CHAPITRE XIII – Que l’ame devote doit aspirer de tout cœur a l’union avec le Christ dans le sacrement
I
1 Voix du Disciple : Qui me donnera, Seigneur, de Te rencontrer, Toi seul, et de T’ouvrir tout mon cœur et de jouir de Toi, comme mon âme le désire, et que désormais personne ne me méprise et qu’aucune créature ne m’émeuve ou n’attire mes regards, mais Toi seul parle-moi et moi seul à Toi, comme la bien-aimée Les réminiscences du Cantique des Cantiques nous conduisent à traduire : dilectus ad dilectum, la bien-aimée au bien-aimé, parce que le disciple est l'épouse. a coutume de parler à son bien-aimé à un repas, et l’amie Cant., VIII, 1 ; Exod., XXXIII, 11. à son ami.
2 C’est ma prière ; c’est mon désir de T’être entièrement uni et de retirer mon cœur de toutes les choses créées et d’apprendre par la Communion sacrée et la célébration fréquente (de la messe) à goûter davantage le céleste et l’éternel.
3 Ah ! Seigneur mon Dieu, quand serai-je totalement uni à Toi, absorbé en Toi, en un total oubli de moi ?
4 Toi en moi et moi en Toi, accorde-moi que nous demeurions ainsi deux en un.
II
5 Tu es vraiment mon bien-aimé, élu entre mille, en qui il a plu à mon âme Cant., V, 10 ; Matth., XII, 18. d’habiter tous les jours de sa vie.
6 Tu es vraiment mon (roi) pacifique* Gen., XLIX, 10. en qui gît la paix suprême et le vrai repos, hors de qui il n’y a que peine et douleur et misère infinie.
7 Tu es vraiment le Dieu caché Là encore, comparer la simple citation du «Tu es vraiment un Dieu caché» faite en passant par l'auteur, avec le vaste développement, par Jean de la Croix, du sens mystique de ces mots, qui commande toute la première strophe du Cántico espiritual. ; Ton conseil n’est point avec les impies, mais Ton entretien avec les humbles et les simples Is., XLV, 15 ; Prov., III, 32. .
8 O combien est doux Ton esprit, Seigneur qui, pour démontrer Ta tendresse envers Tes fils, daigne les restaurer d’un pain très doux qui descend du ciel ! Sap., XII, 1 ; Sap., XVI, 21 ; Joan., VI, 50.
9 En vérité, il n’est pas de nation, si grande soit-elle, qui possède des dieux aussi proches d’elle, comme Toi notre Dieu, présent à tous les fidèles Deut., IV, 7. et à qui, pour les consoler chaque jour et élever leur cœur vers le ciel, Tu T’accordes en nourriture et en jouissance.
III
10 En effet, quelle autre nation est aussi célèbre Deut., IV, 8. que le peuple chrétien ? Ou quelle créature, sous le ciel, est aussi aimée que l’âme dévote en qui Dieu descend pour la repaître de Sa chair glorieuse ?
11 O grâce ineffable ! O faveur admirable ! O amour immense ! accordés à l’homme par un privilège singulier.
12 Mais que rendrai-je au Seigneur Ps., CXV, 12. pour cette grâce, pour cette charité si privilégiée ?
13 Je ne puis rien donner de plus agréable qu’accorder totalement mon cœur à Dieu et le Lui unir étroitement.
14 Alors toutes mes entrailles exulteront quand mon âme sera parfaitement unie à Dieu.
15 Alors il me dira : “Si tu veux être avec Moi, je veux être avec toi !”
16 Et moi je Lui répondrai : “Daigne Seigneur demeurer avec moi, je veux de tout cœur être avec Toi.”
17 “C’est tout mon désir que mon cœur Te soit uni.”