Privée de mon doux Jésus, je vivais des jours très amers. La pensée de ne plus le revoir hantait cruellement mon cœur :

« Ah ! Jésus, Tu me plonges dans un véritable enfer ! Mes peines surpassent même celles de l’enfer, étant donné que, n’ayant pas en eux la semence de l’amour, les damnés Te fuient.

Ils n’aspirent pas à T’embrasser puisque leurs souffrances seraient aggravées par ta Présence. Quand on hait l’amour, on ne recherche pas la présence de la personne que l’on hait. Ainsi, pour les damnés, la privation de Toi est plus tolérable.

Mais, pour moi, malheureuse que je suis, c’est tout le contraire : je T’aime, je sens la semence de l’amour jusque dans mes os, mes nerfs et mon sang. Ayant vécu ensemble pendant plus de quarante ans,

  • ne Te souviens-Tu pas d’avoir rempli tout mon être de ta Présence ?

Privée de Toi, je me sens comme vidée de tout :

  • mes os, mes nerfs et mon sang soupirent après Toi. En moi, il y a un gémissement continuel qui me torture : Tout mon être veut retrouver Celui qui le comblait.

Ne vois-tu pas les cruels déchirements dont ma pauvre existence est accablée ? Ah ! En enfer, il n’y a pas

  • de ces peines atroces,
  • de ces cruels déchirements,
  • de cette absence d’un Dieu possédé et aimé !

Ah ! Jésus, reviens vers celle qui T’aime, reviens vers la plus malheureuse des malheureuses. Vers celle qui est malheureuse seulement pour Toi, seulement à cause de Toi. Ah ! Je peux le dire : Toi seul m’as rendue malheureuse. Je ne connais pas d’autre malheur !»

Pendant que je nageais ainsi dans cette triste mer de privations, je me suis arrêtée à considérer les souffrances du Cœur de mon Jésus dans le but de les comparer à celles de mon pauvre cœur.

Mais, au lieu de trouver du réconfort dans la pensée des Souffrances de mon Jésus, mes propres souffrances s’amplifiaient. Ce qui m’amena à penser que mes souffrances surpassent celles de mon Jésus, étant donné que,

  • bien que très grandes, ses Souffrances Lui sont infligées par des êtres finis,
  • alors que les miennes le sont par un être infini, un Dieu.

En effet,

  • Jésus ne peut subir la Souffrance d’être quitté par un Dieu,
  • pas plus qu’Il ne peut se quitter Lui-même. Par conséquent, Il ne peut subir
  • la Souffrance qui surpasse toutes les souffrances, celle d’être privé d’un Dieu.

Même son Cœur transpercé ne pouvait subir cette souffrance-là. De plus, si grandes que soient les souffrances que lui infligent les créatures,

  • elles n’amoindrissent pas sa souveraineté,
  • ne l’amoindrissent pas Lui-même, et
  • ne l’empêchent pas de demeurer l’Être éternel, immense, infini, aimable et adorable qu’Il est.

Quant à moi, je n’ai aucune souveraineté ou domination . Et, privée de Jésus, je me sens diminuée, anéantie :

« Vois donc, ô Jésus, à quel point mes souffrances sont plus grandes que les Tiennes.

Ah ! Tu connais les souffrances que les créatures Te causent. Mais Tu ne connais pas les souffrances

  • qu’un Dieu peut causer à ses créatures,
  • à quel point la privation de Toi peut leur être pénible !»

Ce que j’ai écrit ci-dessus donne une bonne idée des sottes pensées qu’entretenait mon pauvre esprit.

Je me disais qu’aucune souffrance ne peut se comparer à la souffrance d’être privé de Jésus : une souffrance incommensurable, sans commencement ni fin. Autant Jésus est grand, autant est grande la souffrance de son absence.

À la suite de ces pensées, mon pauvre cœur était sans vie. Afin de ne pas poursuivre avec ces pensées stupides, je me suis efforcée de ne plus comparer mes souffrances avec celles de Jésus et de passer à autre chose. Je l’ai prié pour qu’Il me donne sa Force.

La souffrance d’être privé de Jésus

  • a un accent mystérieux et divin que n’ont pas les autres souffrances,
  • a un poids plus lourd que toutes les autres souffrances mises ensemble, Ainsi j’ai prié Jésus pour que, dans sa Bonté, Il accepte ma souffrance et que, à travers elle, Il m’accorde la plus grande des grâces :
  • que tous connaissent sa très sainte Volonté et
  • que, par son accent mystérieux et divin, Elle résonne dans tous les cœurs et les appelle à vivre en Elle,
  • en écrasant de son poids la volonté humaine, les passions et les péchés, de sorte que tous puissent
  • La connaître et l’aimer, et
  • comprendre ce que signifie la perte d’un Dieu.

Mais comment arriver à écrire tout ce qui m’est passé par la tête ? Ce serait trop long et, d’ailleurs, j’aurais bien préféré tout garder sous silence. Mais l’obéissance s’est imposée, et j’ai dû procéder. Cependant, j’ai fini par me sentir épuisée et incapable de continuer.

Alors, mon doux Jésus a surgi de mon intérieur.

Il était tout exténué et avait la Bouche remplie de sang. Le Sang était si abondant qu’Il pouvait à peine parler. Le Regard triste, Il demanda mon aide. Devant sa Souffrance, j’oubliai la mienne. En fait, puisqu’Il était avec moi, je ne souffrais plus. Et je L’ai supplié de me laisser souffrir avec Lui.

Après que nous eussions souffert un moment ensemble,

  • le Sang disparut de sa Bouche . Voyant à quel point son Absence m’avait affectée,
  • Il me serra sur Lui et s’étendit en moi pour me remplir de Lui.

Il me dit : « Pauvre fille, comme tu es affaiblie ! En fait, la souffrance d’être privé d’un Dieu est la plus grande de toutes les souffrances. Ainsi, la Force de ma Volonté était nécessaire pour que tu puisses l’endurer.

Mais sais-tu ce que signifie souffrir dans ma Volonté ? Tes souffrances coulaient partout où ma Volonté se trouvait :

  • sur la terre,
  • dans le Ciel,
  • en les saints et les anges.

Tous te regardaient et t’aidaient. Et si le Paradis avait été capable de souffrir, leur joie et leur félicité se seraient changées en souffrance. Mais, incapables de souffrir, tous imploraient des grâces pour toi.

Les souffrances des âmes qui vivent dans ma Volonté

  • sont la croix de tous, satisfont pour tous, et
  • changent en rosée céleste la fureur de la Justice divine. Par conséquent, prends courage et ne quitte jamais ma Volonté. »

Je restai confuse : je m’attendais à des reproches de Jésus à la suite de mes folles pensées, mais rien ne survint et Nous restâmes dans une Paix parfaite.