CHAPITRE XLVI – De la confiance qu’il faut avoir en Dieu quand les traits des paroles vous assaillent
I
1 Le Verbe : Mon fils, tiens ferme et espère en Moi.
2 Car que sont les paroles, sinon des paroles !
3 Elles volent en l’air, mais n’entament point la pierre . Allusion à un épisode de la vie de saint Antoine. Celui-ci conduisit un jour l'abbé Ammon hors de sa cellule et, lui montrant une pierre, lui dit : «Allez, accablez cette pierre d'injures et frappez-la sans relâche.» Ammon obéit. Saint Antoine lui demanda si la pierre avait répondu quelque chose. «Rien du tout !» «Mon fils, reprit le vieillard, voici la mesure de la patience à laquelle vous devez arriver ; il faut que vous soyez bien persuadé que l'on ne peut vous faire aucune injure.»
4 Si tu es coupable, réfléchis que tu voudrais volontiers t’amender ; si ta conscience ne te reproche rien, pense que tu souriras volontiers cette épreuve pour Dieu.
5 C’est bien le moins que tu aies parfois quelque parole à supporter, toi qui n’es pas encore capable de tolérer de rudes coups de verges.
6 Et pourquoi de si petites choses te vont-elles jusqu’au coeur, sinon parce que tu es encore charnel et que tu attends plus des hommes qu’il ne convient ?
7 Sinon parce que tu crains d’être mésestimé, que tu ne veux être réprimandé pour tes excès et que tu cherches l’ombrage des excuses.
II
8 Mais examine-toi mieux, et reconnais que le monde vit encore en toi avec le vain désir de plaire aux hommes.
9 Puisque tu te refuses à être abaissé et confondu à cause de tes défauts, vérifie que sans aucun doute tu n’es ni vraiment humble ni vraiment mort au monde et que tu n’as pas barré le monde d’une croix. Galat., VI, 14.
10 Mais écoute Ma parole et tu n’auras cure de dix mille paroles des hommes.
11 Alors qu’ils diraient contre toi tout ce qu’on peut inventer de malicieux, en quoi cela te nuirait-il si tu laisses tout passer, sans que cela pèse plus pour toi qu’un fétu de paille ?
12 Cela pourrait-il même t’enlever un seul cheveu ?
III
13 Mais celui qui n’a pas l’esprit intérieur , ni Dieu devant les yeux, Cor intus : le cœur intérieur ou l'esprit intérieur, car cor est l'équivalent de mens comme en général chez les Pères du Désert (sauf opposition explicite recherchée). s’émeut aisément d’une parole de blâme.
14 Par contre, celui qui se confie en Moi et ne désire pas s’appuyer sur son propre jugement, n’aura nulle peur Prov., XXVIII, 1. des hommes.
15 C’est Moi qui juge et connais tous les secrets. Jer., XXIX, 23 ; Dan., XIII, 42.
16 C’est Moi qui sais comme la chose s’est faite, je connais qui offense et qui supporte.
17 C’est de Moi que telle parole est venue ; c’est Moi qui ai permis que cela arrive afin de révéler les pensées de bien des cœurs Luc, II, 35. .
18 C’est Moi qui jugerai le coupable et l’innocent, mais J’ai voulu auparavant éprouver l’un et (autre par un jugement secret.
IV
19 Le témoignage des hommes trompe souvent ; Mon jugement est vrai Ps., XVIII, 10. ; il sera stable et ne sera pas renversé.
20 Il est caché dans son ensemble et peu le découvrent dans le détail ; cependant il ne s’égare pas et ne peut s’égarer bien qu’il ne paraisse pas droit aux yeux des insensés.
21 Il faut donc recourir à Moi en tout jugement et ne point s’appuyer sur son propre arbitre.
22 Le juste ne se troublera pas quoi qu’il lui arrive de la part de Dieu Prov., XII, 21. .
23 Même si on a rapporté contre lui quelque chose d’injuste, il ne s’en souciera pas beaucoup, et ne se réjouira pas vainement si d’autres l’excusent raisonnablement.
24 Qu’il pense que c’est Moi qui scrute les cours et les reins, qui ne juge pas selon les visages Ps., VII, 10 ; Joan., VII, 24. ni l’apparence humaine.
25 Souvent en effet, apparaît coupable à Mes yeux ce qui, au jugement des hommes, semble louable.
V
26 Le Disciple : Seigneur Dieu, juste Juge, fort et patient, qui connais Ps., VII, 12 ; Jer., XVI, 19. la fragilité et la malice des hommes, sois ma force et toute ma confiance, car ma conscience ne suffit pas [à me rassurer].
27 Tu connais ce que je ne connais pas, c’est pourquoi je dois m’humilier à tout reproche et le supporter avec mansuétude.
28 Pardonne-moi, aussi sois-moi propice chaque fois que je n’ai pas agi ainsi et donne-moi la grâce de savoir toujours mieux supporter.
29 Ton abondante miséricorde m’est plus avantageuse Ps., LXII, 4. pour acquérir Ton indulgence que ma prétendue justice, pour défendre mon obscure conscience.
30 Et si je ne suis conscient de rien, moi, cependant je ne peux pour autant être déclaré juste, car sans Ta miséricorde, nul vivant ne sera justifié à Tes yeux I Cor., IV, 4 ; Ps., CXLII, 2. .