CHAPITRE XII – Qu’il faut se preparer avec grand soin a la communion avec le Christ
1 *Voix de l’Aimé : Je suis l’ami de la pureté et je donne toute sainteté.
2 Je cherche le cœur pur et là est le lieu de Mon repos Act., VII, 49. .
3 Prépare-Moi un grand cénacle meublé stratum : ce qui a été étendu, est traduit généralement par meublé. Il s'agit des sièges sur lesquels on peut s'étendre, des lits de repos auxquels on s'accoudait pour manger. et je ferai chez toi la Pâque avec Mes disciples* Marc., XIV, 14, 15 ; Luc., XXII, 11, 12. .
4 Si tu veux que je vienne vers toi et que je demeure chez toi, purifie-toi du vieux levain I Cor., V, 7. et nettoie la maison de ton cœur.
5 Exclus tout le siècle et toute l’agitation des vices.
6 Tiens-toi comme le passereau solitaire sur le toit «sede tanquam passer solitarius in tecto et cogita excessus tuos in amaritudine animnæ tuae.» Ce verset est vraiment caractéristique de l'éclectisme de l'auteur. L'expression de David : «Être comme le passereau solitaire sur le toit», signifie selon saint Jean de la Croix, précisément, l'extase de ténèbre (cf. Op. II, chap. IV, note 404 du vers. 1) lorsque l'èmeut intellectus est surélevé au 8 niveau (cf. Tableau 1 de la Structure de l'Homme). Dans cet état, justement, il n'est point possible de «cogitare» c'est-à-dire «méditer», œuvre de l'ut ratio. Et que vient faire cet «excessus» que les traducteurs expriment généralement par «égarement», «écart», «dérèglement»... ! alors qu'il évoque en un sens technique : l'extase. Que vient faire d'ailleurs tout ce verset, à cette place ? Ne serait-il pas mieux dans un chapitre sur les nuits, lorsque l'âme, dans l'amertume, pense à cet «excessus» passé, alors qu'elle était «comme le passereau solitaire au toit» ? et médite sur tes excès dans l’amertume de ton âme* Ps., CI, 8. .
7 Car tout ami prépare à son bien-aimé, dont il est aimé, le séjour le meilleur et le plus beau, car en cela se reconnaît l’affection de celui qui reçoit son bien-aimé.
II
8 Sache cependant que tu ne peux satisfaire à cette préparation par le mérite de ta propre action, même si tu te préparais pendant une année entière, sans avoir rien d’autre dans l’esprit.
9 Mais c’est par Ma seule miséricorde et Ma grâce qu’il te sera permis d’approcher de Ma table, comme un mendiant invité au banquet* d’un riche et qui n’a rien pour répondre Luc., XIV, 12, 13, 14. à ce bienfait, rien d’autre que de s’humilier et remercier.
10 Fais ce qui dépend de toi, fais-le avec zèle, non par habitude ni par nécessité, mais avec crainte et révérence et affection, reçois le corps bien aimé du Seigneur ton Dieu, qui daigne venir à toi.
11 C’est Moi qui t’ai appelé, c’est Moi qui ai ordonné de le faire ; c’est Moi qui suppléerai à ce qui te manque : viens et reçois-Moi.
III
12 Lorsque je t’accorde la grâce de la dévotion, remercie gratias age : nous traduisons : remercie, pour éviter l'équivoque avec la grâce de dévotion précédente. ton Dieu, non parce que tu en es digne, mais parce que J’ai eu miséricorde de toi Matth., XVIII, 33. .
13 Si tu ne l’as pas, mais te sens plus aride au contraire, persévère dans la prière, gémis et frappe ; ne cesse pas jusqu’à ce que tu mérites de recevoir une miette ou une goutte de cette grâce consolante gratiae salutaris. Il semble que nous ne puissions pas traduire ici salutaris par salutaire, il ne s'agit que d'une grâce de consolation ressentie ; la grâce sanctifiante et salutaire, stricto sensu, est indépendante de son rejaillissement corporel. .
14 Tu as besoin de Moi ; Moi Je n’ai pas besoin de toi II Mach., XIV, 35. .
15 Ce n’est pas toi qui viens Me sanctifier, mais Moi Je viens te sanctifier et te rendre meilleur.
16 Tu viens pour être sanctifié par Moi et M’être uni, afin de recevoir une grâce nouvelle et d’être à nouveau enflammé pour ton perfectionnement.
17 Garde-toi de négliger cette grâce ; prépare toujours ton cœur I Tim., IV, 14 ; I Reg., VII, 3. avec tous tes soins et introduis en toi ton Bien-Aimé.
IV
18 Cependant il ne faut pas seulement te préparer à la dévotion avant la Communion, mais encore t’y maintenir avec grand soin après La communion avec le corps du Christ doit être en effet, un point de rechargement pour la continuité dans l'oraison. A vrai dire, l'action de grâces ne doit pas être un exercice limité après, mais doit s'étendre jusqu'à la prochaine communion. La vie d'un chrétien doit être une prière perpétuelle scandée, renforcée par la réception du Sacrement. C'est pour l'avoir oublié que trop de chrétiens ou de communautés actuelles, malgré la communion quotidienne, ne semblent point progresser dans l'union, ni avec le Christ ni avec l'Église. la réception du Sacrement.
19 Il n’est pas exigé moins de vigilance après Cf. note précédente. que de dévotion préparatoire avant.
20 Car la bonne garde d’après est la meilleure préparation pour obtenir une plus grande grâce.
21 I se mettrait, en effet, en de bien mauvaises dispositions celui qui se répandrait aussitôt dans les consolations extérieures.
22 Garde-toi de trop de paroles Prov., X, 19. Cave a multiloquio : garde-toi de trop de paroles est équivoque... S'agit-il de ne pas parler aux autres... ou de cesser son soliloque intérieur pour se contenter de jouir : fruere comme il convient... L'auteur ne semble guère avoir compris que même le discours avec Dieu doit se calmer après la communion. L'action de grâce doit être une contemplation ayant pour fin la charité et non un discours. ; demeure dans le secret et jouis de ton Dieu.
23 Car toi tu possèdes Celui que le monde entier ne peut t’enlever.
24 C’est à Moi que tu dois te donner tout entier, au point que ce ne soit plus en toi mais en Moi désormais que tu vives, dégagé de toute sollicitude.