigneur. C’est à toi qu’il appartiendra; que la joie et la paix viennent sur terre par lui. Vole, ma navette. Ton fil tisse la toile de l’enfant. Il va naître! C’est vers Dieu, qu’avec allégresse, s’élève le chant de mon cœur.»
4.2 - Joachim entre au moment où elle va répéter son chant pour la quatrième fois.
«Tu es heureuse, Anne? On dirait que tu es un oiseau qui annonce le printemps. Qu’est-ce donc que ce cantique? Je ne l’ai jamais entendu de personne. D’où vient-il?
– De mon cœur, Joachim.»
Anne s’est levée et se dirige vers son époux, tout sourire. Elle paraît plus jeune et plus belle.
«Je ne te savais pas poète», dit son mari en la regardant avec une évidente admiration.
On ne croirait pas deux vieux époux. On lit dans leur regard une tendresse de jeunes mariés.
«Je viens du fond du jardin parce que je t’ai entendue chanter. Cela fait des années que je n’avais plus entendu ta voix de tourterelle amoureuse. Veux-tu me répéter ce cantique?
– Je te l’aurais répété même si tu ne me l’avais pas demandé. Les fils d’Israël ont toujours confié au chant les cris les plus vrais de leurs espérances, de leurs joies, de leurs peines. Moi, j’ai confié au chant le soin de me dire et de te dire une grande joie. Oui, de me la redire à moi aussi, car c’est une si grande chose que, bien que j’en sois désormais certaine, cela me paraît encore irréel…»
Elle reprend son cantique mais, arrivée à ce passage: “Cette branche porte une rose, un fruit des plus doux, une étoile…”, sa voix vibrante de contralto devient tremblante puis se brise. Avec un sanglot de joie, elle regarde Joachim et, levant les bras, elle s’écrie:
«Je suis mère, mon bien-aimé!»
Et elle se réfugie sur son cœur, entre les bras qu’il lui tend et qu’il resserre maintenant autour de son heureuse épouse. Ils s’embrassent de la façon la plus chaste et la plus heureuse que j’aie jamais vue depuis que je suis au monde. C’est une étreinte à la fois pudique et ardente dans sa chasteté.