J’étais très affligée à cause de certaines choses qu’il ne m’est pas permis de dire ici. Mon aimable Jésus, désirant me réconforter, vint d’une manière toute nouvelle. Il me sembla habillé de bleu ciel, tout orné de petites clochettes d’or
- qui tintaient quand elles se frappaient entre elles et
- qui émettaient un son jamais encore entendu.
À ce spectacle et au son charmant des clochettes, je me suis sentie enchantée et soulagée de mon affliction qui, comme une fumée, se dissipa. Je serais restée là en silence (les puissances de mon âme étaient tellement étonnées), si Jésus béni n’avait pas brisé le silence en me disant :
« Ma fille bien-aimée, ces clochettes sont autant de voix
- qui te parlent de mon Amour et
- qui t’invitent à M’aimer.
Maintenant, laisse-Moi voir combien de clochettes tu as
- qui Me parlent de ton amour et
- qui M’appellent à t’aimer !»
En rougissant, je lui dis : « Oh ! Seigneur, que dis-Tu ? Je n’ai rien, sinon mes défauts habituels. »
Prenant pitié de ma misère, Il poursuivit : « Tu n’as rien, c’est vrai, mais Je veux t’orner de mes propres clochettes pour que tu aies plein de voix avec lesquelles
- M’appeler et
- Me montrer ton amour. »
Ensuite, il me sembla qu’Il entourait ma taille d’une bande décorée de ces petites clochettes. Puis, je restai silencieuse.
Il ajouta : « Aujourd’hui, J’ai le plaisir de rester avec toi. Dis-moi quelque chose » Je lui dis : « Tu sais que tout mon contentement est d’être avec Toi ! Quand je T’ai, j’ai tout ! Quand je Te possède, il me semble que je n’ai rien d’autre à désirer ou à dire. »
Il poursuivit : « Fais-Moi entendre ta voix qui réjouit mon Ouïe. Conversons ensemble un peu. Je t’ai souvent parlé de la croix. Aujourd’hui, laisse-Moi t’entendre M’en parler. »
Je me suis sentie toute confuse. Je ne savais pas quoi dire. Mais Lui, pour m’aider, m’envoya un rayon de lumière intellectuelle. Et j’ai commencé à dire :
Mon Bien-Aimé, qui peut Te dire ce qu’est la croix et ce qu’elle fait ?
Seulement ta Bouche peut parler dignement de la sublimité de la croix ! Mais puisque Tu veux que je T’en parle, je le ferai.
La croix soufferte par Toi, Jésus-Christ,
- me libère de l’esclavage du démon et
- m’unit à la Divinité par un lien indissoluble.
La croix est fertile et donne naissance à la grâce en moi. La croix est légère, elle me désillusionne du temporel et me dévoile l’éternité. La croix est un feu qui réduit en cendres tout ce qui n’est pas de Dieu,
- jusqu’à vider le cœur de toute petite poussière qui pourrait s’y trouver.
La croix est une monnaie d’une valeur inestimable.
Si j’ai la bonne fortune de la posséder,
- je deviens enrichie d’une monnaie éternelle apte à faire de moi la plus riche du Paradis. Car la monnaie qui circule dans le Ciel
- provient des croix souffertes sur la terre.
La croix m’amène à me connaître moi-même. Elle me donne aussi la connaissance de Dieu. La croix greffe sur moi toutes les vertus.
La croix est le noble siège de la Sagesse incréée qui m’enseigne
- les doctrines les plus hautes, les plus subtiles et les plus sublimes.
Elle me dévoile
- les mystères les plus secrets, les choses les plus cachées,
- les perfections les plus parfaites,
- toutes choses cachées aux plus savants et aux plus sages du monde.
La croix est cette eau bienfaisante
- qui me purifie et qui nourrit en moi les vertus. Elle les fait croître. Elle me quitte après m’avoir conduite à la Vie éternelle.
La croix est cette céleste rosée
- qui préserve et embellit en moi le beau lys de la pureté. La croix nourrit l’espérance. La croix est le flambeau de la foi agissante. La croix est ce bois solide
- qui préserve et maintient toujours enflammé le feu de la charité.
La croix est ce bois sec
- qui fait s’évanouir et se disperser la fumée de l’orgueil et de la vaine gloire, et
- qui produit dans l’âme l’humble la violette de l’humilité.
La croix est l’arme la plus puissante
- pour assaillir les démons et
- me défendre de toutes leurs emprises.
L’âme qui possède la croix fait
- l’envie et l’admiration de tous les anges et de tous les saints, et
- la rage et la colère des démons.
La croix est mon paradis sur la terre. Tel que si le Paradis d’en haut est jouissance,
- celui d’ici-bas est souffrance.
La croix est la chaîne d’or très pur
- qui me relie à Toi, mon plus grand Bien, et
- qui forme la plus intime union qui puisse être en me faisant me transmuer en Toi, mon Objet bien-aimé, jusqu’à ce que je me sente perdue en Toi et que je vive de ta Vie même. »
Après que j’eus dit cela- je ne sais si c’est un non-sens -, mon aimable Jésus se réjouit énormément.
Pris par un transport d’Amour, Il me baisa partout et Il me dit :
« Bravo, bravo, ma bien-aimée ! Tu as bien parlé ! Mon Amour est feu, mais pas comme un feu de la terre
- qui rend stérile tout ce qu’il pénètre et réduit tout en cendres.
Mon Feu est fertile et rend stérile seulement ce qui n’est pas vertu. À tout le reste, Il donne vie. Il fait germer de belles fleurs,
- donnant des fruits très exquis et
- formant le jardin céleste le plus délicieux.
La croix est si puissante. Et Je lui ai communiqué tant de grâces qu’elle est plus efficace que les sacrements eux-mêmes.
Il en est ainsi parce que lorsqu’on reçoit le sacrement de mon Corps,
-
les dispositions et le libre concours de l’âme sont nécessaires
-
pour qu’on en reçoive mes grâces. Ils peuvent souvent manquer.
Tandis que la croix a la Puissance de disposer l’âme à la grâce. »