Retraite faite a Nazareth — Paroles et actions de Dieu

Vous parlez, mon Dieu, aux hommes, de deux manières surtout, à haute voix pourrait-on dire, et à voix basse… A haute voix par Vos livres inspirés, la Sainte Écriture ; à voix basse par tout ce qu’inspire Votre grâce, par toutes les paroles intérieures que Vous inspirez aux fidèles… Parlez-Vous aux purs esprits ? Comment ? A qui parlez-Vous encore ? Je l’ignore, mon Dieu. Vous êtes infini, je suis un point, un atome. Que sais-je de Vous ? Assez pour connaître que Vous êtes l’Infini, l’Être, la Perfection, et cela suffit pour me montrer que je dois Vous aimer sans mesure ; pourtant, je me réjouis de Vous mieux connaître dans le ciel ; en voyant mieux Vos beautés, je Vous aimerai davantage…

JÉSUS, SON INCARNATION, SA NAISSANCE

6 novembre 1897.

Mon Seigneur et mon Dieu, quelle douce journée : c’est Vous, mon Seigneur Jésus, qui serez aujourd’hui le sujet de mes méditations…

Oui, mon Dieu, Vous êtes constant, fidèle, Vous me continuez Vos grâces, Vos Saints et Vos Anges continuent à m’aider… il n’y a que moi qui ne m’aide pas ; Vous me poussez au bien et Vous me comblez de grâces, tout m’y aide au ciel et sur la terre !… Moi seul, je mets obstacle par ma lâcheté, ma faiblesse, ma tiédeur…

L’Incarnation a sa source dans la bonté de Dieu… Mais, une chose apparaît d’abord, si merveilleuse, si étincelante, si étonnante, qu’elle brille comme un signe éblouissant : c’est l’humilité infinie que contient un tel mystère… Dieu, l’Être, l’Infini, le Parfait, le Créateur, le Tout-Puissant, immense, souverain Maître de tout, se faisant homme, s’unissant à une âme et à un corps humain, et paraissant sur la terre comme un homme et le dernier des hommes…

Et l’estime du monde, qu’est-ce ? Convenait-il que Dieu la cherche ? Voyant le monde des hauteurs de la divinité, tout y est égal à Ses yeux : le grand, le petit, tout est également fourmi, ver de terre… Dédaignant toutes ces fausses grandeurs qui sont, en vérité, de si extrêmes petitesses, Dieu n’a pas voulu s’en revêtir… Et comme Il venait sur la terre et pour nous racheter et pour nous enseigner, et pour Se faire connaître et aimer, Il a tenu à nous donner, dès Son entrée dans ce monde, et pendant toute Sa vie, cette leçon du mépris des grandeurs humaines, du détachement complet de l’estime des hommes… Il est né, Il a vécu, Il est mort dans la plus profonde abjection et les derniers opprobres, ayant pris une fois pour toutes tellement la dernière place que nul n’a jamais pu être plus bas que Lui… Et s’Il a occupé avec tant de constance, tant de soin cette dernière place, c’est pour nous instruire, pour nous apprendre que les hommes et l’estime des hommes ne sont rien, ne valent rien ; qu’il ne faut pas mépriser ceux qui occupent les plus basses des plus basses conditions ; que les plus pauvres, les plus abjects ne doivent pas s’attrister de leur bassesse : ils sont près de Dieu, près du Roi des rois de ce monde ; c’est pour nous apprendre que notre conversation n’étant pas de ce monde, nous ne devons faire aucun cas de la figure de ce monde…, mais ne vivre que pour ce royaume des cieux que le Dieu-Homme voyait dès ici-bas par la vision béatifique, et que nous devons considérer sans cesse des yeux de la foi, marchant en ce monde comme si nous n’étions pas de ce monde, sans souci des choses extérieures, ne nous occupant qu’à une chose : à regarder, à aimer notre Père Céleste, et à faire Sa volonté…

Résolutions. — Dans mes pensées, mes paroles, mes actions, soit pour moi, soit pour le prochain, ne faire aucun cas de la grandeur, de l’illustration, de l’estime humaine, mais estimer autant les plus pauvres que les plus riches… Faire autant de cas du dernier ouvrier que du prince, puisque Dieu a paru comme le dernier ouvrier… Pour moi, chercher toujours la dernière des dernières places, pour être aussi petit que mon Maître, pour être avec Lui, pour marcher derrière Lui, pas à pas, en fidèle domestique, fidèle disciple, et, puisque dans Sa bonté infinie, incompréhensible, Il daigne me permettre de parler ainsi, en fidèle frère, en fidèle épouse…

En conséquence, arranger ma vie de manière à être le dernier, le plus méprisé des hommes, pour la passer avec mon Maître, mon Seigneur, mon Frère, mon Époux, qui a été l’abjection du peuple, et l’opprobre de la terre, « un ver et non un homme… »

Vivre dans la pauvreté, l’abjection, la souffrance, la solitude, le délaissement, pour être, dans la vie, avec mon Maître et mon Frère, mon Époux, mon Dieu, qui a vécu ainsi toute sa vie et m’en donne un tel exemple dès sa naissance.

JÉSUS, SA VIE CACHÉE

Mon Jésus, qui êtes si près de moi, inspirez-moi ce qu’il faut que je pense de Votre vie cachée…

« Il descendit avec eux et alla à Nazareth, et Il leur était soumis »… Il descendit, s’enfonça, s’humilia… ce fut une vie d’humilité : Dieu, vous paraissez homme ; homme, Vous Vous faites le dernier des hommes ; ce fut une vie d’abjection, jusqu’à la dernière des dernières places ; Vous descendîtes avec eux pour y vivre de leur vie, de la vie des pauvres ouvriers, vivant de leur labeur ; Votre vie fut, comme la leur, pauvreté et labeur ; ils étaient obscurs, Vous vécûtes dans l’ombre de leur obscurité ; Vous allâtes à Nazareth, petite ville perdue, cachée dans la montagne, d’où « rien de bon ne sortait », disait-on ; c’était la retraite, l’éloignement du monde et des capitales, Vous vécûtes dans cette retraite

Vous leur étiez soumis, soumis comme un fils l’est à son père, à sa mère ; c’était une vie de soumission, de soumission filiale ; Vous obéissiez en tout ce qu’obéit un bon fils. Si un désir de Vos parents n’était pas selon la vocation divine que Vous aviez, Vous ne l’accomplissiez pas, Vous obéissiez « à Dieu plutôt qu’aux hommes », comme quand Vous restâtes trois jours à Jérusalem ; mais, sauf le cas où la vocation que Vous aviez demandait que Vous ne Vous rendiez pas à leurs désirs, Vous Vous y rendiez en tout, étant en tout le meilleur des fils, et par conséquent, non seulement obéissant à leurs moindres désirs, mais les prévenant, faisant tout ce qui pouvait leur faire plaisir, les consoler, leur rendre la vie douce et agréable, tâchant de tout votre cœur de les rendre heureux, étant le modèle des fils, et ayant toutes les attentions possibles pour Vos parents, dans la mesure, bien entendu, que permettait Votre vocation… Mais Votre vocation, c’était d’être parfait et Vous ne pouviez pas ne pas être parfait, ô Fils Éternel, ô Fils Dieu. Aussi, pendant ces trente années, fûtes-Vous le fils le plus tendre, le plus prévenant, le plus soumis, le plus aimable, le plus consolant, faisant tout le plaisir possible à Vos parents, les aidant, les soutenant, les encourageant dans le labeur quotidien, en prenant pour Vous la plus grande part possible pour les reposer, ne les contredisant jamais à moins de nécessité pour la gloire de Dieu, et, alors, avec quelle douceur, quelle bonté, quelle tendresse, qui rendait la contradiction plus douce qu’un acquiescement, et la faisait comme une rosée céleste, ayant toutes les attentions, les grâces, les délicatesses, les prévenances, les amabilités qui rendent la vie si douce quand elles sont faites par une belle âme !… n’omettant rien de ce qui pouvait consoler Vos parents et faire, de leur petite maison, ce qu’elle était : un ciel…

Voilà ce que fut Votre vie à Nazareth, ici, puisque j’ai l’infini bonheur, la grâce incomparable de vivre dans ce Nazareth chéri ! Merci ! merci !

Votre vie était celle du modèle des fils, vivant entre un père et une mère pauvres ouvriers. C’était la moitié de Votre vie, celle qui regarde la terre, tout en répandant sur le ciel un parfum céleste… C’était la partie visible. La partie invisible, c’était la vie en Dieu, la contemplation de tout instant. Vous travailliez, Vous consoliez vos parents, Vous Vous entreteniez très tendrement et saintement avec eux, Vous priiez avec eux durant le jour…, mais comme Vous priiez aussi dans la solitude et l’ombre de la nuit, comme Votre âme s’exhalait en silence !…

Toujours, toujours, Vous priiez, Vous priiez à tout instant, puisque prier, c’est être avec Dieu et que Vous êtes Dieu ; mais comme Votre âme humaine prolongeait cette contemplation pendant les nuits, comme, pendant tous les moments du jour, elle s’unissait à Votre divinité !… Comme Votre vie était un épanchement continuel en Dieu, un regard continuel vers Dieu ; contemplation continuelle de Dieu, en tous Vos instants !… Et qu’était cette prière, qui faisait la moitié de Votre vie à Nazareth ? C’était, d’abord et surtout l’adoration, c’est-à-dire la contemplation, l’adoration muette qui est la plus éloquente des louanges « Tibi silentium laus » ; cette admiration muette, qui renferme la plus passionnée des déclarations d’amour, comme l’amour d’admiration est le plus ardent des amours… Puis, secondairement, en second lieu et prenant moins de temps, l’action de grâce : action de grâce, d’abord de la gloire de Dieu, de ce que Dieu est Dieu, puis des grâces faites à la terre et à toutes les créatures ; le cri de pardon, pardon pour tous les péchés commis contre Dieu, pardon pour ceux qui ne demandent pas pardon ; acte de contrition pour le monde entier, douleur de voir Dieu offensé ; la demande, demande de la gloire de Dieu, que Dieu soit glorifié par toutes les créatures, que Son règne arrive parmi elles, que Sa volonté se fasse en elles, comme parmi les anges, et que ces pauvres créatures reçoivent, au spirituel et au temporel, tout ce dont elles ont besoin et soient enfin délivrées de tout mal, en ce monde et dans l’autre… Et que les grâces se répandent en particulier en abondance sur ceux que la volonté divine a mis auprès de Jésus, autour de Lui : Sa mère, Son père, Ses cousins, Ses amis, les âmes qui L’aiment, ceux qui s’attachent à Lui…