CHAPITRE XVI – Que nous devons nous ouvrir de nos necessites a jesus-Christ et lui demander sa grace
Voir note Le mot necessitas ici, signifie plus que «besoin», il garde son sens original de «fatalité» qu'il n'est plus possible d'employer en chrétienté. Il faut entendre ici un besoin absolu, de nature, une nécessité vitale : le «Sitio», la soif de Dieu (cf. Op. III, chap. XI, vers. 20 et seq.).
I
1 Voix du Disciple : O très doux et très aimant Seigneur que je désire présentement recevoir avec dévotion, Tu connais ma faiblesse et la nécessité que j’éprouve, en quels maux et vices je croupis, combien souvent je suis peiné, tenté, troublé et souillé.
2 Je viens à Toi pour y remédier ; je T’implore pour être consolé et soulagé.
3 Je parle à Celui qui sait Joan., XVIII, 4. tout, à qui tout mon intérieur est connu et qui peut seul me consoler et m’aider parfaitement.
4 Tu sais de quels biens je manque avant tout et combien je suis pauvre en vertus.
II
5 Me voici devant Toi, pauvre et nu, demandant Ta grâce et implorant Ta miséricorde.
6 Réconforte Ton mendiant affamé, réchauffe ma froideur au feu de Ton amour, illumine ma nuit Cæcitatem : nous traduisons par «nuit» plutôt que par «cécité». de la clarté de Ta présence.
7 Convertis, pour moi, en amertume tout ce qui est terrestre ; tout ce qui est lourd et contrariant en patience ; tout ce qui est créé ici-bas en mépris et en oubli.
8 Élève mon cœur vers Toi dans le ciel et ne permets pas que je m’égare sur la terre.
9 Toi seul me rends doux, dès aujourd’hui et dans tous les siècles, parce que Toi seul es ma nourriture et mon breuvage, mon amour et ma joie, ma douceur et tout mon bien.
III
10 Puisses-Tu m’embraser tout entier par Ta présence, me consumer et me transformer en Toi, afin que je ne fasse avec Toi qu’un seul esprit I Cor., VI, 17. , par la grâce de l’union intérieure et la liquéfaction de l’amour ardent Nous retrouvons le vocabulaire de Tauler et Ruysbroeck. Jean de la Croix utilisera lui, «un seul esprit avec Dieu» dans des chapitres majeurs de la Montée du Carmel, le chap. II du livre III où il donne la clef du grand oubli de la mémoire, des suspensions de l'imagination, sens interne. Il s'y élève jusqu'à «l'habitude d'union» qui est l'union transformante où «tous les premiers mouvements des puissances de ces âmes sont divins et il n'y a point sujet de s'étonner... puisqu'elles sont transformées en un être divin» (cf. notre Introduction, p. 93 et seq.). .
11 Ne souffre pas que je Te quitte à jeun et altéré, mais opère en moi miséricordieusement, comme Tu as souvent et admirablement opéré en Tes saints.
12 Quoi d’étonnant si, tout embrasé par Toi, je défaille en moi-même, puisque Tu es un feu toujours ardent et qui ne fait jamais défaut Levit., VI, 12, 13. , un amour purifiant les cœurs et illuminant l’intelligence.