CHAPITRE XIV – De l’ardent desir de quelques devots pour le corps du Christ
I
1 Voix du Disciple : O qu’elle est grande, Seigneur, l’abondance de Ta douceur que Tu réserves à ceux qui Te craignent.
2 Quand je me rappelle certains dévots s’approchant de Ton Sacrement, Seigneur, avec une si grande dévotion et affection, alors, bien souvent, je suis confondu en moi-même et je rougis d’accéder avec tant de tiédeur et de froideur à Ton autel et à la table de la sainte Communion ; de rester si aride et sans élan du cœur ; de n’être pas totalement embrasé en Ta présence, mon Dieu, ni violemment attiré et ému comme le furent tant de dévots qui, dans leur extrême désir de communier et dans l’amour sensible de leur cœur, ne purent se retenir de pleurer ; mais ils aspiraient à Toi, mon Dieu, source vive, jusqu’en la moelle de leurs os, à la fois par la bouche du cœur et celle du corps, ne pouvant tempérer ni rassasier leur soif autrement qu’en recevant Ton corps, en toute allégresse et avidité spirituelle.
II
3 O que leur foi était vraiment ardente ; fournissant un argument valable de Ta présence sacrée !
4 Car ceux dont le cœur en eux brûle si ardemment pour Jésus marchant avec eux, reconnaissent vraiment leur Seigneur à la fraction du pain.
5 De tels désirs et dévotions, un amour et une ardeur si véhéments, sont souvent loin de moi.
6 Sois-moi propice Luc., XVIII, 13. , Jésus, bon, doux et secourable C'est une demande de débutant qui a besoin d'arrhes sensibles pour renforcer sa foi, son espérance, sa charité. Bien au contraire, ces vertus théologales s'éprouvent, se trempent dans la Nuit, comme l'acier rougi au feu, dans l'eau. .
7 Accorde à Ton pauvre mendiant de ressentir en Ta communion sacrée – au moins par intervalle – un peu de ce désir du cœur pour Ton amour, afin que ma foi s’affermisse davantage, que mon espérance progresse en Ta bonté, et que ma charité, une fois parfaitement allumée et ayant expérimenté ta céleste manne, ne défaille jamais.
III
8 Car Ta miséricorde est puissante pour me procurer encore la grâce que je désire, pour me visiter, en esprit de ferveur II Cor., IX, 8. , avec une très grande clémence, quand viendront les jours de Ton bon plaisir.
9 C’est pourquoi, bien que je ne brûle pas d’un aussi grand désir que ces dévots si spirituels, j’ai cependant par Ta grâce le désir de ce désir enflammé : je prie et je désire devenir participant de tous ces si fervents aimés de Toi et d’être compté dans leur sainte société Toutes ces demandes, tous ces désirs de grâces sensibles, donc extraordinaires de droit, peuvent dévier le lecteur, le conduire au désespoir ou au scrupule, s'il ne reçoit pas ce qui n'est pas dans la voie ordinaire. Ce chapitre peut porter à illusion. Il est heureux que sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus ait rappelé à plus de simplicité, d'humilité et de réalisme. .