Je compris donc que “l’enfant de perdition” était une de mes filles de l’Association. Une fille pour qui j’avais beaucoup fait, la portant dans mon cœur pour la sauver parce que j’avais compris sa nature…

Selon toute apparence, l’an dernier, rien ne laissait croire à une erreur de sa part. Mais je compris. J’ai alors augmenté mes prières pour elle.., et je n’ai pu qu’empêcher un crime d’infanticide.

Le Vendredi Saint, je vis pour la première fois Jésus crucifié, entre les deux larrons, au sommet du Golgotha, une vision qui dura pendant des mois, non pas continue, mais très fréquente. Jésus m’apparaissait sur le fond d’un ciel obscur, dans une lumière livide, nu contre la croix sombre, un corps très long et plutôt mince, très blanc comme s’il avait perdu tout son sang, un voile bleu pâle aux hanches, le visage incliné sur la poitrine dans l’abandon de la mort, avec les cheveux qui l’ombrageaient. La croix était toujours tournée vers l’Est. Je voyais bien le larron de gauche, mal celui de droite. Mais les deux étaient vivants; Jésus était mort. Il m’arrive encore de voir Jésus en croix, mais maintenant, il est toujours seul. J’ai beau réfléchir je n’ai jamais vu un tableau semblable à ma vision.

En juin, sous cette impression, j’écrivis le poème suivant. Depuis des années, je n’en écrivais plus: j’ai si mal que la veine poétique s’est tarie comme fleur qui se fane. Je vous le transcris, non pas car c’est un chef-d’œuvre, mais parce qu’il rend bien mes impressions après cette vision, mieux que mes phrases en prose. Tout de suite après, j’en écrivis aussi un à la Vierge Marie, même si la Madone, je ne la vois et ne l’entends jamais. Je recopie les deux.

Redemistinos, Deus, in sanguine tuo Tu nous a rachetés, Oh Dieu, dans ton sang.

Sinistre mont à l’âpre pierre. Le ciel s’assombrit à ta douleur pendant que coule, goutte à goutte, ta vie, là-haut, pour nous, Seigneur. Les bras ouverts en croix sous la couronne d’épines, regard voilé, éteinte la voix, la tête tu inclines; exhortant à l’amour, seul vit ton cœur qui bat. Tu vois des hommes la haine et la guerre qui, sur leur chemin fatal, sèment faim et massacres par toute la terre, préférant le Mal au Bien, ton fils, et à la Paix, sainte fleur du Paradis, à l’Amour où l’égoïsme se tait, à la Foi qui seule donne la vie.

Et toi, tu montes de nouveau sur ton Calvaire, pour nous tu t’offres, hostie rachetant tous nos maux, sur le bois, près du ciel, tu souffres. Pourquoi, pourquoi une autre fois es-tu sur douloureuse croix? De convoitise et de colère l’homme brûle et se déchaîne; s’acharnant contre lui-même, il n’a de cesse, insoumis, que, vaincu, il ne se traîne dans la fange dont tu le tiras jadis pour bien plus noble sort, fulminant contre toi, Oh! Christ, avec sombre fureur de mort. Mais tu reviens pourtant pour l’homme qui t’offense, ses fautes expiant; contre les foudres du Père tu t’es fait notre écu, et seul, blême et nu, vers le ciel ton visage tourné, dans un dernier spasme tu cries: