CHAPITRE XV – Que la grace de devotion s’acquiert par l’humilite et le renoncement a soi-meme

I

1 *Voix de l’Aimé : Il te faut chercher instamment la grâce de la dévotion, la demander avec grand désir, l’attendre avec patience et confiance, la recevoir avec gratitude, la conserver avec humilité, t’appliquer à coopérer avec elle et, jusqu’à ce que vienne la Visitation surnaturelle, t’en remettre à Dieu pour le terme et le mode.

2 Tu dois principalement t’humilier lorsque tu ne sens que peu ou pas du tout de dévotion en ton cœur, mais sans trop t’abattre ni t’attrister exagérément.

3 Souvent Dieu donne en un court moment ce qu’Il a longtemps refusé.

4 Quelquefois Il donne à la fin de la prière ce qu’Il a différé de donner au début Le vénérable de la Puente, qui vécut les vingt dernières années de sa vie dans une extase quasi continuelle, rappelait que l'oraison doit durer au moins une heure, et plutôt deux, afin que notre persévérance nous fasse accorder à la fin le sommeil spirituel. .

II

5 Si la grâce était toujours accordée aussitôt et se présentait selon nos vœux, l’homme infirme De quelle infirmité s'agit-il ? Celle du corps... peut-être, dans certains états où la violence de l'amour est telle que le corps défaille et gémit, mais surtout infirmité spirituelle de l'homme qui – dans ce cas – se sentant tellement au-dessus de la condition humaine, perdrait le contact avec ses prochains qu'il doit entraider pour la montée du Carmel. ne pourrait la bien supporter.

6 C’est pourquoi l’on doit attendre la grâce de dévotion en bonne espérance et humble patience Là encore, l'auteur semble ignorer totalement le mécanisme des Nuits, la montée «en dents de scie», par alternance de grâces et de nuits, qui n'a souvent rien à voir avec les péchés, ni même avec les imperfections conscientes. Cette alternance semble vouloir s'adapter aux nécessités biologiques et .

7 Cependant, n’impute qu’à toi-même et à tes péchés, si elle ne t’est pas donnée ou même t’est mystérieusement soustraite.

8 C’est parfois peu de chose qui empêche et cache la grâce, si cependant l’on doit appeler petit et non grand ce qui empêche un si grand bien.

9 Et si tu évites ce grand ou petit (obstacle) et le vaincs parfaitement, tu auras ce que tu as demandé.

III

10 Car aussitôt que tu te seras abandonné à Dieu, de tout ton cœur, et que tu n’auras point recherché ni ceci, ni cela, pour ton caprice ou ton vouloir, mais que tu te seras entièrement confié à Lui, tu te trouveras unifié et apaisé, parce que rien ne te sera aussi doux et agréable que le bon plaisir de la divine volonté.

11 Ainsi quiconque élèvera d’un cœur simple son intention haut vers Dieu, se videra de tout amour désordonné comme de toute aversion Cf. les notes 403 et 764 de l'Op. II, chapitre IV et de l'Op. IV, chap. XXXIII. «Vide de tout amour comme de toute aversion», c'est-à-dire arrivé à la sainte indifférence. Pour cela il faut que cette intention ne soit pas virtuelle, c'est-à-dire posée une fois pour toutes, le matin à la communion par exemple, mais actuelle, c'est-à-dire répétée sans cesse par la prière perpétuelle. envers n’importe quelle chose créée, sera très apte à recevoir la grâce, et digne du don de la dévotion.

12 Car le Seigneur répand sa bénédiction là où Il a trouvé des vases vides IV Reg., IV, 3. .

13 Et plus on renonce parfaitement aux choses d’ici-bas, plus on meurt à soi-même par le mépris de soi, plus la grâce vient vite, pénètre abondamment et élève plus haut le cœur libéré.

IV

14 Alors (l’homme) verra, abondera (en grâce) et il admirera, et son cœur se dilatera en lui-même parce que la main du Seigneur est avec lui Is., LX, 5 ; Luc., I, 66 ; Ez., III, 14. et qu’il s’est mis totalement en Ses mains jusqu’à la fin des siècles.

15 Ainsi sera béni l’homme qui cherche Dieu de tout son cœur et ne reçoit pas son âme en vain Saint Augustin explique comment il faut entendre cette phrase du Ps. XXIII, 4. «Celui-là n'a point reçu son âme en vain qui ne la consacre pas aux choses non permanentes mais qui, la sentant immortelle, désire l'éternité, stable et sans changement.» Autrement dit c'est celui qui, connaissant la structure humaine, ne l'utilise pas seulement aux niveaux inférieurs, mais se dispose, le plus souvent qu'il le peut, à s'élever aux niveaux 7 et 8 (cf. Tableau 1 de la Structure de l'Homme). ! Ps., CXXVII, 4 ; Ps., CXVIII, 2 ; Ps., XXIII, 4. [341]

16 Celui-là, en recevant l’Eucharistie sacrée, mérite la grande grâce de l’union divine parce qu’il a en vue non sa propre dévotion et consolation mais par-dessus tout la dévotion et la consolation pour la gloire et l’honneur de Dieu Nous sommes en pleine confusion entre l'union sacramentelle opérée par l'Eucharistie ex opere operato, c.-à-d. de par le sacrement lui-même, et l'union mystique qui est une grâce particulière soufflant comme l'Esprit, quand Il veut. .