CHAPITRE LII – Que l’on doit s’estimer non pas digne de consolations mais plutot coupable des verges

I

1 Le Disciple : Seigneur, je ne suis pas digne de Ta consolation ni d’aucune visitation spirituelle, Tu agis justement avec moi quand Tu m’abandonnes dépouillé et désolé . On peut s'étonner que certains se soient inquiétés de la divergence entre les sentences de l'auteur et l'affirmation du Concile de Trente (ses. VI, can. 12) qui déclare anathème celui qui nierait que le juste peut mériter par des bonnes oeuvres l'augmentation de la grâce.

2 Si même je pouvais répandre un océan de larmes, je ne serais pas encore digne de Ta consolation.

3 Je ne suis digne que d’être flagellé et puni, car je T’ai si souvent et si gravement offensé, car j’ai omis [le bien] en une foule d’occasions.

4 Tout vraiment pesé selon la raison, je ne suis donc pas digne de la moindre consolation.

5 Mais Toi, Dieu clément et miséricordieux, qui ne veux pas que Tes oeuvres périssent afin de montrer les richesses de Ta bonté en des vases de miséricorde, Tu daignes consoler Ton serviteur avant même tout mérite de Rom.. IX, 23. sa part, et par-dessus tout mode humain . S'agit-il de la «modinescience» ?

6 Tes consolations ne sont pas, en effet, comme les conversations humaines.

II

7 Qu’ai-je fait, Seigneur, pour que Tu me confères quelque consolation céleste ?

8 Je ne me souviens pas d’avoir fait aucun bien, mais d’avoir toujours été enclin aux vices, et paresseux pour m’amender.

9 C’est la vérité et je ne puis la nier.

10 Si je disais autre chose, Tu t’élèverais contre moi, et il n’y aurait personne pour me défendre.

11 Qu’ai-je mérité pour mes péchés sinon l’enfer et le feu éternel Matth., XVIII, 8. ?

12 Je le confesse, en vérité, je ne suis que digne de toutes moqueries et mépris et il ne convient pas que je demeure parmi les dévots.

13 Et bien que j’entende ceci avec peine, toutefois j’imputerai contre moimême, selon la vérité, mes propres péchés, afin de mériter d’obtenir plus facilement Ta miséricorde.

III

14 Que dirai-je, coupable, plein de confusion ?

15 Je n’ai pas de voix pour parler, sinon pour cette seule parole : “J’ai péché, Seigneur, j’ai péché, aie pitié de moi, pardonne-moi !”

16 Laisse-moi un peu de temps, pour que je pleure ma douleur avant d’aller dans cette terre ténébreuse et couverte des ombres de la mort Job, X, 20, 21. .

17 Que réclames-Tu, avant tout, du coupable et misérable pécheur, sinon qu’il soit contrit et qu’il s’humilie de ses propres péchés ?

18 Dans la vraie contrition et humiliation du cœur naît l’espoir du pardon, la conscience troublée se réconcilie, la grâce perdue se répare, l’homme est protégé de la colère à venir Sap., XVII, 10 ; Matth., III, 7. , Dieu et l’âme pénitente se rapprochent en un saint et mutuel baiser.

IV

19 L’humble contrition des péchés est pour Toi, Seigneur, un sacrifice acceptable et d’une odeur beaucoup plus suave, en Ta présence Ps., L, 19 ; I Petr., II, 5 ; Exod., XXIX, 25. , que l’encens brûlant.

20 C’est encore le baume agréable que Tu as voulu qu’on répande sur Tes pieds sacrés, car Tu n’as jamais méprisé le cœur contrit et humilié Luc., VII, 44, 46 ; Ps., L, 19. .

21 Voilà le lieu de refuge, face à la colore de l’ennemi.

22 Là se restaure et se lave tout ce qui, partout ailleurs, a été contracté Contractum : cette contraction s'oppose à la dilatation du cœur. et souillé.