• Ne pleure pas, Marie! Ton Maître, lui aussi, souffre de la mort de son ami fidèle. Mais je te le dis: ne pleure pas. Lève-toi! Regarde-moi! Crois-tu que moi, qui t’ai tant aimée, j’ai fait cela sans avoir une bonne raison? Peux-tu croire que c’est inutilement que je t’ai causé cette souffrance? Viens! Allons auprès de Lazare. Où l’avez-vous mis?

- Viens et vois.”

Jésus prend Marie par le coude et l’oblige à se relever puis, la tenant ainsi, il se met en marche à côté de Marthe, qui lui montre le chemin.

Ils vont vers l’extrémité du verger. Le terrain montre là des anfractuosités dans la roche, car l’endroit n’est pas en plaine et le sol est fait d’une composition calcaire comme on en voit en bien des régions de nos Apennins.

“C’est ici, Maître, que ton ami est enseveli”, dit Marthe, en larmes.

Elle désigne une pierre posée - pas exactement à plat ou debout, mais obliquement - contre une protubérance rocheuse.

Jésus observe et pleure. En le voyant pleurer, les deux sœurs, en particulier Marie, sanglotent plus fort.

“Enlevez cette pierre, ordonne Jésus.

- Maître, ce n’est pas possible, répond Marthe. Cela fait quatre jours qu’il est là-dessous. Et tu sais de quelle maladie il est mort. Seul notre amour pouvait le soigner. Maintenant il sent déjà fortement malgré les onguents. Que veux-tu Voir? Sa pourriture?

- Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? Enlevez cette pierre. Je le veux!”

Des serviteurs retirent la lourde pierre. Une sorte de galerie en pente apparaît alors. L’on ne voit rien d’autre après avoir enlevé ce qui bouchait cette espèce de galerie.

Jésus lève les yeux, met les bras en croix et prie d’une voix forte, pendant que tous retiennent leur souffle:

“Père, je te rends grâce de m’avoir exaucé. Je savais que tu m’exauces toujours. Mais je l’ai dit pour le peuple qui m’entoure. C’est pour eux que j’ai agi comme je l’ai fait, afin qu’ils croient en toi, en moi, et que tu m’as envoyé.”

Il reste ainsi un moment, comme en extase, en communication avec le Père. Son visage se transfigure. Il semble se spiritualiser et devenir encore plus lumineux. On a l’impression qu’il devient encore plus grand.

Puis il s’avance jusqu’au seuil de la galerie, met ses bras en avant - alors qu’il les gardait en croix jusque là -, et tend les mains paumes vers la terre, ses longues mains dont tellement de bien a coulé; alors, d’une voix puissante, les yeux brillants comme des saphirs ardents, il crie:

“Lazare, sors!”

Comme il se tient droit sur le seuil de la caverne, sa voix résonne dans la cavité rocheuse, et l’écho s’en répercute dans tout le jardin.

Tous ressentent un frisson d’émotion et regardent, les yeux effarés mais attentifs, le visage pâle. Même les deux sœurs regardent. Marthe est debout, Marie à genoux; sans s’en rendre compte, elle tient un pan du manteau de Jésus dans la main.

Quelque chose de blanc et de long se dessine dans la cavité sombre. Et bien qu’il soit enserré dans les bandelettes et ait le visage recouvert, celui qui était mort s’avance jusqu’au seuil tandis que Jésus recule. À chaque pas que le mort fait un pas en avant, Jésus recule d’un pas, ce qui oblige Marie à lâcher le pan du manteau.

Lorsque le ressuscité atteint le bord et s’arrête là, comme une momie debout, macabre et spectral contre le noir de la grotte, Jésus ordonne:

“Déliez-le et laissez-le aller. Donnez-lui des vêtements et de la nourriture.

- Maître…”

Marie voudrait dire quelque chose de plus.

Mais Jésus l’interrompt:

“Ici! Tout de suite! Qu’on lui apporte un vêtement! Habillez-le en présence de tous et donnez-lui à manger.”

Les serviteurs se hâtent: l’un apporte une tunique, l’autre retire les bandelettes, d’autres encore amènent de l’eau et de la nourriture.

Les bandelettes se déroulent comme un ruban. Il y a des dizaines de mètres de bandelettes étroites et alourdies par les aromates et les écoulements humains. Elles tombent à terre comme un tas de pourriture. On fait descendre le linceul qui se trouve sous les bandelettes mais que des tours restants de bandelettes retiennent encore; puis il descend tout doucement à mesure que les bandelettes tombent.

Lazare apparaît peu à peu de son cocon de mort: on dirait une chrysalide qui sort de son cocon. Son visage est maigre, son teint cireux, ses cheveux sont collés par les aromates, ses yeux encore fermés pour ha même raison. Puis ses mains, jointes sur le ventre, sont dégagées.

Les serviteurs et Marie se dépêchent de nettoyer les membres au fur et à mesure qu’ils apparaissent, avec une éponge imbibée d’eau chaude parfumée à je ne sais quoi qui la rend rose et opaque.

Quand Lazare est lavé jusqu’aux côtés et qu’il apparaît à tous que son corps extrêmement maigre respire, Marie le revêt d’une petite tunique courte qui descend jusqu’au bassin. Puis elle le fait asseoir, avec amour, et c’est au tour des jambes d’être déliées et lavées. Elles sont marquées partout de cicatrices rouges-bleuâtres comme de blessures à peine guéries. Marthe et les serviteurs poussent un “Oh!” de stupeur. Jésus sourit.

Les juifs, eux aussi, regardent. Ils s’approchent autant qu’ils l’osent pour ne pas être souillés par les bandelettes, je crois; ils regardent, et ils regardent Jésus, qui continue à ne pas se soucier d’eux comme s’ils n’existaient pas.

On met à Lazare ses sandales. Il se lève, sûr de lui, et enfile tout seul la longue tunique que Marthe lui présente. Il est désormais comme tout le monde, excepté sa maigreur et sa pâleur. Il se lave tout seul les mains une nouvelle fois puis, après avoir changé l’eau, se relave le visage et toute la tête. Il s’essuie. Alors, devenu tout propre, il va se prosterner aux pieds de Jésus et les lui baise.

“Bon retour, ami, dit Jésus. Que la paix et la joie soient avec toi. Vis pour accomplir ton heureuse destinée. Lève-toi pour que je te donne le baiser de salutation.”

Et ils s’embrassent tous deux sur les joues.

Puis c’est Jésus en personne qui offre à Lazare un morceau de fouace, couverte de miel à ce qu’il me semble, ainsi qu’une pomme et il lui verse du vin blanc.

Les juifs sont stupéfaits à la vue de Lazare qui mangent avec l’appétit d’un homme en bonne santé. Ses sœurs le caressent et adorent Jésus avec des regards pleins d’amour.

La vision cesse ainsi.

Suivent les commentaires d’EMV 548.22 à 548.27.