CHAPITRE XI – Que le corps du Christ et la sainte ecriture sont grandement necessaires a l’ame fidele
Voir note Le sujet de ce chapitre (qui ne commence à être traité qu'au verset 19) est de beaucoup dépassé par le titre, comme on le verra.
I
1 Voix du Disciple : O, très doux Seigneur Jésus, quelle douceur pour l’âme dévote d’être convive à Ton banquet, où ne lui est point proposée d’autre nourriture à manger que Toi, son unique Bien-Aimé, désirable par-dessus tous les désirs de son cœur !
2 A moi aussi il serait doux, en Ta présence, de fondre en larmes jaillissant d’un profond amour et, avec la compatissante Madeleine, d’arroser Tes pieds de ces larmes Luc., VII, 37, 38. .
3 Mais où est cette dévotion ? Où est l’abondante effusion de saintes larmes ?
4 Certes, en Ta présence et celle de Tes saints Anges, tout mon cœur devrait brûler et pleurer de joie Apoc., XIV, 10 ; Tob., XI, 11. ,
5 Car je T’ai vraiment présent dans le Sacrement bien que caché sous une apparence étrangère.
II
6 Te regarder, en effet, dans Ta propre et divine Lumière, mes yeux ne pourraient le supporter, et le monde entier même ne subsisterait point devant l’éclat glorieux de Ta majesté.
7 C’est donc par égard pour ma faiblesse que Tu Te caches sous ce Sacrement.
8 Je possède vraiment et j’adore Celui que les Anges adorent dans le ciel. Hebr., I, 6.
9 Mais, pour l’instant, je ne Le vois encore que par la foi, tandis qu’eux Le voient dans son essence II Cor., V, 7. in specie ici, est traduit : dans son essence, alors que per speciem se traduit généralement par vision. et sans voile.
10 Il faut me contenter d’être dans la lumière de la vraie foi et d’y marcher jusqu’à ce que se lève le jour de l’éternelle clarté, et que les ombres des figures se dissipent Cant., II, 17 et IV, 6. .
11 Mais quand viendra ce qui est parfait I Cor., XIII, 10. , l’usage des Sacrements cessera, parce que, dans la gloire céleste, les bienheureux n’ont pas besoin du remède des Sacrements a Dans la Somme, I, q. 12, saint Thomas montre que les bienheureux voient l'essence de Dieu, qui ne peut être vue ni par le sens, ni par l'imagination, donc corporellement, mais par le seul intellect ut intellectus. Ceci a lieu d'ailleurs grâce à un accroissement de force intellectuelle dû à ce qu'on appelle la «lumière de gloire» qui établit l'intellect humain dans une sorte d'état déiforme. .
12 Ils se réjouissent, en effet, sans fin en la Présence du Dieu, regardant face à face Sa gloire et transformés de lumière en lumière Ce verset est inspiré des expressions pauliniennes dans les Épîtres aux Corinthiens. Transformé «de claritate in claritatem» exprime la surélévation de la lumière de l'intellect par la lumière de gloire (Cf. note 632). jusqu’à la Déité sans limite ; ils goûtent le Verbe de Dieu fait chair, tel qu’il était dès le commencement et demeure dans l’Éternité I Cor., XIII, 12 ; Joan., I, 14 ; I Joan, I, 1 ; I Petr., I, 25. .
III
13 Quand je me souviens de ces merveilles, n’importe quoi me cause un pesant ennui, même la consolation spirituelle ; car aussi longtemps que je ne vois pas mon Seigneur, à découvert dans Sa gloire, je compte pour rien tout ce que je vois ou entends dans le monde.
14 Tu m*‘es témoin* Rom.. I, 9. , mon Dieu, que nulle chose ne peut me consoler, nulle créature me donner le repos, sinon Toi mon Dieu, que je désire éternellement contempler.
15 Mais cela n’est pas possible moi vivant cette vie mortelle ; c’est pourquoi il faut que je m’établisse dans une grande patience et que je m’en remette à Toi en tous mes désirs.
16 Car Tes saints, qui exultent dans le Royaume des Cieux, lorsqu’ils vivaient, attendaient l’avènement de Ta gloire dans la foi et une grande patience Hebr., VI, 12 ; Tit., II, 13. .
17 Ce qu’ils ont cru, je le crois ; ce qu’ils ont espéré, je l’espère ; où ils sont parvenus, j’ai confiance d’y arriver par Ta grâce.
18 En attendant, je marche dans la foi II Cor., V, 7. , fortifié par les exemples des saints.
19 J’aurai aussi les Livres Saints pour consolation I Mach., XII, 9. et miroir de vie et, par-dessus tous ceux-ci, Ton très saint corps pour remède et refuge unique.
III
20 Deux choses en effet me sont extrêmement nécessaires en cette vie, sans lesquelles cette misérable vie me serait insupportable.
21 Enfermé dans la prison de ce corps j’ai besoin, moi, de deux choses, à savoir de nourriture et de lumière.
22 Aussi as-Tu donné à mon infirmité Ton corps sacré pour la réfection de mon âme et de mon corps «Bien que le corps ne soit pas immédiatement sujet de la grâce, les effets de la grâce rejaillissent cependant sur le corps car, dans la vie présente, nos membres sont »des armes de la justice de Dieu« (aRom. VI, 13) et dans la vie future, nos corps partageront la gloire de l'âme et son incorruptibilité» (III, q. , et placé Ta parole comme lampe pour éclairer mes pas Ps., CXVIII, 105. .
23 Sans ces deux choses je ne pourrais vivre bien. «Bien que le corps ne soit pas immédiatement sujet de la grâce, les effets de la grâce rejaillissent cependant sur le corps car, dans la vie présente, nos membres sont »des armes de la justice de Dieu« (aRom. VI, 13) et dans la vie future, nos corps partageront la gloire de l'âme et son incorruptibilité» (III, q. a Rom . VI, 13) et dans la vie future, nos corps partageront la gloire de l’âme et son incorruptibilité” ( III
24 Car la parole de Dieu est la lumière de mon âme et Ton sacrement mon pain de vie Prov., VI, 23 ; Joan., VI, 48. .
25 Ceux-ci peuvent aussi être appelés les deux Tables, placées en deçà et au-delà du trésor de la sainte Église Ez., XL, 39 ; Ez., XLIV, 19. .
26 L’une des tables est l’autel sacré portant le pain sacré I Reg., XXI, 4. , c’est-à-dire le précieux corps du Christ Ces versets se rapportent aux dispositions du temple de Jérusalem selon la vision d'Ézéchiel (XL et la suite). Le Saint des Saints – où seul le grand prêtre entrait une fois l'an le jour de l'expiation solennelle – était séparé du Saint par un voile. Ce voile se déchira de haut en bas à l'heure de la mort du Christ ; le chrétien peut désormais entrer jusqu'au-dedans du Saint des Saints. Selon saint Paul c'est l'espérance qui permet d'aller jusqu'au-delà du voile de la foi. .
27 L’autre est la loi divine, contenant la doctrine sacrée, enseignant la foi droite et conduisant sûrement jusqu’à l’intérieur du voile où est le Saint des Saints Hebr., VI, 19 ; Hebr., IX, 3. .
IV
28 Grâces Te soient rendues, Seigneur Jésus, Lumière de la Lumière éternelle, pour la table de la doctrine sacrée que Tu nous as préparée par le ministère de Tes serviteurs, les prophètes, apôtres et autres docteurs Sap., VII, 26 ; Eph., IV, 11, 12. .
29 Grâces Te soient rendues, Créateur et Rédempteur des hommes qui, pour manifester au monde entier Ta charité, as préparé un grand repas dans lequel ce n’est plus l’Agneau préfiguratif a-aeAgnum typicum. C'est l'agneau pascal préfiguratif de l'immolation du Sauveur (Cf. III, q. 111, 5 corpus). , mais Ton très saint corps et sang que Tu as préparé en nourriture, réjouissant tous Tes fidèles par ce festin sacré et les enivrant du Calice du Salut Luc., XIV, 16 ; Ps., CXV, 13 ; Ps., XXII, 5. dans lequel sont toutes les délices du Paradis que les saints anges partagent avec nous, mais avec une plus heureuse suavité.
VI
30 O ! Combien grande et honorable est la fonction des prêtres à qui il a été donné de consacrer par les paroles sacrées le Seigneur de Majesté Ps., XXVIII, 3. , de Le Ps., XXVIII, 3. bénir de leurs lèvres, de Le tenir entre leurs mains, de Le recevoir dans leur propre bouche et de L’administrer aux autres !
31 O ! Combien nettes doivent être ces mains-là, combien pure cette bouche, combien saint le corps, combien immaculé sera le cœur du prêtre en qui descend si souvent l’Auteur de la pureté.
VII
32 De la bouche du prêtre, qui reçoit si souvent le Sacrement du Christ, il ne doit rien sortir que de saint, rien que d’honnête et d’utile.
33 Simples et pudiques, ses yeux qui contemplent habituellement le Corps du Christ.
34 Pures et élevées vers le ciel, ses mains I Tim., II, 8. qui touchent habituellement le Créateur du ciel et de la terre.
35 Dans la loi, il a été particulièrement dit aux prêtres : “Soyez saints, parce que je suis saint, Moi, le Seigneur, votre Dieu.” Levit., XIX, 2 ; XI, 44 ; XX, 26 ; I Petr., I, 16.
VIII
36 Que Ta grâce nous assiste, Dieu tout-puissant, afin que nous, qui avons reçu le ministère sacerdotal, nous puissions Te servir dignement et dévotement, en toute pureté et avec une bonne conscience I Tim., I, 5. .
37 Et si nous ne pouvons nous comporter en une aussi grande innocence de vie que nous le devrions, accorde-nous du moins de pleurer convenablement les maux que nous avons commis afin que, en esprit d’humilité et propos de volonté bonne, nous puissions Te servir désormais avec plus de ferveur.