Correspondance — 31 juillet 1909

31 juillet 1909.

Combien je voudrais voir les chrétiens fidèles de France s’occuper un peu de cette population algérienne, pour laquelle ils ont les devoirs de parents envers leurs enfants, puisque c’est terre française et qui se meurt dans l’islamisme !

Au R. P. Guérin,

31 octobre 1909.

Que Jésus fasse de 1910 une année de grâces pour le Sahara ! Il y a dix-neuf cents ans que cette terre, ces âmes attendent l’Évangile !

4 février 1910.

Je ferai ce que je pourrai, et le Bon Dieu fera ce qu’Il voudra. Priez pour moi, pour que, par ma vie, je sois tel qu’Il puisse se servir de moi pour faire un peu de bien. Quoi qu’il arrive, si je suis bon, mon passage sur la terre sera utile aux âmes ; si je suis mauvais ou tiède, j’aurai beau faire, nul bien ne se fera par moi…

A M. l’Abbé Caron,

16 juillet 1910.

Oh ! oui, Jésus seul mérite d’être aimé de passion !… Heureuses ruines qui nous jettent plus tôt et plus complètement dans cette vérité…

Au R. P. Guérin,

1er novembre 1910.

Oui, Jésus suffit : là où Il est, rien ne manque. Si chers que soient ceux en qui brille un reflet de Lui, c’est Lui qui reste le Tout : Il est le Tout dans le temps et dans l’éternité. Que nous sommes heureux d’avoir un Tout que rien ne peut nous ôter, et qui sera toujours nôtre, à moins que nous ne Le quittions nous-mêmes !

A M. l’Abbé Caron,

15 décembre 1910.

Nous avons Jésus avec nous, et si faibles que nous soyons, nous sommes forts à Sa force invincible… Jamais Dieu n’a manqué aux hommes, c’est l’homme qui manque à Dieu. Il ne demande qu’à déverser Ses grâces…

A un ami,

21 septembre 1912.

Priez aussi pour tous les musulmans de notre empire nord-ouest africain, maintenant si vaste. L’heure présente est grave pour leurs âmes comme pour la France. Depuis quatre-vingts ans qu’Alger est à nous, on s’est si peu occupé du salut des âmes des musulmans, qu’on peut dire qu’on ne s’en est pas occupé. Si les chrétiens de France ne comprennent pas qu’il est de leur devoir d’évangéliser leurs colonies, c’est une faute dont ils rendront compte, et ce sera la cause de la perte d’une foule d’âmes qui auraient pu être sauvées. Si la France n’administre pas mieux les indigènes de sa colonie qu’elle ne l’a fait, elle la perdra, et ce sera un recul de ces peuples vers la barbarie, avec perte d’espoir de christianisation pour longtemps.

A un ami,

4 décembre 1912.

Le saint temps de l’Avent, toujours si doux, l’est particulièrement ici. Tamanrasset, avec ses quarante feux de pauvres cultivateurs, est bien ce que pouvaient être Nazareth et Bethléem au temps de Notre-Seigneur.

Lettre écrite par Charles de Foucauld, quelques heures avant sa mort, le matin du 1er décembre 1916, à un ami.

Ces souffrances, ces inquiétudes anciennes et récentes, acceptées avec résignation, offertes à Dieu en union et aux intentions des douleurs de Jésus, sont non pas la seule chose, mais la plus précieuse que le Bon Dieu vous offre pour que vous arriviez devant Lui les mains pleines… Notre anéantissement est le moyen le plus puissant que nous ayons de nous unir à Jésus et de faire du bien aux âmes ; c’est ce que saint Jean de la Croix répète presque à chaque ligne… Quand on peut souffrir et aimer, on peut beaucoup, on peut le plus qu’on puisse en ce monde : on sent qu’on souffre, on ne sent pas toujours qu’on aime, et c’est une grande souffrance de plus ; mais on sait qu’on voudrait aimer, et vouloir aimer, c’est aimer… On trouve qu’on n’aime pas assez ; — ceci c’est vrai, on n’aimera jamais assez, — mais le Bon Dieu, qui sait de quelle boue Il nous a pétri, et qui nous aime bien plus qu’une mère ne peut aimer son enfant, nous a dit, Lui qui ne meurt pas, qu’il ne repousserait pas celui qui vient à Lui… »