CHAPITRE XVIII – Que l’homme ne soit pas un investigateur curieux du sacrement mais un humble

IMITATEUR DU CHRIST SOUMETTANT SON JUGEMENT A LA

FOI SACREE

I

1 *Voix de l’Aimé : Garde-toi d’une curieuse et inutile investigation de ce si profond Sacrement, si tu ne veux pas être englouti dans les profondeurs du doute.

2 Qui scrute la majesté sera écrasé par la gloire Prov., XXV, 27. .

3 Dieu peut opérer plus que l’homme ne peut comprendre.

4 Une pieuse et humble recherche de la vérité est tolérable, quand elle est toujours prête à être instruite et s’étudie à marcher selon les saines sentences des Pères.

II

5 Bienheureuse simplicité qui délaisse les voies épineuses des questions et chemine par le sentier plan et droit des commandements de Dieu Ps., CXVIII, 35. .

6 Beaucoup ont perdu la dévotion pour avoir voulu scruter de plus hauts Eccli., III, 22. (mystères).

7 La foi est exigée de toi, et une vie sincère, non une haute intelligence ni l’approfondissement des Mystères de Dieu.

8 Si tu ne comprends pas, ni ne saisis ce qui est au-dessous de toi, comment comprendrais-tu ce qui est au-dessus ?

9 Soumets-toi à Dieu, et humilie ta propre raison devant la foi, et il te donnera la lumière et la science, autant qu’il te sera utile et nécessaire.

III

10 Certains sont gravement tentés dans leur Foi et dans le Sacrement ; cela ne doit pas leur être imputé, mais plutôt à l’ennemi.

11 Ne te soucie pas, ne te dispute pas avec tes propres pensées, et ne réponds pas aux doutes que le diable glisse en toi.

12 Mais crois aux paroles de Dieu, crois à Ses saints et Ses prophètes, et l’ennemi pervers s’éloignera de toi II Paral., XX, 20 ; Jac., IV, 7. .

13 De telles (épreuves) à soutenir sont souvent profitables au serviteur de Dieu.

14 Les infidèles et les pécheurs, (l’ennemi) ne les tente pas, car il les possède déjà avec certitude, mais les dévots fidèles il les tente et tourmente, de toutes sortes de manières.

15 Marche donc avec une foi simple et ferme, et approche-toi du sacrement avec un respect suppliant.

16 Tout ce que tu ne peux comprendre, remets-le à Dieu tout puissant en toute sécurité.

17 Dieu ne te trompe pas ; celui qui croit trop en lui-même se trompe.

18 Dieu marche avec les simples La simplicité est le premier et le plus élevé des attributs entitatifs de Dieu, car le simple c'est ce qui n'est pas composé par des éléments multiples. La simplicité est donc la plus grande louange que l'on puisse faire à une âme, l'humilité, la petitesse, la pureté du cœur (puris mentibus) en sont comme des modalités. , se révèle aux humbles, donne l’intelligence aux petits Prov., II, 7 ; Prov., III, 32 ; Matth., XI, 25 ; Luc., X, 21 ; Ps., CXVIII, 130 ; Luc., XXIV, 45. , ouvre l’esprit aux cœurs purs et cache Sa grâce aux curieux et aux orgueilleux.

19 La raison humaine est débile et peut se tromper, mais la foi véritable ne peut se tromper.

20 Tout raisonnement et toute investigation naturelle doivent suivre la foi, non la précéder ni l’amoindrir.

21 Car la foi et l’amour l’emportent au maximum et opèrent ce très saint et très excellent sacrement, qui surpasse «superexcellentissime» : très excellent, qui surpasse tout. Nous retrouvons le vocabulaire rhénan. tout, d’une manière mystérieuse.

22 Dieu éternel, immense et d’une puissance infinie, fait dans le ciel et sur la terre de grandes et impénétrables choses ; il ne faut pas scruter les merveilles qu’Il opère Job, V, 9 ; Ps., CXXXIV, 6 ; Is., XL, 28 ; Eccli., XI, 4. .

23 Si les œuvres de Dieu étaient telles que la raison humaine puisse facilement les comprendre, elles ne pourraient être dites merveilleuses, non plus qu’ineffables.

Fin de la brûlante exhortation à la sacrée communion.

CONCLUSION En conclusion, cet opuscule troisième est très en avance sur son époque, on ne saurait trop le souligner. Il compense ainsi une “absence” ressentie par les âmes profondément contemplatives … celle de Marie … l’oraison même. On y parle sans cesse du Christ, parfois des Saints, mais l’indissoluble union entre Jésus et Marie – marque des Derniers Temps, donc des Églises de Philadelphie et de Laodicée – n’y paraît nullement esquissée. Ce n’est cependant point la faute de l’auteur, mais plutôt de ceux qui ont effectué le regroupement des opuscules de l’Imitation classique. Il aurait fallu, en effet, pour donner la pensée complète de Thomas a Kempis, ajouter aux quatre “Livres” classiques, les trois derniers chapitres de son Soliloque de l’âme, consacrés à la glorieuse Vierge Marie, qu’il appelle du beau nom de “Domina”, Souveraine ou Princesse traduit-on souvent. Reine, pourrions-nous chanter maintenant. Nous avons déjà cité l’admirable passage : “Quand je dis Ave Maria” (p. 114 note 119). Que nos lecteurs relisent les chap. XXIII à XXV du Soliloque, où est esquissé le saint esclavage à Jésus par Marie : “Voici que je m’offre entre tes mains (in manus tuas) et entre celles de ton Fils bien-aimé et toutes mes actions seront toujours pour votre service (in servitiam vestrum semper paratum)”.

OPUSCULE IV – LE LIVRE DE LA CONSOLATION INTERIEURE (fol. 62 à 120 de l’autographe) Voir note Le maître des novices recommence une troisième fois... (comme il l'avait amorcé dans le troisième chapitre de l'Op. I et le premier chapitre de l'Op. II) à nous parler du discours intérieur avec Dieu.