“Tout est consommé! Père, pardonne-leur! Donne-leur le Paradis! Car en ce jour, une fois de plus leur rédemption ai-je accomplie!
16 juin 1942
À la Vierge.
Ave Maria! Je te salue, Marie! Protège cette pieuse jeunesse, toi qui es comblée, douce Marie, de tant de grâce, sainteté et allégresse. Par le Seigneur qui est en toi, et toi en lui, Oh! Mère, bénie des créatures, sauve-les des pièges obscurs, des jours de sombre et morne ennui. Par ce Fils de tes entrailles né, toi, si pure et vierge restée, par ce Jésus miséricordieux ton regard tourne, affectueux. Reine des cœurs tristes, sainte Marie, prie pour nous, pauvres mortels; Mère, sans toi, nous battons de l’aile comme lasses hirondelles; sur la furie des eaux, comme frêles nacelles secouées et perdues; Étoile des mers, apaise les flots, disperse les nues. Au fil des jours et à l’heure dernière où s’éteindra notre lumière, heure de la fin, ultime obscurité, Oh! Vierge et Mère, ouvre la porte d’éternité et conduis-nous à Dieu.
17 juin 1942.
Je suis contente d’avoir… gribouillé mes deux dernières tentatives poétiques pour Jésus et Marie. Ça ne fait rien si les rimes sont boiteuses. Jésus me donnera une belle note quand même parce qu’il regarde l’amour et non la métrique.
Et en juin, un soir que j’étais plus morte que vive, j’entendis une voix qui m’appelait: c’était la jeune fille — “le fils de perdition” — qui était alors à Rome. Un appel au secours infini: “Mademoiselle! Mademoiselle! Vous ne me voyez pas? Vous ne m’entendez pas? Vous ne m’aimez plus?”. Je l’entendis distinctement. Personne d’autre ne l’entendit. Un mois et demi plus tard, j’appris d’elle, après qu’elle fut rentrée chez elle, la vérité vraie sur son absence: un enfant. Et ce soir-là, au désespoir, elle avait été sur le point de se tuer… et elle m’avait appelée pour résister à la tentation. Elle m’avait appelée avec son âme, moi qui ne savais rien de précis, qui la croyais partie pour son travail, qui ne voulais pas croire à cette “voix” du mercredi de la Passion.
D’autres fois, j’ai vu Jésus enfant à l’âge de sept, huit ans, ou dix. Très beau. Puis, Jésus homme, dans la plénitude de sa virilité. Encore plus beau.
Mais la sensation la plus douce, la plus pleine, la plus sensible, je l’ai eue le 2 mars de cette année. Ne riez pas, mon père, mais je l’ai eue le matin de la mort de Giacomino, mon pauvre petit oiseau.
Je pleurais parce que… je suis bête. Je pleurais parce que je m’attache beaucoup. Je pleurais parce que, dans mon isolement de malade qui dure depuis dix ans, je désire vraiment de l’affection autour de moi, même si ce n’est que l’affection de petits animaux. Et je me plaignais tout bas à mon Jésus. Je lui disais: “Quand même, tu aurais pu me le laisser. Tu me l’avais donné. Pourquoi me l’as-tu enlevé? Es-tu jaloux même d’un oiseau?”. Et puis, je conclus: “Eh bien… prends cette douleur aussi. Je te l’offre, avec tout le reste, pour ce que tu sais.”
J’ai senti alors deux bras qui m’entouraient et m’attiraient contre un cœur, ma tête sur une épaule. J’ai perçu la tiédeur d’une peau contre ma joue, une respiration et la pulsation d’un cœur dans une poitrine bien vivante. Je me suis abandonnée à cette étreinte en entendant au-dessus de ma tête une voix qui murmurait dans mes cheveux: “Mais moi, je suis encore près de toi. Je te tiens sur mon cœur. Ne pleure pas car moi, je t’aime.”
Et je n’ai plus pleuré. Et je n’ai plus ressenti de douleur. Remarquez que lorsqu’un oiseau à moi ou un chien meurt, j’en pleure pendant des mois… ce jour-là,… terminé, avec l’étreinte de Jésus. Quelquefois, ça se reproduit, mais moins intensément.
Puis, le Vendredi Saint de cette année, c’est-à-dire le 23 avril, la première dictée de Jésus, et le 1er mai, la deuxième. Oh! Voilà, maintenant, j’ai vraiment tout dit et je m’arrête, les épaules si brisées que j’ai l’impression d’avoir monté et descendu le Calvaire en portant la croix.