CHAPITRE XXX

Départ pour le temple de Jérusalem.

Comme le jour approchait où la sainte Vierge devait présenter son premier-né au Temple et le racheter, selon la loi de Moïse, tout fut disposé pour le voyage de la sainte famille à Jérusalem et pour son retour à Nazareth. Déjà le dimanche, 30 décembre, au soir, les bergers avaient reçu ce que les domestiques de sainte Anne n’avaient pu emporter. Il ne restait rien, ni dans la grotte de la crèche, ni dans la grotte latérale, ni dans celle du tombeau de Maraha, et Joseph les avait de plus fait nettoyer avec soin.

Dans la nuit du dimanche au lundi, Joseph et Marie visitèrent, avec l’enfant, la grotte de la crèche, pour prendre congé de ce saint lieu. D’abord ils mirent un tapis à la place où Jésus était né, y déposèrent l’enfant et prièrent ; puis ils firent de même à l’endroit où avait eu lieu la circoncision.

Le lendemain, à l’aurore, la sainte Vierge se plaça sur l’âne que les vieux bergers avaient amené devant la grotte. Au moment de partir, Joseph prit l’enfant, le tint jusqu’à ce que Marie fût commodément placée, et le remit ensuite entre ses bras. Elle était assise sur un siège, les pieds appuyés sur une planchette. Elle tenait pressé contre son cœur Jésus, enveloppé dans son grand voile, et le regardait avec bonheur. Les saints voyageurs n’emportèrent avec eux que quelques couvertures et quelques paquets, placés sur l’âne à côté de Marie. Les bergers les accompagnèrent pendant quelque temps, puis ils prirent congé d’eux avec une émotion profonde. Laissant le chemin par lequel elle était venue, la sainte famille passa entre la grotte de la crèche et celle du tombeau de Maraha, en longeant Bethléem à l’orient. Personne ne les aperçut.

Ils firent lentement le trajet de Bethléem à Jérusalem, et quoiqu’il fût court, ils s’arrêtèrent néanmoins souvent. L’offrande que la sainte Vierge devait faire au Temple était dans une corbeille, suspendue au bât de l’âne et divisée en trois compartiments : deux contenaient des fruits, et le troisième deux colombes que l’on voyait à travers un couvercle à claire voie.

Le soir étant venu, ils s’arrêtèrent à environ un quart de lieue en avant de Jérusalem, dans une petite maison habitée par de vieilles gens qui leur firent l’accueil le plus affectueux. C’étaient des Esséniens, parents de Jeanne Chusa. Le mari s’occupait de jardinage, taillait les haies et était employé à un service qui avait rapport aux chemins.

La sainte famille passa chez ces vieilles gens toute la journée suivante. La sainte Vierge resta presque tout le temps dans sa chambre, seule avec son enfant, qui reposait sur un tapis. Elle priait sans relâche, se préparant à la cérémonie qui devait avoir lieu. J’eus à cette occasion des avertissements sur la manière dont il faut se préparer à la communion L'offrande de Jésus au temple préludait au sacrifice de la nouvelle loi, et le saint Enfant au bras de Siméon représentait le don ineffable de Dieu au cœur de l'homme dans la sainte communion. . Je vis apparaître, dans la chambre, plusieurs anges qui adorèrent l’enfant Jésus. Je ne sais pas si la sainte Vierge les vit, mais je le pense, car elle était très émue. Les bons vieillards se montrèrent on ne peut plus prévenants envers la sainte Vierge : il me parut qu’ils avaient un pressentiment de la sainteté de l’enfant Jésus.

Le soir, j’eus une vision sur Siméon. C’était un homme très âgé, maigre, avec une barbe courte. Il était prêtre, avait une femme et trois fils, dont le plus jeune semblait avoir vingt ans. Je le vis se rendre de sa maison, contiguë au Temple, à une petite cellule voûtée, pratiquée dans l’épaisseur du mur du sanctuaire, et percée d’une ouverture par laquelle on avait vue sur l’intérieur du Temple. Siméon s’agenouilla pour prier, et bientôt il fut ravi en extase. Un ange lui apparut alors, et lui dit que l’enfant qui le lendemain serait présenté le premier était le Messie, après lequel il avait si longtemps soupiré. Il lui révéla de plus, qu’après l’avoir vu il ne tarderait pas à mourir. La cellule était remplie de lumière, et le saint vieillard tout rayonnant de joie. Il retourna promptement dans sa maison, et raconta avec des transports de bonheur à sa femme ce qui lui avait été annoncé. Lorsque celle-ci se fut retirée pour dormir, il se mit de nouveau à prier.

La prophétesse Anne, qui était en prière à côté du Temple, eut aussi une vision sur la présentation de l’enfant Jésus.