L’homme a besoin d’aimer, or pour se sentir moins seul et pour aimer il doit faire mémoire. Le souvenir ressemble à une chaîne qui unit à l’être aimé et relie en dépit de la distance. On n’en voit pas l’autre bout, mais les mouvements qu’on sent passer par la chaîne amoureuse du souvenir mutuel assurent qu’on est aimé autant qu’on aime.

Pour cette raison, Dieu accorda aux premiers hommes la connaissance de lui, afin qu’ils soient parfaitement heureux dans cette période de grâce et de joie, et gardent ensuite un souvenir qui les unisse encore au Père; car si ce dernier se cachait derrière les brumes du péché érigé comme un mur entre les hommes déchus et la Perfection, il n’était pas définitivement perdu puisque l’amour durait. Adam et Eve connurent Dieu, ils en eurent la vision béatifique et en comprirent l’Essence parce que leur âme - je dis bien leur âme - en état de grâce pouvait en saisir la beauté incorporelle et suprême, et en comprendre la Sagesse dans la voix de Dieu, “dans la fraîcheur du soir″.

Oh, ces doux colloques, ces ravissements de créatures divinisées avec Dieu - leur Auteur —, dans la paix du paradis terrestre, ces divins enseignements appris sans effort par deux intelligences sans aucune tare d’imperfection physique ou morale et acceptés sans aucun de ces entêtements qui vous rendent difficile l’acceptation des leçons divines: vous ne savez plus, en effet, aimer comme les innocents, ô pauvres hommes mutilés de trop de choses saintes et encombrés d’éléments inutiles et nuisibles, pauvres hommes qui pourriez redevenir parfaits si votre amour était parfait!

Et les leçons de Dieu! Elles étaient sagesse qui se déversait de la Source paternelle sur ses enfants bénis, une sagesse reçue comme un don, aimée comme une fête, un amour mutuel qui était parole devancée par la réponse, qui était confiance, qui était sourire, qui était paix! C’était une page d’une joie détruite à jamais, une page écrite sur les livres de la vie aux origines de la vie, puis entachée — et plus continuée depuis — par l’empreinte ineffaçable du péché…

Qui peut te lire aux exilés pour leur faire comprendre ce qu’ils ont perdu et pour qu’ils soient humbles? Humbles à la vue de leur déchéance et de la bonté de Dieu qui leur donne encore tant d’amour et de sagesse, en dépit du fait que la tête orgueilleuse et indomptée du Serpent soit toujours prête à se redresser en eux pour discuter avec Dieu qui se révèle, conseille ou ordonne dans une bonne intention.

Adam et Eve possédaient donc le don de la grâce qui est amour, lumière, sagesse, et connaissance de Dieu. Comme ils étaient des hommes publics et privés à la fois, ainsi que les parents de toute la famille humaine, ils auraient transmis ce don — comme tous les autres — à leurs descendants; ils n’auraient pas eu besoin de peiner pour se souvenir de Dieu, pour s’élever avec effort des ténèbres vers la Lumière en luttant contre le poids du Mal, à contre-courant des tentations, contre les brumes de l’ignorance, contre toute la misère provoquée par la désintégration de la grâce.

Le souvenir ne leur aurait pas été nécessaire puisqu’ils n’auraient pas eu à se rappeler le Bien perdu, et ils auraient seulement connu la jouissance joyeuse de l’Aimé.

Mais Adam et Eve péchèrent, et Dieu les chassa de devant sa face; il les exclut de son amitié et de l’Eden “en postant à l’entrée les chérubins” — selon la Genèse —; il condamna l’humanité au travail, à la souffrance, à l’ignorance, à la mort en ce qui concerne la partie matérielle et, pour ce qui est de la partie spirituelle, à la privation de la grâce, de la connaissance de Dieu et du paradis céleste. Le Catéchisme dit Catéchisme de saint Pie X, Chapitre 2, § 3 : “Adam et Eve perdirent la grâce de Dieu et le droit au ciel qu’ils possédaient, ils furent chassés du paradis terrestre, exposés à une foule de misères de l’âme et du corps, et condamnés à mourir”; et aussi: “En héritant de la faute, leurs descendants subirent les dommages de la privation de la grâce, la perte du paradis, l’ignorance, l’inclination au mal, toutes les misères de la vie et finalement la mort ”, de sorte que “si Dieu n’avait fait miséricorde, les hommes n’auraient plus pu être sauvés”.

Quel genre de miséricorde Dieu a-t-il employé pour sauver le genre humain? La réponse se trouve encore une fois dans les pages de la Genèse et dans le Catéchisme: “La miséricorde de promettre immédiatement à Adam la venue du Rédempteur — ou Messie — et de l’envoyer au temps voulu délivrer les hommes de l’esclavage du démon et du péché, pour les réintégrer dans l’état d’enfants de Dieu par la restitution de l’état de grâce” en raison de mes mérites et de ma Passion.

Or dites-moi: si, au moment même de la condamnation, Dieu le Père en tempère déjà la sévérité par l’espérance d’un rédempteur et la promesse d’un pardon, cela ne prouve-t-il pas qu’il a lui-même voulu - lui qui, étant Charité éternelle et parfaite, reste toujours miséricorde jusque dans la justice - qu’il demeure des étincelles de lumière dans l’âme de l’homme pris dans les ténèbres et les souffrances, étincelles destinées à empêcher tout désespoir, tout abattement, tout abandon, tout affaiblissement chez ceux qui n’ont plus aucun but et traînent leurs jours sans l’énergie de l’espérance? Oui, en vérité, il en fut ainsi.

Pour résumer tout ce que j’ai dit jusqu’ici en m’appuyant sur la Genèse — écrit sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ce livre a donc Dieu pour auteur, comme le définit le concile du Vatican Il s'agit bien évidemment de Vatican I. - ainsi que sur le Catéchisme selon le texte prescrit par mon vrai Vicaire et Pasteur Saint Pie X, pape de 1903 à 1914. , qui est maintenant avec moi au ciel après m’avoir aimé parfaitement et rappelé parfaitement sur la terre - vérité que personne ne peut rejeter sous peine d’être déclaré hérétique -, l’on peut conclure que l’homme innocent et en état de grâce possédait le don de grâce de connaître Dieu, de l’aimer et d’en jouir éternellement, et que l’homme déchu reçut le don de miséricorde d’une promesse et donc de se souvenir du Divin, don destiné à l’aider à bien agir pour être à même, dans un avenir certain, de jouir de la vue et de la possession de Dieu après les souffrances du châtiment.

Maintenant, après avoir traité le sujet de manière générale, descendons dans les points que vous ne pouvez — ou plutôt que vous ne voulez - pas accepter, dans les dictées du Pré-évangile des 24-29-30 août 1944 et du 2 septembre 1944 (l’enfance de Marie) EMV, Tome 1, chapitre 6 – Ib°, chapitre 12 – Ib°, chapitre 14 – Ib°, chapitre 17. .

J’ai dit, le 2 septembre 1944: “Ce sont là des mystères trop élevés pour que vous puissiez les comprendre parfaitement”. Les érudits, surtout, ne peuvent les comprendre. Les simples de cœur, que seuls l’Amour et la Sagesse instruisent, les comprennent mieux parce qu’ils ne les critiquent pas. Pour eux, une parole surnaturelle qui communique de la paix est une parole sûre, et ils la reçoivent avec humilité et reconnaissance. Mais je vous le répète: certains mystères ne peuvent se comprendre par une approche basée sur une méthode analytique humaine. Soit on a une grande foi et une charité ardente, auquel cas ils deviennent suffisamment clairs, soit on ne les comprend pas. Mais je vous conseille d’accepter au moins les lumières que je vous donne, pour rendre votre science un peu moins incomplète. Gardez à l’esprit que l’homme le plus savant est toujours trop petit et fini par rapport à l’Infini, et à la sagesse de l’Infini. Et je vous conseille encore de ne pas altérer mes paroles, et de ne pas en déformer le sens pour faire de la peine au porte-parole. Il n’est pas charitable de faire souffrir ses frères et d’accuser des innocents.

Vous voulez savoir comment on a pu affirmer que les âmes préexistent. Où avez-vous donc trouvé cette parole que je n’ai pas dite? Au fond de vos pensées, mais pas dans mes pages! Les âmes ne préexistent pas. Ce ne sont pas des objets entassés dans des dépôts pour qu’on les prenne au moment voulu. Dieu n’a nul besoin de stocks pour avoir du matériel à disposition.

Dans la dictée du 24 août 1944, je dis au petit Jean (Maria Valtorta): “Tu as vu la génération continuelle des âmes par Dieu.” J’avais employé ce terme pour vous donner à tous la sensation, plus vive que jamais, que l’homme est enfant de Dieu parce que celui qui l’engendre est père, et aussi pour vous faire comprendre toute la beauté de cette part de vous-mêmes qui ressemble à Dieu. Il n’y a rien en Dieu qui ne soit Dieu. Il s’ensuit que vos âmes, venant de Dieu, sont surnaturellement divinisées par l’Origine et par la grâce infusée par le baptême à ceux qui croient au vrai Dieu et au Christ Rédempteur, et conservée en évitant le péché.

Si je vous éclairais déjà la fin en vous montrant le commencement, qui est la vie céleste de possession de Dieu, si je l’ai fait en vous montrant le commencement — la création de l’âme par opération de Dieu, pour qu’elle s’incarne dans un corps et se sanctifie pour être victorieuse au ciel —, il fallait me comprendre, car vous n’êtes pas stupides… mais vous êtes savants et vous tenez à votre science. Mettez donc de la bonne volonté à comprendre la pensée de votre Seigneur; qui est claire et compréhensible par tous ceux qui en ont le désir. Eh quoi! Ressembleriez-vous à ceux qui m’accusaient, du temps de ma condition de mortel, et m’accusent encore parce que je soutiens qu’il vaut mieux se faire violence à soi-même et s’arracher l’œil qui pèche, ou la main, ou le pied, plutôt que de les conserver mais pécher? Ne comprenez-vous donc pas cette métaphore? Ne savez-vous pas transposer une comparaison matérielle sur le plan spirituel? Eh bien, si vous êtes tellement bornés, j’y pourvois en faisant remplacer le terme “génération” par celui de “création”.

J’avais montré au porte-parole la vision de la création des âmes Vision du 25 mai 1944 et du 31 mai 1944. Cependant, les références du texte renvoient aux fascicules des copies dactylographiées. . Lisez la vision décrite par le porte-parole. C’est une vision qui, comme je le dis plus loin, était montrée de façon à rendre l’acte créateur — immatériel — visible à la voyante. Pour décrire cette vision, le porte-parole emploie le terme “créer” de même qu’il reconnaît en toute vérité et simplicité “ne pas voir, puis qu’[il] se trouve au paradis — conclusion tout à fait juste de la voyante — quand la tâche originelle souille les âmes”. Au paradis, effectivement, cela ne peut se produire. Vous voyez bien que le porte-parole est dans la vérité. Il déclare également “ne pas voir les âmes qui, une fois leur temps sur terre achevé, se séparent de la chair et reviennent pour être jugées”. Maria dit “comprendre comment elles sont jugées aux changements d’expression de Jésus”.

Revenir à l’Origine, se présenter devant Jésus le Juge, ne signifie pas aller à un endroit donné ou aller exactement au pied du trône éternel. Ce sont là des expressions destinées à aider votre pensée. L’âme qui quitte le corps qu’elle animait se trouve immédiatement face à la Divinité qui la juge, sans nul besoin de monter se présenter au seuil du Royaume éternel. Le Catéchisme affirme que Dieu est au ciel, sur terre et en tout lieu. Par conséquent, la rencontre se produit n’importe où. La Divinité emplit la création. Elle est donc présente en tout lieu de la création. C’est moi qui juge. Mais je suis inséparable du Père et de l’Esprit Saint, omniprésents partout.

Le jugement est aussi rapide que l’a été l’acte créateur: moins d’un millième de votre plus petite unité de temps. Dans l’atome de l’instant créateur l’âme a le temps d’entrevoir la sainte Origine qui la crée et d’en emporter le souvenir pour qu’il lui serve de religion instinctive et de guide dans sa recherche de la foi, de l’espérance et de la charité qui, si vous l’observez attentivement, se trouvent de manière floue, comme des germes informes, jusque dans les religions les plus imparfaites — la foi en une divinité, l’espérance d’une récompense attribuée par cette divinité, l’amour de cette divinité —. De même, dans l’atome de l’instant du jugement particulier, l’âme a le temps de comprendre ce qu’elle n’a pas voulu comprendre de son vivant sur terre, ce qu’elle a haï comme un ennemi, méprisé ou nié comme s’il s’agissait d’une fable dérisoire, ou même servi avec une tiédeur qui demande réparation; elle a également le temps d’emporter dans son lieu d’expiation ou pour la damnation éternelle le souvenir qui suscitera en elle des flammes d’amour pour l’éternelle Beauté, ou la torture du châtiment par la mémoire obsédante du Bien perdu que sa conscience intelligente lui reprochera d’avoir voulu perdre librement. Car elle se souviendra de lui comme étant terrible, sans pouvoir le contempler; en même temps qu’elle gardera mémoire de ses péchés.

La création de l’âme et le jugement particulier sont les deux atomes d’instant pendant lesquels les âmes des enfants de l’homme connaissent Dieu intellectuellement, dans la juste mesure qui suffit à leur donner un instrument pour tendre vers leur Bien à peine entrevu, mais demeuré inscrit dans leur substance; intelligente, libre, simple et spirituelle, celle-ci possède une compréhension rapide, une volonté libre, des désirs simples, ainsi qu’un mouvement (ou inclination, ou appétit, comme il vous plaira) de se réunir à l’amour de celui dont elle vient et d’atteindre son but dont elle devine déjà la beauté ou, sinon, à s’en détacher avec une haine parfaite pour rejoindre son roi damné et trouver dans le souvenir de “l’objet de sa haine” un tourment, le plus grand des tortures infernales, un désespoir; une malédiction indescriptibles (se référer à la dictée du 15-1-44).

Quand j’ai dit Matthieu 5, 48. : “Soyez parfaits comme mon Père est parfait”, ce n’était pas une parole vaine ou exagérée.

L’homme était sur le point d’être élevé à nouveau à l’état de grâce. C’est donc à bon droit que je pouvais vous laisser ce commandement de perfection. Car vous avez été créés pour la perfection. Et ce désir des justes de parvenir à la perfection est un désir spirituel qui provient directement de Dieu, qui vient vous en donner le commandement: «Marche en ma présence et sois parfait (Genèse 17, 1)». De façon plus développée bien qu’implicite, je vous le répète par les lois du Sinaï, les leçons des Écrits de Sagesse, les paroles des patriarches, des prophètes, de tous les hommes inspirés à travers lesquels je parle. Et enfin, de la manière la plus directe et la plus explicite qui soit, par mon commandement: «Soyez parfaits comme votre Père est parfait». Et, en écho de ma Parole éternelle, il se retrouve dans les paroles de mes saints, à partir de saint Pierre.

“Soyez parfaits”, ai-je dit, pour libérer l’esprit des hommes de l’Antiquité de ce sentiment de crainte angoissée qui leur interdisait de penser être dignes de ressembler à leur Père. Pendant un trop grand nombre de siècles, le Très-Haut était à leurs yeux le Dieu terrible, et l’amour comme l’espérance et la foi tremblaient de peur devant l’immensité sévère de Dieu. Mais voici venu désormais le temps de la miséricorde, du pardon, de la paix, de l’amitié, du rapport de père à enfant avec Dieu. C’est la raison du commandement de l’infinie perfection: “Soyez parfaits comme votre Père est parfait”, accompagné de l’assurance implicite qui vous encourage à l’oser «car, si vous le voulez, vous pouvez le devenir».

Dieu ne fait pas d’actes inutiles et ne prononce pas de paroles futiles. C’est pourquoi je n’ai donné aucun vain commandement ni suscité aucun vain élan à vos cœurs par ce commandement. J’ai réveillé en vous un désir attiédi que mon Père et moi avions déposé, bien vivant, dans l’âme humaine; l’homme aurait dû le transmettre à ses descendants avec tous les autres dons de Dieu: le désir de posséder Dieu, d’en jouir au ciel après une vie passée à son service. Ce désir ravivé aurait été vain s’il n’avait dû devenir réalité. Mais les créatures peuvent atteindre cette réalité. C’est même le désir de Dieu qu’ils y parviennent. C’est pour cette raison que Dieu laisse au fond de l’âme — même chez l’homme le plus sauvage — un souvenir de Dieu grâce auquel il lui sera possible d’atteindre son but, comme elle le peut et dans un futur plus ou moins lointain: la connaissance de Dieu, qui est béatitude, pour l’avoir aimé et servi le mieux possible, pour ensuite le posséder.

La plupart des âmes ont beau vivre d’une manière qui semble démentir mon affirmation, cela ne contredit pas pour autant mes paroles: cela prouve plutôt à quel point l’homme est perverti dans ses affections et ses volontés, à cause de ses alliances avec le Mal. En vérité, nombreux sont ceux qui étranglent leur âme par la corde des vices et des péchés, après l’avoir rendue esclave de Satan à qui ils se sont alliés. Ils l’étranglent définitivement pour ne plus l’entendre crier et pleurer en rappelant que le Mal n’est pas permis, et qu’un châtiment attend ceux qui s’y livrent.