CHAPITRE XVII
Arrivée à Jérusalem.
Enfin les voyageurs arrivèrent à Jérusalem. Ils entrèrent par la porte des Brebis. C’était là qu’on trouvait la piscine probatique, où on lavait pour la première fois les brebis destinées à l’immolation Marie, qui vient s'offrir comme une victime au temple, est la brebis immaculée qui a enfanté l'Agneau de Dieu. Cette correspondance des figures de l'ancienne loi avec la réalité est admirable. .
Jérusalem est une ville étrange. Il ne faut pas s’y figurer des rues pleines de gens qui vont et viennent, comme les rues de nos grandes villes, celles de Paris, par exemple. Les rues de Jérusalem sont tranquilles et solitaires, excepté aux abords des marchés et des palais, où l’on voit passer beaucoup de soldats et de voyageurs. Cette ville est entourée de plusieurs vallées escarpées qui s’étendent derrière elle. Ces vallées sont bordées de maisons dont les portes et les fenêtres ne donnent que du côté de la ville. Des ponts élevés et solides les traversent de distance en distance. Les chambres de chaque maison sont tournées du côté de la cour. De la rue, on n’aperçoit que la porte et quelquefois une terrasse qui domine le mur. Les habitants se tiennent d’ordinaire enfermés dans leurs cours ou dans leurs maisons, à moins qu’ils n’aillent au marché ou ne montent au temple.
Le cortège traversa une partie de la ville et arriva près du marché au poisson, à la maison du père de Zacharie. Un homme très âgé se trouvait là : je crois que c’était l’oncle de Zacharie. Ce dernier demeurait chez son père pendant tout le temps de son service au temple. Il était pour lors à Jérusalem ; son service finissait, et il ne prolongeait quelque peu son séjour que pour assister à la présentation de Marie. Plusieurs autres parents de Bethléem et d’Hébron, dont deux filles de la sœur d’Élisabeth, étaient encore dans cette maison ; mais Élisabeth ne s’y trouvait pas. Ces parents de Marie allèrent à sa rencontre jusqu’à un quart de lieue, par le chemin de la vallée : les jeunes filles portaient des couronnes et des branches d’arbres. On accueillit le cortège avec de grandes démonstrations de joie, et tous se rendirent à la maison du père de Zacharie, où des rafraîchissements attendaient les voyageurs. Ce dernier vint ensuite les prendre, et les conduisit de la maison de son père à une auberge voisine du temple, où on recevait les étrangers pendant les fêtes.
Quand on partit de Nazareth, la petite Marie était vêtue de son premier costume. Elle le quitta et se revêtit du second, avec le manteau bleu clair ; puis chacun prit rang comme en une procession. En tête était Zacharie avec Joachim et Anne, puis venait Marie, entourée de quatre jeunes filles de son âge, vêtues de blanc ; derrière elle suivaient beaucoup d’autres enfants que leurs parents accompagnaient. Ils passèrent devant le palais d’Hérode, devant la maison où devait résider Pilate, et arrivèrent à des degrés attenants à un mur de la ville. La petite Marie les monta seule avec un empressement et une joie extrêmes. Elle ne voulut point souffrir qu’on l’aidât : tous la regardaient avec admiration.
Joachim et Anne prirent, dans l’auberge voisine du temple, le logement que Zacharie leur avait loué, et se rendirent ensuite avec Marie dans une maison située plus haut et habitée par des prêtres. Là encore l’enfant, poussée et comme portée par l’ardeur de son âme, monta les degrés avec un élan extraordinaire. Deux prêtres, l’un très âgé, l’autre encore jeune, les accueillirent avec joie et bonté. Tous deux avaient assisté à l’examen de Marie et attendaient sa prochaine venue. Après quelques paroles échangées sur le voyage et sur la présentation de l’enfant, ils firent appeler une des femmes du temple : c’était une veuve âgée, qui devait prendre la conduite de la petite novice. Elle accueillit Marie avec une dignité affectueuse. Celle-ci se montrait grave, respectueuse et humble. Quand on eut instruit la veuve de tout ce qui concernait la jeune enfant, il y eut quelques instants d’entretien sur la cérémonie de la présentation.
Le lendemain matin, Joachim conduisit les victimes au temple, pour y être inspectées par les prêtres. Les animaux rejetés furent menés au marché des bestiaux. Ceux que les prêtres avaient acceptés furent conduits dans la cour du temple. Avant l’immolation, Joachim mit la main sur la tête de chaque victime, et il reçut dans un vase le sang et quelques parties des animaux immolés.
Les sacrifices terminés, il y eut fête et repas solennels dans l’auberge occupée par nos saints hôtes. On y pouvait compter cent personnes, et dans le nombre il y avait plusieurs enfants, dont vingt-quatre jeunes filles de différents âges. Je vis, parmi elles, Séraphia, qui, après la mort de Jésus, reçut le nom de Véronique. Elle était déjà grande et pouvait avoir dix ou douze ans. On couronna de fleurs Marie et ses compagnes ; on para de fleurs semblables sept flambeaux. Plusieurs prêtres et lévites prirent part au festin. Comme ils se montraient surpris des magnifiques offrandes de Joachim, il leur répondit qu’il n’avait rien su faire de trop pour témoigner sa reconnaissance au Seigneur, qui dans sa miséricorde avait enfin exaucé ses prières et effacé l’affront reçu dans ce même temple, lors du rejet de son offrande.