CHAPITRE III – Qu’il est utile de communier souvent

Voir note Le P. Pallu a fait remarquer que la traduction du janséniste Sacy a fait dire au quod utile sit saepe communicare : «qu'il est souvent utile de communier», au lieu de : «utile de souvent communier».

I

1 Voix du Disciple : Voici que je viens à Toi, Seigneur, afin que Ton présent me soit bénéfique, et afin de me réjouir en Ton banquet sacré que Tu as tendrement préparé pour le pauvre, ô mon Dieu Ps., LXVII, 11. .

2 Voici qu’en Toi est tout ce que je puis et dois désirer ; Tu es mon salut et ma rédemption, mon espérance et ma force, mon honneur et ma gloire.

3 Aujourd’hui réjouis donc l’âme de Ton serviteur, parce que j’ai élevé mon âme vers Toi, Seigneur Jésus Ps., LXXXV, 4. .

4 Je désire Te recevoir, en ce moment, avec dévotion et respect ; je souhaite T’introduire en ma maison, afin qu’avec Zachée je mérite d’être béni par Toi et compté parmi les fils d’Abraham Luc., XIX, 9. .

5 Mon âme convoite Ton corps ; mon cœur désire T’être uni.

II

6 Livre-Toi à moi, cela suffit.

7 Car excepté Toi nulle consolation ne vaut.

8 Je ne puis subsister sans Toi, et sans Ta visite je ne suis point capable de vivre.

9 C’est pourquoi il me faut, fréquemment, m’approcher de Toi et Te recevoir comme remède pour mon salut, de peur que je ne vienne à défaillir en chemin, si je suis frustré du céleste aliment.

10 En effet, très miséricordieux Jésus, prêchant au peuple et le guérissant de diverses maladies, Tu as dit parfois : “Je ne veux pas les renvoyer à jeun dans leurs maisons de peur qu’ils ne défaillent en route.” Matth., IX, 35 ; Marc., I, 34 ; Matth., XV, 32 ; Marc., VIII, 2.

11 Agis donc de cette manière avec moi Toi qui, pour la consolation des fidèles, leur est resté dans le sacrement.

12 Tu es, en effet, la suave réfection de l’âme, et qui T’aura mangé dignement sera participant et héritier de la gloire éternelle.

13 Il m’est nécessaire – à moi qui si souvent peine et pèche, si vite m’engourdis et défaille – que, par de fréquentes oraisons et confessions et par la réception de Ton corps sacré, je me renouvelle, me purifie et m’enflamme, de crainte que si je m’abstiens trop longtemps je m’éloigne de ma sainte résolution.

III

14 En effet, les sens de l’homme sont inclinés au mal dès son adolescence Gen., VIII, 21. et, si la divine médecine ne le secourt, l’homme glisse bientôt dans le pire.

15 La sainte Communion retire donc du mal et fortifie dans le bien.

16 Si à présent je suis si souvent négligent et tiède alors que je communie ou célèbre, que deviendrais-je si je ne prenais pas le remède et ne recherchais pas un si grand secours Cet Op. III s'adresse évidemment à des prêtres qui célèbrent la messe et qui, à cette époque, n'osaient pas la célébrer quotidiennement. ?

17 Et bien que je ne sois pas, tous les jours, apte, ni bien disposé, pour célébrer, je devrais cependant, aux temps convenables, recevoir les divins mystères et me présenter comme participant à une si grande grâce Cf. note précédente. .

18 Car une des principales consolations de l’âme fidèle, durant son pèlerinage loin de Toi, en son corps II Cor., V, 6. mortel, c’est de faire assez souvent mémoire de son Dieu La prière perpétuelle, qui fait vivre dans la mémoire de Dieu, et l'Eucharistie sont, en effet, les deux grandes voies vers la sainteté. , et de recevoir son Bien-Aimé d’un cœur dévot.

IV

19 O admirable condescendance de Ta miséricorde envers nous, que Toi, Seigneur Dieu, créateur et vivificateur de tous les esprits, Tu aies daigné venir La prière perpétuelle, qui fait vivre dans la mémoire de Dieu, et l'Eucharistie sont, en effet, les deux grandes voies vers la sainteté. vers une pauvre petite âme pour rassasier sa faim avec toute Ta divinité et humanité Le premier canon du Concile de Trente, au sujet de l'Eucharistie, précise que ce sacrement «contient vraiment, réellement et substantiellement, le corps et le sang, un (una cum) avec l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ» (Denzinger 883). Cette formule est reprise dans la Professio catholica Fideique doit signer tout prêtre. C'est précisément la formule que l'Ange du Portugal apprit aux enfants de Fatima un an avant les célèbres apparitions. C'est aussi la formule donnée à Sœur Faustine – l'apôtre de la Miséricorde, dont le procès en béatification est ouvert – pour son chapelet de la Miséricorde : «Père éternel, je vous offre le corps et le sang, l'âme et la divinité de votre Fils Bien-Aimé, Notre-Seigneur Jésus-Christ». !

20 O heureux esprit, âme bienheureuse L'auteur distingue ici l'animus ou mens, d'ordre intellectuel, de l'anima d'ordre corporel (cf. Op. I, chap. XI, vers. 9) qui sont rassasiés, l'un par la «divinité», l'autre par «l'humanité» du verset précédent. , qui mérite de Te recevoir dévotement, Seigneur Dieu, et d’être remplie de joie spirituelle en cette réception !

21 O ! Comme est grand le Seigneur qu’elle reçoit ; qu’il est aimé l’hôte qu’elle introduit ; qu’il est agréable le compagnon qu’elle reçoit ; qu’il est fidèle l’ami qu’elle accueille ; qu’il est beau et noble l’époux qu’elle embrasse et qu’il faut aimer avant toutes choses et pardessus toutes choses désirables.

22 Que le Ciel et la Terre et toute leur parure se taisent en Ta présence, mon très doux Bien-Aimé, parce que tout ce qu’ils ont de louable et de beau vient de Ta condescendance et munificence ; ils ne parviendront pas à la beauté de Ton nom, dont la sagesse est infinie Habac., II, 20 ; Gen., II, 1 ; Ps., CXLVI, 5. .