CHAPITRE IV – Des nombreux biens accordes a ceux qui communient devotement

1 Voix du Disciple : Seigneur mon Dieu, préviens Ton serviteur de Tes plus douces bénédictions* Ps., XX, 4. afin que je mérite d’approcher dignement et dévotement de Ton auguste sacrement.

2 Appelle mon cœur à Toi et dépouille-moi de ma présente torpeur.

3 Visite-moi Ps., CV, 4. dans Ton salut Expression tirée du Psaume CV, 4, où c'est le salut qui sauve, comme dans les épîtres pauliniennes c'est la Justice de Dieu qui justifie (cf. aussi vers. 24). (qui sauve), afin que je goûte en esprit Ta suavité qui est pleinement renfermée dans ce Sacrement comme en une source.

4 Illumine aussi mes yeux Ps., XII, 4. L'auteur, citant le Psaume XII, 4, emploie le pluriel là où il faudrait «mon œil», car il s'agit de l'œil spirituel. pour contempler un si grand mystère et affermis-moi afin que je croie d’une foi une Indubitata fide : Nous traduisons : d'une foi une, le doute étant une duplicité, une vision double qui fait hésiter. .

5 Car c’est Ton opération, non une puissance humaine, Ton institution sacrée, non une invention de l’homme.

6 Aussi ne se trouve-t-il personne, de lui-même capable de saisir et de comprendre celle-ci qui transcende même la pénétration des anges.

7 Moi, indigne pécheur, terre et cendre Eccli., XVII, 31. , que pourrais-je découvrir et saisir d’un si sublime et si secret (sacrement) ?

II

8 Seigneur dans la simplicité de mon cœur I Paral., XXIX, 17. , dans ma foi ferme et bonne et sur Ton ordre, je m’approche de Toi avec espérance et respect, et crois vraiment que Tu es ici présent, Dieu et Homme, en ce sacrement.

9 Tu veux donc que je Te reçoive et m’unisse moi-même à Toi dans la charité.

10 C’est pourquoi je sollicite Ta clémence et T’implore de me donner une grâce spéciale pour cela, afin que je me liquéfie totalement en Toi et m’écoule en amour, et que je n’introduise plus profondément en moi nulle autre consolation.

11 Car ce très haut et très digne sacrement est le salut de l’âme et du corps, le remède à toute langueur spirituelle, en lequel mes vices sont guéris, mes passions refrénées, mes tentations vaincues et diminuées ; là une grâce plus grande est infusée, la vertu naissante est augmentée, la foi raffermie, l’espérance fortifiée, la charité enflammée et dilatée.

III

12 Nombreux sont les biens que Tu as prodigués et que Tu prodigues encore assez souvent, dans ce sacrement, à Tes bien-aimés qui communient dévotement, mon Dieu, soutien de mon âme Ps., LIII, 6. , réparateur de la faiblesse humaine et donneur de toute consolation intérieure.

13 En effet, Tu infuses en eux mille consolations contre les tribulations de toutes sortes, et du fond de leur propre abjection, Tu les élèves à l’espérance de Ta protection et par quelque nouvelle grâce Tu les recrées et illumines intérieurement, en sorte que ceux qui, avant la communion, se sentaient d’abord anxieux et sans affection, après s’être restaurés par la nourriture et le breuvage célestes constatent un heureux changement.

14 Tu agis ainsi généreusement avec Tes élus, afin qu’ils connaissent véritablement et expérimentent clairement quelle faiblesse ils tirent d’eux-mêmes et quelles bontés et quelles grâces ils reçoivent de Toi.

15 Car d’eux-mêmes ils sont froids, durs et sans dévotion, et par Toi ils méritent de devenir fervents, zélés et dévots.

16 Mais qui, s’approchant d’une source de suavité, n’en remporte pas un peu de suavité ?

17 Et qui, se tenant près d’un grand brasier, n’en reçoit un peu de chaleur ?

18 Et Tu es la source toujours pleine et surabondante, le feu qui brille sans cesse «Y H W H est un feu dévorant.» Comparer l'interprétation simple de l'auteur de l'I. C. : feu d'amour qui embrase, avec le sens mystique donné par Jean de la Croix : feu qui purifie : «O cautère délectable», qui commande toute la deuxième strophe de la Vive Flamme. et jamais ne fait défaut Is., XII, 3 ; Zach., XIII, 1 ; Hebr., XII, 29 ; Deut., IV, 24 ; Levit., VI, 12, 13. .

IV

19 S’il ne m’est pas permis de puiser en plein à cette source, ni d’y boire jusqu’à satiété, j’approcherai cependant ma bouche de l’orifice du céleste canal, afin qu’au moins je prenne quelque petite gouttelette pour guérir ma soif et que je ne dessèche pas tout à fait.

20 Et si je ne puis être tout céleste et tout de feu, comme les chérubins et les séraphins, je m’efforcerai cependant de m’appliquer à la dévotion et de préparer mon cœur, afin de recueillir au moins une petite flamme du divin incendie, en recevant humblement le sacrement vivificateur L'amour étant dans la Volonté et non dans les élans de la sensibilité, que signifient tous ces efforts pour s'appliquer à la dévotion ? Que nous sommes loin du cœur simple et de l'œil simple qui se contentent de recevoir Dieu en toute simplicité et sans regretter de n'être pas tout céleste, ni aussi brûlant que les chérubins ! Tous ces grands discours sur l'Eucharistie, l'un des sacrements qui réclame le plus de silence, font l'effet de pâtisseries baroques surajoutées à une basilique romane. Que tous ces raisonnements humains sont hors de la simplicité de Dieu. Aujourd'hui, ces interminables discours ne paraissent-ils pas plus une recherche de soi qu'une recherche authentique de Dieu ? .

21 Cependant, quoi qu’il me manque, bon Jésus, Sauveur très saint, veuille y suppléer pour moi par Ta bénignité et Ta grâce, Toi qui as daigné appeler à Toi tous les hommes, disant : “Venez, vous tous qui peinez et portez un fardeau et je vous soulagerai.” Matth., XI, 28.

V

22 Moi, je travaille à la sueur de ma face, mon cœur est tourmenté par la douleur, chargé de péchés, inquiété par les tentations, pris dans les rêts et retenu par mille passions mauvaises, et personne qui m’aide, personne qui me libère et me sauve, si ce n’est Toi, Seigneur Dieu, mon Sauveur Gen., III, 19 ; Ps., XXI, 12 ; Ps., VII, 2 ; Ps., XXIV, 5. , à qui je me remets, et tout ce qui est à moi, pour me garder et me conduire à la vie éternelle.

23 Reçois-moi en louange et gloire de Ton nom, Toi qui m’as préparé Ton corps et Ton sang en nourriture et en breuvage.

24 Fais, Seigneur Dieu, qui es mon salut Ps., XXVI, 9. , qu’avec la fréquentation de Ton mystère, croisse en moi l’amour de ma dévotion.