SIXIÈME PARTIE
ÉTABLISSEMENT DE L’ÉGLISE SOUS L’INFLUENCE MATERNELLE DE MARIE
CHAPITRE PREMIER
Préparation de la fête de la Pentecôte.
Le lendemain de l’Ascension et les jours suivants, je vis les apôtres constamment réunis au cénacle et la sainte Vierge au milieu d’eux. Pendant la prière et la fraction du pain, elle était toujours placée en face de Pierre, qui tenait la place du Seigneur. Depuis que, la nuit d’avant l’Ascension, Marie prit pour la première fois cette place à la table de la cène, je sentis qu’elle avait aux yeux des apôtres une signification plus haute, et qu’elle représentait désormais l’Église.
La sainte Vierge et les apôtres se tenaient habituellement en prière dans le cénacle, séparés de la portion la plus nombreuse des disciples, ainsi que des fidèles et des saintes femmes. Les apôtres vivaient dans une retraite absolue, et je ne vis personne venir les visiter. Ils persévéraient dans la prière avec plus de constance que les disciples, qui allaient et venaient. Ils étaient aussi obligés de se tenir plus en garde que ceux-ci contre les persécutions des Juifs ; je vis pendant la nuit plusieurs d’entre les disciples parcourir la voie douloureuse avec une grande dévotion.
Je fus aussi témoin de l’élection de Mathias à l’apostolat. Pierre, revêtu de son manteau épiscopal, se tenait dans le cénacle au milieu des apôtres ; tous les disciples se trouvaient dans les salles latérales, dont les portes étaient ouvertes. Pierre présenta deux des leurs : Joseph Barsabas et Mathias. Plusieurs ambitionnaient la place de Judas, mais ces deux-là n’y avaient pas même pensé. Le premier jour, Pierre les présenta ; le second jour, on tira leurs noms au sort, et Mathias fut désigné ; un des apôtres alla le chercher à l’endroit où se tenaient les disciples, et il fut associé aux onze apôtres.
Je vis dans le cénacle les préparatifs d’une grande fête. L’intérieur fut orné d’arbustes verts, entre les branches desquels on avait placé des vases de fleurs et des guirlandes de verdure allant d’un côté de la salle à l’autre. Les cloisons avaient été enlevées du côté de la salle latérale, et les portes étaient ouvertes, la porte de la cour extérieure demeurant seule fermée. Pierre, revêtu du manteau pontifical, se tenait debout au milieu de la salle, en face de la lampe et du rideau du sanctuaire. La sainte Vierge se tenait vis-à-vis de lui, devant la porte ouverte du vestibule, le voile entièrement baissé sur le visage, ayant derrière elle les autres saintes femmes qui, du vestibule ouvert, s’unissaient à la prière commune. Les apôtres étaient rangés des deux côtés de la salle, les yeux tournés vers Pierre, qui se tenait debout sous la lampe, devant la table couverte de rouge et de blanc sur laquelle étaient posés des rouleaux d’écriture. Les disciples, rangés dans les salles latérales dont les parois étaient enlevées, se trouvaient derrière les apôtres et regardaient. On priait et on chantait, mais sans faire beaucoup de gestes. Tout avait été ainsi décoré à l’avance, parce que le sabbat de la Pentecôte s’ouvrait le lendemain.
La ville est remplie d’étrangers. Dans le temple aussi tout est orné de guirlandes et de verdure. Il s’y accomplit beaucoup de cérémonies.
La veille de la Pentecôte, vers le soir, tous s’étant de nouveau rangés pour la prière, Pierre prit sur la petite table qui était devant lui deux pains azymes, divisés par des raies ; il les bénit, les éleva et les rompit en un certain nombre de morceaux, qu’il distribua à la sainte Vierge et aux apôtres. Les morceaux qu’ils reçurent me parurent brillants. Les apôtres, ainsi que la sainte Vierge, s’approchèrent de Pierre et lui baisèrent la main : lui à son tour s’inclina devant eux. Je vis leur ardeur croître de plus en plus. Au moment où les apôtres mangèrent le pain consacré, je me sentis pénétrée d’une ferveur merveilleuse, et je fus réconfortée d’une manière que je ne saurais exprimer. Un aliment entra dans ma bouche sous la forme d’un flot de lumière. J’en goûtai l’agréable saveur, mais j’ignorais d’où il pouvait venir, car je ne vis aucune main qui me le présentât : cependant je craignais de ne pas être à jeun et de ne pouvoir pas communier le lendemain.
Dans le Temple tout orné de verdure et de guirlandes, je remarquai beaucoup de mouvement et de bruit. J’ai vu aussi dans les rues de nombreux étrangers aller et venir, ou se grouper ensemble. Il y avait parmi eux des gens de toute condition et qui avaient un singulier langage. Leurs manières et leurs gestes présentaient quelque chose de singulier. Ils semblaient se raconter les uns aux autres comment et en quel endroit telle et telle chose s’étaient passées. Plusieurs suivaient le chemin de la passion du Seigneur. Dans quelques maisons, je vis aussi des traîtres qui délibéraient sur les moyens de nuire aux apôtres.
Tout le monde veillait cette nuit dans la maison où demeuraient les fidèles. Cent vingt personnes, outre la sainte Vierge et les saintes femmes, se trouvaient réunies au cénacle et dans ses dépendances. Ils me parurent tous plus rassurés ; ils s’étaient souvent demandé de quelle manière le consolateur, le Saint-Esprit descendrait sur eux, et ce qui devait s’ensuivre. Maintenant ils sont pleins de confiance.