CHAPITRE I – Avec quel respect on doit recevoir le Christ

I

1 Voix du Disciple : Ce sont bien là Tes paroles Christ, Vérité éternelle, bien qu’elles n’aient point été prononcées au même moment, ni écrites au même endroit.

2 Puisque donc ce sont bien Tes vraies paroles je dois, moi, avec reconnaissance et fidélité, les accepter en totalité.

3 Elles sont Tiennes et Tu les a prononcées ; elles sont miennes aussi puisque Tu les a édictées pour mon salut.

4 Je les reçois volontiers de Ta bouche, afin de les faire pénétrer plus intimement en mon cœur.

5 Ces paroles si miséricordieuses, pleines de douceur et de dilection m’invitent, mais mes propres péchés m’épouvantent et mon impure conscience m’écarte de recevoir un si grand Mystère.

6 La douceur de Tes paroles m’appelle, mais le grand nombre de mes vices m’accable.

II

7 Tu m’ordonnes de m’approcher de Toi avec confiance si je veux avoir part avec Toi Joan., XIII, 8. , et de recevoir l’aliment d’immortalité si je désire obtenir la vie et la gloire éternelles.

8 Venez à Moi, dis-Tu, vous tous qui peinez et portez un fardeau et Je vous soulagerai Matth., XI, 28. Cf. note 518. .

9 O douce et amicale parole dans l’oreille du pécheur et par laquelle Toi, Seigneur, mon Dieu, Tu invites l’indigent et le pauvre à la communion de Ton Corps très saint.

10 Mais qui suis-je Seigneur pour oser m’approcher de Toi ?

11 Voici que les cieux des cieux ne Te contiennent point III Reg., VIII, 27. et tu dis : “Venez à Moi tous Cf. note 518. !” Matth., XI, 28.

III

12 Que signifie cette très miséricordieuse faveur et si amicale invitation ?

13 Comment oserai-je venir, moi qui n’ai conscience de rien de bien dont je puisse me prévaloir ?

14 Comment T’introduire dans ma maison Cant., III, 4. , moi qui ai trop souvent offensé Ta Face très miséricordieuse ?

15 Les anges et les archanges Te révèrent, les saints et les justes Te craignent et Tu dis : “Venez à Moi tous Cf. note 518. .” Matth., XI, 28.

16 Si ce n’était Toi, Seigneur, qui dises cela, qui croirait que cela est vrai ? Et si Tu ne l’ordonnais, qui essaierait d’approcher ?

17 Voici que Noé, homme juste, travailla cent ans à fabriquer l’Arche pour se sauver avec quelques-uns* Gen., VI, 9 ; I Petr., III, 20 ; Gen., VII, 7. ; et moi, comment pourrais-je me préparer, en une heure, à recevoir avec révérence le Modeleur du Monde Cet étrange respect... qui éloigne de l'amour montre que l'humanisme commençait à gangrener les esprits en leur faisant croire à une possible symétrie entre les dons de Dieu et leurs mérites, la pureté transcendante et leur prétendue dignité acquise. Toutes ces comparaisons montrent l'inadéquat des analogies : préparation matérielle dans le temps d'une part, et de l'autre préparation surnaturelle, d'un simple regard, hors du temps. Elle fait mieux ressortir la différence entre le régime de la Loi de crainte et celui de la Loi d'Amour, soulignée par saint Paul dans l'Épître aux Romains. ?

18 Moïse, Ton serviteur, Ton grand et spécial ami, fit une arche de bois imputrescible qu’il revêtit de l’or leplus pur Jos., I, 13 ; Eccli., XLV, 1 ; Ex., XXV, 10 ; Ex., XXV, 11. pour y déposer les tables de la Loi ; et moi, créature pleine de corruption, j’oserais si facilement Te recevoir, Toi, l’Auteur de la Loi et le Donneur de Vie Cf. note 534. ?

19 Salomon, le plus sage des Rois d’Israël, édifia en sept ans un temple magnifique à la gloire de Ton Nom et célébra pendant huit jours Les huit jours de fête ici mentionnés correspondent à la fête des Tabernacles ; ils succédaient aux sept jours, déjà consacrés à la cérémonie de la Dédicace. la fête de sa dédicace ; il offrit mille victimes pacifiques et au son de la trompette, dans la jubilation, plaça solennellement l’Arche d’alliance dans le lieu qui lui avait été préparé III Reg., V, 7. . Et moi, malheureux et le plus pauvre des hommes, comment T’introduirai-je dans ma maison, moi qui sais à peine employer dévotement une demi-heure. Plût à Dieu que j’aie pu, même une seule fois, employer à peu près dignement cette demi-heure Cf. note 534. !

V

20 O mon Dieu ! Combien ces hommes illustres se sont-ils appliqués à Te plaire dans leurs actes.

21 Hélas, combien ce que je fais est minime, que je me contente de peu de temps lorsque je me dispose à communier !

22 Je suis rarement tout à fait recueilli, très rarement débarrassé de toute distraction.

23 Et cependant en Ta salutaire présence de Déité, nulle pensée inconvenante ne devrait se présenter, nulle créature même ne devrait m’occuper, car ce n’est point un ange, mais le Seigneur des anges, que je dois recevoir pour hôte.

VI

24 Il y a cependant une très grande différence entre l’Arche d’Alliance avec ses reliques et Ton Corps très pur avec ses ineffables vertus, entre ces fameux sacrifices légaux, préfiguratifs des futurs, et la véritable hostie de Ton Corps, qui parachève tous les anciens sacrifices.

25 Pourquoi donc ne suis-je pas plus enflammé envers Ton adorable présence ?

26 Pourquoi donc ne me préparé-je pas avec plus de soin à recevoir Ta sainte présence, quand tous ces anciens et saints patriarches et prophètes, ainsi que rois et princes avec le peuple tout entier, ont montré un si grand sentiment de dévotion envers le culte divin ?

VII

27 Le très pieux roi David sauta devant l’Arche du Seigneur de toutes ses forces II Reg., VI, 13, 14. , en rappelant les bienfaits jadis accordés à ses Pères.

28 Il fabriqua des instruments de musique de divers genres ; il composa des psaumes, ordonna de les chanter. Il chanta lui-même avec joie, et souvent, sur la cithare. Inspiré par la grâce de l’Esprit Saint, il apprit au peuple d’Israël à louer Dieu de tout son coeur, à Le bénir et Le louer, chaque jour, par un concert de voix II Par., XXIII, 13 ; II Par., XX, 21. .

29 Si l’on fut alors entraîné à une telle piété et si devant l’Arche du Testament s’élève un tel souvenir de la divine louange, combien moi et tout le peuple chrétien devons-nous maintenant avoir révérence et dévotion en présence du Sacrement, dans la réception du très excellent Corps du Christ !

VIII

30 Nombreux sont ceux qui courent en divers lieux pour visiter les reliques de saints L'auteur pense, sans doute, aux foules énormes qui, à son époque, étaient attirées par les reliques de Cologne, Aix-la-Chapelle, Carmelimünster, Maestricht et Tongres. et s’émerveillent à l’audition de leurs actes ; ils considèrent les vastes constructions des temples et baisent leurs saints ossements enveloppés de soie et d’or, et voici que Toi Tu es présent, ici, près de moi, sur l’autel, mon Dieu, Saint des saints, créateur des hommes et Seigneur des anges !

31 Souvent, en de telles circonstances, les hommes sont curieux de voir et de visiter les nouveautés ; on en retire un maigre fruit d’amélioration, surtout là où les excursions se font à la légère et sans contrition véritable.

32 Mais ici, dans le Sacrement de l’autel, Tu es présent tout entier, mon Dieu, Homme Christ-Jésus I Tim., II, 5. , et l’on y recueille un abondant fruit de salut éternel, toutes les fois que l’on Te reçoit dignement et avec dévotion.

33 A cela, nous ne sommes pas attirés par quelque légèreté, ni curiosité, ni sensualité, mais par une foi ferme, une pieuse espérance et une charité sincère.

IX

34 O Dieu invisible Créateur du monde ! Que Tu agis admirablement avec nous ! Que Tu Te disposes suavement La suavité et la grâce sensible sont, en effet, particulières à la Sainte Eucharistie. Certains petits enfants – appelés à la communion très jeunes, selon les instructions de Pie X – comparent l'hostie à du «miel», certains adultes ont senti la brûlure de l'hostie, jusqu'à la disparition physique des saintes espèces. Mais il faudrait se garder de voir là une règle générale et surtout durable. Le sacrement de l'Eucharistie est l'un de ceux, fréquemment reçus, qui permet mieux que tout autre, ces constations d'ordre sensible. Mais les adultes recevant le baptême, la pénitence, la confirmation ou le sacrement de l'ordre éprouvent également des joies ineffables, bien que plus rares. et gracieusement envers tes élus, en T’offrant Toi-même à eux pour être pris dans ce Sacrement.

35 Ceci assurément surpasse toute intelligence (mais) ceci attire spécialement le cœur des dévots et enflamme leur affection.

36 En effet Tes véritables fidèles, eux-mêmes, qui disposent toute leur vie en vue de leur rectification, reçoivent fréquemment de ce très auguste Sacrement, une grande grâce de dévotion et l’amour de la vertu.

37 O grâce admirable et cachée du Sacrement que connaissent tant de fidèles du Christ, mais que les infidèles et les serviteurs du péché ne peuvent expérimenter !

38 Dans ce Sacrement la grâce spirituelle est conférée L'Eucharistie ne confère pas la première grâce sanctifiante donnée par le baptême. Elle est un sacrement dit des vivants (et non des morts, c-à-d. ceux qui n'ont pas ou ont perdu la grâce) ; elle augmente la grâce sanctifiante d'une manière qui lui est propre. , dans l’âme la force perdue est recouvrée et la beauté, déformée par le péché, restaurée.

39 Cette grâce est quelquefois si grande que, de la plénitude de la dévotion conférée, non seulement l’esprit, mais aussi le corps débile, sent que des forces plus grandes lui sont prêtées Il est hors de doute que la grâce sacramentelle produite par la réception de l'Eucharistie fournit secondairement des forces corporelles. Mère Teresa d'Avila déclare : «Je connais une personne sujette à de grandes infirmités qui, au milieu de ses plus violentes douleurs, se sentait souvent tout d'un coup délivrée en approchant de la sainte Communion, et se trouvait tout à fait bien, de même que si on lui eut enlevé son mal avec la main. C'était une chose qui lui était ordinaire.» (Chemin dePerfection, chap. XXXIV) Nous connaissons plusieurs personnes chez qui la vigueur apportée par la communion fut, en effet, ordinaire pendant une certaine période. Mais ce rejaillissement corporel n'est pas habituel, ni longtemps durable. Il s'agit de témoignage et non de droit du corps à ce rejaillissement. .

XI

40 Nous devons par conséquent beaucoup nous affliger et gémir de notre tiédeur et de notre négligence, de ce que nous ne sommes pas attirés par un plus grand désir de recevoir le Christ, en lequel résident toute l’espérance et tout le mérite de ceux qui doivent être sauvés.

41 Car c’est Lui-même qui est notre sanctification et notre rédemption I Cor., I, 30. , Lui qui est la consolation des voyageurs Le voyageur, c'est l'homo viator, l'homme pèlerin sur cette terre. et l’éternelle fruition des saints.

42 C’est pourquoi il faut beaucoup s’affliger de ce qu’un si grand nombre se tourne si peu vers ce mystère de salut, qui réjouit le ciel et conserve le monde tout entier.

43 Hélas ! Aveuglement et dureté du cœur humain qui ne prête pas plus attention à ce don ineffable et même, lorsqu’il en use quotidiennement, glisse jusqu’à l’inattention Ce n'est point l'usage quotidien, stricto sensu, qui émousse l'attrait, car des millions de gens mangent chaque jour du pain ou du riz et y trouvent toujours saveur car ils ont faim ; c'est le manque d'amour, c'est-à-dire de volonté, qui ne nous fait pas rechercher en chaque communion une source nouvelle de grâce. Il suffit de communier à l'intention des autres, par exemple, pour retrouver la vigueur dans l'utilisation de cette source. .

XII

44 Si, en effet, ce très saint Sacrement se célébrait seulement en un seul lieu et n’était consacré que par un seul prêtre dans le monde, avec quel désir, pensez-vous, les hommes n’afflueraient-ils pas vers ce lieu célèbre et vers ce prêtre de Dieu, pour voir célébrer les divins mystères !

45 Maintenant, beaucoup cependant ont été faits prêtres et le Christ est offert en beaucoup de lieux Hebr., VII, 23 ; Malach., I, 11. , afin que la grâce et l’amour de Dieu pour les hommes apparaissent d’autant plus grands et que la sainte Communion soit plus largement répandue dans le monde.

46 Grâces à Toi, bon Jésus, Pasteur éternel qui as daigné nous restaurer de Ton précieux Corps et de Ton précieux Sang, nous, pauvres et exilés, et nous inviter à recevoir ces mystères en nous exhortant de Ta propre bouche disant : “Venez à Moi, vous tous qui peinez et portez un fardeau, et je vous soulagerai Cf. note 518. .”