CHAPITRE II – Que la grande bonte et charite de Dieu se montrent a l’homme dans le sacrement
I
1 Voix du Disciple : Confiant en Ta bonté et Ta grande miséricorde, Seigneur, malade je m’approche de mon Sauveur, affamé et altéré de la Fontaine de Vie Ps., XXXV, 10 ; II Cor., I, 5 ; Job., V, 18 ; Joan., VII, 37. , indigne du Roi du Ciel, esclave de mon Seigneur, créature de mon Créateur, désolé de mon Consolateur compatissant.
2 Mais d’où vient que Tu viennes à moi ? Luc., I, 43.
3 Qui suis-je pour que Tu Te donnes, Toi-même, à moi ?
4 Comment un pécheur ose-t-il apparaître devant Toi ? Et comment daignes-Tu venir à un pécheur ?
5 ‘Tu connais Ton serviteur et sais qu’il n’y a rien de bon en lui, d’où résulterait que Tu Te donnes à lui.
6 Je confesse donc ma bassesse ; je reconnais Ta bonté ; je loue Ta miséricorde et rends grâce pour Ton extrême charité Ephes., II, 4. .
7 Car Tu fais cela pour Toi-même, non pour mes mérites, afin que Ta bonté me soit davantage connue, que Ta très grande charité me soit implantée et Ton humilité plus parfaitement recommandée !
8 Puis donc que cela Te plaît, et que Tu l’as prescrit, qu’il en soit ainsi : Ta faveur me plaît à moi aussi, puisse mon iniquité n’y point mettre obstacle !
II
9 O très doux et très bon Jésus ! Quel respect et quelle action de grâce Eucharistie, en grec, veut dire précisément : remercier, rendre grâces. Te sont dus en perpétuelle louange, pour la réception de Ton Corps sacré dont nul des hommes ne peut arriver à exprimer la dignité.
10 Mais que penserai-je Pourquoi l'auteur a-t-il besoin de prévoir ce qu'il va «cogiter» avant la communion ? L'Écriture ne dit-elle pas : «Ne vous inquiétez pas de ce que vous avez à dire» lorsqu'on vous traînera devant les tribunaux (Luc, XXI, 12, 15). Y aurait-il besoin de cogiter davantage lorsqu'on est admis à la table du Roi... ? en cette communion en m’approchant de mon Seigneur, que ne je saurais vénérer comme il se doit, et que je désire cependant recevoir avec dévotion ?
11 Que penserai-je de mieux et de plus salutaire sinon de m’humilier totalement devant Toi et d’exalter Ton infinie bonté envers moi ?
III
12 Je Te loue, mon Dieu et T’exalte à jamais.
13 Je me méprise moi-même et je m’abaisse devant Toi dans la profondeur de ma bassesse.
14 Voici que Tu es le Saint des saints, et moi le rebut des pécheurs, et Tu T’inclines vers moi qui ne suis pas digne de lever les yeux vers Toi.
15 Voici que Tu viens à moi, Tu veux être avec moi, Tu m’invites à Ton banquet.
16 Tu veux me donner à manger la nourriture céleste et le* Pain des anges, qui n’est vraiment autre que Toi-même, Pain vivant, qui est descendu du Ciel et donne la vie au monde Ps., LXXVII, 25 ; Joan., VI, 51, 52 ; Joan., VI, 33. .
IV
17 Voilà par quoi se manifeste Ton amour ! En quoi éclate Ta faveur ! Quelles grandes actions de grâce et quelles louanges Te sont dues pour cela !
18 O que Ton dessein était utile et salutaire quand Tu as institué ce sacrement ! Quel suave et agréable banquet, quand Tu T’es donné Toi-même en nourriture !
19 O Seigneur, combien est admirable ton opération ! Que Ta force est puissante ! Que Ta vérité est ineffable !
20 Car Tu as dit et tout a été fait Ps., CXLVIII, 5 ; Gen., I. et cela s’est fait comme Tu l’as ordonné.
V
21 Chose admirable et digne de foi et terrassant l’intelligence humaine, que Toi Seigneur mon Dieu, vrai Dieu et Homme, sois contenu tout entier sous les modestes espèces du pain et du vin et que – sans être détruit – Tu sois mangé par celui qui Te reçoit.
22 Toi, Seigneur de l’Univers, qui n’as besoin de personne, Tu as voulu habiter en nous II Mach., XIV, 35. , par ce sacrement conserve sans tache mon corps et mon cœur, afin que je sois capable plus souvent – avec la joie d’une conscience pure – de célébrer et de recevoir pour mon salut éternel Tes mystères, que Tu as décrétés et institués principalement pour Ton honneur et Ton éternelle mémoire.
VI
23 Réjouis-Toi mon âme et rends grâces à Dieu pour le si noble présent et la consolation si particulière qui t’a été laissée en souvenir dans cette vallée de larmes.
24 Car toutes les fois que tu célèbres ce mystère et reçois le Corps du Christ, tu réalises l’œuvre de ta rédemption et deviens participant à tous les mérites du Christ.
25 En effet la charité du Christ n’est jamais diminuée et la grandeur de Sa propitiation La «propitiation» c'est ce qui rend proche (propior : situé plus près) donc bienveillant, favorable. C'est l'intercession. n’est jamais épuisée.
26 C’est pourquoi tu dois te disposer toujours à ce sacrement par un renouvellement d’esprit et considérer d’une pensée attentive ce grand mystère de salut.
27 Il doit t’apparaître aussi grand, aussi nouveau et aussi agréable, quand tu célèbres ou entends la messe, que si ce jour-là le Christ descendait pour la première fois dans le sein de la Vierge, était fait homme, ou, suspendu à la croix, souffrait et mourait pour le salut des hommes.