CHAPITRE IX

Joseph cherche en vain un logement

Joseph et Marie pénétrèrent à Bethléem, à travers les décombres et par une porte écroulée. Dans cette ville, les maisons étaient assez éloignées les unes des autres. Marie resta avec l’âne à l’entrée d’une rue, tandis que Joseph cherchait un logement tout auprès ; mais ce fut en vain, car il y avait beaucoup d’étrangers dans la ville, et on y voyait une foule de gens qui allaient et venaient. Il revint donc, et dit à Marie qu’on ne pouvait pas trouver à se loger là, et qu’il fallait aller plus loin. Il conduisit l’âne par la bride, pendant que la sainte Vierge marchait à côté de lui. A l’entrée d’une autre rue, Marie s’arrêta de nouveau avec l’âne, pendant que Joseph allait de maison en maison, sans que dans aucune on voulût le recevoir. Il revint encore tout attristé. La même chose se renouvela à diverses reprises, et plus d’une fois Marie eut bien longtemps à attendre. Partout la place était prise, partout on le repoussait, et il finit par dire à la sainte Vierge : « Allons dans quelque autre quartier de Bethléem, où on nous donnera, sans aucun doute, un abri. » Ils suivirent alors une rue qui offrait plutôt l’aspect d’un chemin champêtre, car toutes les maisons étaient isolées et bâties sur de petits monticules. Là aussi, toutes les recherches furent inutiles.

Parvenus au côté opposé de Bethléem, ils trouvèrent une grande place déserte et située dans un fond. On voyait là une sorte de hangar, auprès duquel s’élevait un grand arbre dont les vastes branches pendantes formaient une sorte de toit. Joseph arrangea à la sainte Vierge un siège où elle pût se reposer, pendant qu’il chercherait à se faire accueillir dans l’une des maisons d’alentour.

Marie se tint d’abord debout, adossée contre l’arbre. Sa tête était couverte d’un voile blanc, et sa robe, pareillement blanche, sans ceinture, tombait en larges plis autour d’elle. Les passants la regardaient, sans se douter que leur Sauveur fût si près d’eux. Elle fut obligée d’attendre bien longtemps, et finit par s’asseoir au pied de l’arbre, les mains jointes sur la poitrine et la tête baissée. Combien elle était humble, résignée et patiente ! Enfin Joseph revint, mais sans lui annoncer un logis : à peine les amis dont il lui avait parlé avaient-ils semblé le reconnaître. Il était découragé, il pleurait, et Marie le consolait ! Il fit une dernière tentative ; mais, comme pour mieux faire agréer sa requête il parlait de la prochaine délivrance de sa femme, il s’attirait par là des refus plus formels.

Le lieu était solitaire ; à ce moment plusieurs passants s’arrêtaient : ils regardaient de loin avec curiosité, comme c’est la coutume lorsqu’on voit quelqu’un demeurer longtemps à la même place au déclin du jour. Je crois que quelques-uns adressèrent la parole à Marie, et lui demandèrent qui elle était. Ce fut alors que je vis Joseph revenir tellement peiné, qu’il osait à peine s’approcher d’elle. Il lui dit que tout était inutile, mais qu’il connaissait, en avant dans la ville, une grotte où les bergers se retiraient souvent avec leurs troupeaux, lorsqu’ils venaient à Bethléem, et que là du moins, ils trouveraient un abri. Ce lieu lui était connu dès son enfance, car, lorsque ses frères le tourmentaient, il s’y était réfugié pour y prier. Si les bergers y venaient, disait-il, il s’entendrait facilement avec eux. Du reste, il était rare qu’ils y séjournassent en cette saison. Lorsqu’elle y serait tranquillement établie, il ferait de nouvelles recherches.