CHAPITRE X – Que la sainte communion ne doit pas etre abandonnee avec facilite
I
1 *Voix de l’Aimé : Il faut recourir fréquemment à la source de grâce et de divine miséricorde, à la source de bonté et de toute pureté, afin que tu puisses être guéri de tes passions et de tes vices, que tu mérites de devenir plus fort et plus vigilant contre toutes les tentations et artifices du diable.
2 L’ennemi, sachant quel fruit et quel très puissant remède se trouvent dans la sainte Communion, s’efforce de toute manière et en toute occasion d’en détourner et d’en empêcher, autant qu’il le peut, les fidèles et dévots.
II
3 C’est en effet, au moment même où certains se disposent à la sainte Communion qu’ils souffrent les pires suggestions de Satan Ps., LXXVII, 49. .
4 L’esprit malin lui-même (ainsi qu’il est écrit dans Job) vient parmi les fils de Dieu I Reg., XVI, 14 ; Job., I, 6 ; Job., II, 1. pour les troubler avec sa perversité habituelle, ou bien les rendre trop timides et scrupuleux, afin de diminuer leur désir et de détruire leur foi par ses attaques, comptant sur sa chance pour qu’ils abandonnent toute Communion ou s’en approchent avec tiédeur.
5 Il faut n’avoir cure de ses artifices ni de ses fantaisies, si honteux et si horribles soient-ils, mais lui rejeter à la tête ses phantasmes Ne point se préoccuper des phantasmes, des imaginations suscitées par le démon et continuer impertubablement sa prière perpétuelle est valable. Mais il ne faut point se moquer du démon, comme le rappelle l'épître de saint Jude. Ce n'est ni prudent ni charitable, car nul ne tombe sans la permission de Dieu : «L'archange Michel lui-même, lorsqu'il contestait avec le diable et lui disputait le corps de Moïse, n'osa pas porter contre lui une sentence d'exécution, mais il se contenta de dire : »Que le Seigneur te punisse." (I, 9) .
6 Il faut mépriser ce misérable et s’en moquer Cf. note précédente. ; on ne doit pas, à cause de ses attaques et des émotions qu’il suscite en nous, omettre la sainte Communion.
III
7 Souvent aussi on est empêché par un trop grand souci d’avoir de la dévotion Le souci d'avoir de la dévotion sensible vient d'une présomption subtile, celle de se croire capable de régler soi-même sa sensibilité dans ses rapports avec Dieu alors que seule la Volonté nue, très nue, est en notre pouvoir. Les scrupules peuvent déceler une autre forme d'orgueil : souci d'une perfection que nous serions capables d'atteindre par notre propre jugement alors que la perfection n'est atteinte que par l'abandon à la Miséricorde divine. L'attitude de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus est pleine d'enseignement à cet égard. (sensible) et par quelque inquiétude concernant la confession à faire.
8 Agis selon le conseil des sages et dépose l’anxiété et le scrupule qui font obstacle à la grâce de Dieu et détruisent la dévotion de l’esprit Cf. note précédente. .
9 A cause de quelque petit trouble ou peine, ne rejette pas la sainte Communion, mais va vite te confesser et pardonne volontiers aux autres toutes leurs offenses.
10 Mais si tu as offensé quelqu’un, demande humblement pardon et Dieu te pardonnera volontiers.
IV
11 Que te sert de tarder longtemps à te confesser ou de différer la sainte Communion ?
12 Purifie-toi le plus tôt possible ; rejette rapidement le poison ; hâte-toi de recevoir ce remède et tu t’en trouveras mieux que d’avoir longtemps différé.
13 Si aujourd’hui tu te dérobes pour ce motif, demain peut-être un plus important se présentera, et ainsi tu pourrais être longtemps empêché de communier et devenir encore moins apte à le faire.
14 Aussi, dès que tu le peux, débarrasse-toi de ta lourdeur et de ton inertie présentes, car on ne gagne rien à être longtemps dans l’anxiété, à rester longtemps dans le trouble et, pour des obstacles quotidiens, à s’éloigner des divins (mystères) ; bien plus il est grandement nuisible de retarder longtemps la Communion, car cela conduit habituellement à une lourde torpeur.
15 O douleur ! Certains sont tièdes et relâchés au point qu’ils accueillent volontiers les retards à se confesser, et désirent différer la sainte Communion de peur d’être tenus à une plus grande vigilance sur eux-mêmes.
V
16 Hélas ! Qu’ils ont petite charité et faible dévotion ceux qui remettent si facilement à plus tard la sainte Communion.
17 Qu’il est heureux et agréable à Dieu, celui qui vit et se garde en telle pureté de conscience qu’il serait prêt et bien désireux de communier, même chaque jour, s’il lui était permis et s’il le pouvait sans se faire remarquer L'auteur parle à une époque où certains écartaient les amis de Dieu de la Communion, comme on paraît les écarter actuellement de l'oraison. .
18 Si quelqu’un s’abstient parfois par humilité ou par un légitime empêchement, il faut le louer de son respect.
19 Mais si la torpeur l’a envahi, il doit s’exciter lui-même et faire ce qui est en son pouvoir et le Seigneur aidera son désir à cause de sa bonne volonté qu’Il estime particulièrement.
VI
20 Lorsque vraiment il est légitimement empêché qu’il garde toujours une louable volonté et pieuse intention de communier, et ainsi il ne sera pas privé du fruit du Sacrement.
21 Tout dévot peut, en effet, tous les jours et à toute heure, s’approcher salutairement et sans empêchement de la communion spirituelle avec le Christ. Néanmoins à certains jours et aux temps marqués, il doit recevoir sacramentellement, avec un respect mêlé d’amour, le corps de son Rédempteur, prétendant plus louer et honorer Dieu que chercher sa propre consolation.
22 Car il communie mystiquement et il est invisiblement réparé toutes les fois qu’il évoque dévotement le mystère de l’Incarnation et de la Passion du Christ et qu’il s’enflamme à son Amour.
VII
23 Celui qui ne se prépare pas, autrement qu’à l’approche d’une fête ou poussé par l’habitude, sera le plus souvent mal préparé.
24 Bienheureux celui qui s’offre en holocauste au Seigneur toutes les fois qu’il célèbre ou communie.
25 Ne sois, en célébrant, ni trop long ni trop précipité, mais conserve pour ceux avec qui tu vis la bonne commune mesure.
26 Tu ne dois pas causer aux autres de gêne et d’ennui, mais garder la voie commune conformément à l’instruction des ancêtres et avoir plutôt égard à l’utilité des autres qu’à ta propre dévotion ou à ton propre désir.